Du 11 septembre au 26 novembre
de l’Egypte au milieu de la confusion du Directoire.
Un cabinet maître de la majorité des Chambres et sûr de triompher dans les élections, un homme
d’Etat disposant de route la confiance du souverain s’effaçaient volontairement devant le héros du pronunciamiento de Sagonte.
L’Espagne est ainsi tout à coup rentrée dans l’ère des cabinets militaires. Madrid a pu se croinï revenue auxbeaux jours des Narvaez, des O’Donnell et de leurs émules. Dans les balances de la politique péninsulaire, le poids du sabre a été trouvé aussi lourd que par le passé, et le cedant arma toç/æ reste toujours une hérésie au delà des Pyrénéiîs.
Au bout de quatre années , le règne d’Alphonse XII, qui s’annonçait d’abord d’une manière si différente, tournerait-il à ressembler au triste règne d’Isabelle II? La reine déchue était par son sexe, par son tempérament, par son éducation, disposée à mettre toute sa confiance en ceux qui lui paraissaient les détenteurs naturels de la force et de l’autorité, dans les chefs de l’armée et dans les chefs du clergé, dans l’habit militaire et dans l’habit ecclésiastique, attendant de riin la force matérielle et de l’autre l’ascendant moral. Cette politique de femme a beau n’être que trop conforme aux traditions espagnoles, elle ne saurait convenir aune monarchie moderne, et, sous un roi, elle aurait encore moins de succès comme moins d’excuses que sous une reine.
Alphonse XII, qui durant l’exil a passé plusieurs
aimées de son adolescence en Angleterre, doit trop bien comprendre le régime constitutionnel pour en revenir sans répugnance aux errements d’Isabelle et s’entourer do généraux politiques, au risque de ramener des compétitions militaires ou de placer près du trône une sorte de maire du palais.
Si le jeune roi a si facilement cédé aux mœurs espagnoles, ce n’est pas uniquement pour laisser au vainqueur de l’insurrection cubaine les moyens d’acliover par des lois et des réformes la précaire réconcitiation de la perle des Antilles et de la mèrepatrie; c’est aussi qu’au milieu des agitations du dehors et des inquiétudes du dedans, la nouvelle monarchie ne se sent pas assez solidement assise pour ne point s’appuyer volontiers sur le bras et l’épée qui l’ont relevée.
Pas plus que celui des Narvaez ou des O’Donnell sous Isabelle, le gouvernement du maréchal Martinez Campos ne s’est présenté comme une dictature militaire. Au sud des Pyrénées, les généraux, alors môme qu’au besoin ils recourent à rinsurrection, se piquent de gouverner avec les Chambres et de demeurer fidèles aux maximes parlementaires.
l^our assurer toute liberté aux élections des Cortès dont les divers partis se disputaient d’avance la direction, la couronne n’a rien trouvé de mieux que d’y faire présider le vainqueur des carlistes et de Cuba. Rien du reste n’est changé en apparence à la politique constitutionnelle de la monarchie. En prenant le pouvoir des mains de M. Canovas del Castillo, le général Martinez Campos n’y a point
appelé un nouveau parti. M. Canovas a quitté le gouvernement, mais il y a laissé ses amis autour de son successeur. De la part de l’habile homme d’Etat qui a été le principal organisateur de la restauration, cette retraite devant le brillant homme de guerre n’a sans doute été qu’une habileté de plus, un moyen d’abandonner ostensiblement le pouvoir sans le laisser tomber aux mains de ses adversaires, un moyen de faire élire des Cortès favorables à sa politique sans diriger de ses mains les élections. Dans la pensée de M. Canovas, le ministère du maréchal Martinez (^iampos en 1879 n’est peut-être, comme celui du général Jovellar en 1875, qu’une sorte d’intermède destiné à permettre au véritable guide de la monarchie de descendre momentanément de la scène pour y remonter bientôt avec plus de prestige et d’autorité. L’avenir montrera ce que doit durer l’ union des deux hommes si différents qui Tun par l’épée et l’autre par la parole et la politique ont été les fondateurs de la restauration, et si les soucis du pouvoir ou le soin de sa popularité doivent bientôt décider le tout-puissant général à se retirer du gouvernement pour reprendre à côté d’un cabinet civil le poste de sentinelle ou de gardien attitré de la couronne.
Malgré ses succès et son autorité sur le Parlement, le ministère civil présidé par M. Canovas del Castillo avait depuis longtemps ses difficultés. La principale était sa durée, car en Espagne plus qu’ ailleurs on se lasse vite de voir les mêmes hommes aux affaires et les partis regardent le pou-
voir comme un bien sur lequel chaque année d’attente augmente leurs droits. Depuis plus de deux ans on annonçait quotidiennement la chute du <*ahinet Canovas parla seule raison qu’il était temps de faire place à d’autres. L’arrivée aux affaires du maréchal xMartinez Campos a déçu bien des espérances, en ravissant aux anciens libéraux, ralliés à la restauration, le bénélice d’une succession im-
]>atiemment escomptée d’avance. Il y a eu de ce ciief, dans certainscerclespoli tiques, un désenchantement qui , en se prolongeant trop longtemps, risquerait d’aliéner au jeune roi et à la monarchie des hommes ou des partis irrités de toujours attendre.
Dans les limites de la légalité et de la constitution, il y a en effet au sud des Pyrénées un parti (jui pouvait se croire des titres à l’héritage de M. Canovas.
¥uii dehors des amis de la première heure et des fauteurs de la restauration^ en dehors du petit groupe dissident du centre, formé aux dépens des phalanges ministérielles, ou de ces modérés historiques dont la politique étroite et rétrograde a provoqué la chute d’Isabelle, la monarchie espagnole a l’avantage d’avoir en face d’elle des hommes^auxqiiels, malgré leurs fautes et leurs inconséquences passées, le roi eût pu confier le pouvoir. L’Espagne semblait posséder dans les conservateurs libéraux de M. Canovas et dans les constitutionnels ^ de
1, En Espagne, le nom de contitutionnels est donné d’ordinaire aux partisans de la constitution en vigueur sonspe’roi
M. Sagasla, les éléments de doux gouvernements, de deux cabinets qui, de même qu’en Angieterrc les Avhigs et les tories, pouvaient en se succédant alterner régulièrement aux affaires. Pour tout régime, en république non moins qu’en monarchie, ce serait là une bonne fortune. Dans la péninsule, l’embarras est surtout de savoir comment opérer la transition d’un parti et d’un ministèri' à l’autre. Ce qui est le plus malaisé en Espagne, c’est le passage régulier et pacifique du gouvernement de la veille à celui du lendemain : à ce point de vue^ le nouveau règne ne paraît pas beaucoup en progrès sur ses devanciers. Les portes du pouvoir sont si bien gardées, si bien verrouillées, qu’à moins que la royauté ne les ouvre de sa main, on ne voit guère comment on peut les forcer sans faire violence à la légalité. Pour mesurer l’étendue de cette difficulté, il faut connaître les mœurs politiques de la péninsule, et aussi la nouvelle constitution delà monarchie espagnole.
Amédée, constitution plus libérale ou du moins plus démocratique que celle qui lui a été substituée depuis le retour des Bourbons.