‹ Un empereur. Un roi. Un pape. Une RestaurationChapitre 6 sur 56 · Lettres du prince Albert · texte numérisé non relu

Lettres du prince Albert

LA POLITIQUE DU SECOND EMPIRE

était obligé crentrctenir le spectacle et obligé de toujours se faire applaudir. Il no pouvait laisser la scène vide, il lui fallait sans cesse inventer de nouvelles pièces ou de nouveaux intermèdes, et, s’il mettait trop de temps à changer les décors ou à monter les joièces nouvelles, le public s’ennuyait et s’agitait impatiemment dans la salle. Le césarisme ne pouvait se reposer, il lui fallait écra- ^ ser le gouvernement parlementaire sous le X)oids des succès de l’Empire. Il s’y était condamné luimême ; l’empereur et ses ministres s’y obligeaient sans cesse en affichant pour la modeste altitude des régimes déchus un dédain imprudent, en opposant à chaque occasion à la prétendue stérilité du gouvernement des Chambres les triomphes de Crimée et de Lombardie. De là une politique d’apparat faite [>our en imposer aux yeux, de là difficulté de se prêter à certaines nécessités alors même qu’on les apercevait, de se résigner à un rôle moins brillant que celui entrevu dans les premiers rêves. Il fallait que l’Empire français parût toujours tenir en Europe une place prédominante, que, selon le mot d’un plaisant ou d’un fou. un souverain du inuii de Napoléon gardât toujours l’air d une sorte iy archi-eïnj^ereiir \ Toutes les transformations de l’Europe devaient paraître le résultat de sa volonté. Rien ne pouvait |être fait à son insu, rien surtout rhalgré/lui. C’était là une vieille prétention delà France ; non content de l’encourager, l’Empire s’é-

1. M. Gagne, Yarchi-candidat, l’énmle de M. Bertron, le candidat hiiniain.

l’empereur napoléon III

tait engagé à en faire une réalité. Pour le succès <les alfaires intérieures, il fallait que la puissance extérieure du souverain fût sans cesse remise sous les yeux du peuple, et que rien ne semblât l’obscurcir.

Sous les Césars de Rome, tout tournait à la gloire du prince, lui seul triomphait des ennemis que ses généraux avaient battus ; au besoin, on lui inventait des conquêtes ou des victoires imaginaires^ ^ on lui décernait les titres de Partliique ou de Gothi(jue sans (]u’il fût sorti des murs de Rome. Il y a dans tout césarisme, dans toute monarchie ab-~ solue, une part de charlatanisme; le bruit et l’éclat en sont des éléments indispensables.

L’Empire était lé gouvernement du prestige. A défaut de grandeur, il lui en fallait les dehors.

Si Aapoléon III paraissait l’oublier^ si chez lui riiomme moderne semblait près de l’emporter, il avait des conseillers pour le rappeler à son rôle de césar. « Sire, faites grand! » lui criait un confident des dernières années^ au moment même où l’Empire inclinait à se transformer pour la paix et la liberté L Ainsi lui disait son entourage, ainsi lui murmurait sans cesse à l’oreille le césarisme.

« Faites grand ! » conseil funeste qui a perdu tous les imprudents qui l’ont accueilli, tentation de tous les instants qui exposait l’Empire à un péril permanent et tôt ou tard le devait pousser à une catastrophe.

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