‹ Un enfant (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · TI · texte numérisé non relu

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mille caresses , mais des caresses pudiques : Louise n'en voulaît plus souffrir d'autres.

Tout d abord, Gustave Iraita de caprice l'obstacle qu'elle opposait à ses désirs ; puis , cet obstacle se renouvelant sans cesse et plus violent à mesure qu il s'efforçait de le rompre, il ne sut qu'en penser.

Un soir que Louise s'était sentie prête à céder, à demi vaincue par les baisers de son amant , elle s'effraya d'avoir été si proche de sa chute , et pour éviter tout péril à Tavenir , elle résolut de refuser encore à Gustave la caresse la plus innocente.

Cependant Gustave ne concevait rien à cette fantaisie- après d'inutiles tentatives pour obtenir de Louise , ne fût-ce qu'un baiser sur la joue ,

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il l'accusa de coquetterie, car il voyait percer un sourire à travers Tobstination de ses refus.

— C est un calcul de sa part, pensat-il, jenesuis pas diipedeson manège.

Laissons-la faire; quand elle verra que je ne lui demande plus ses baisei's , elle viendra me les offrir.

Alors Gustave montra autant d'indifférence qu'il avait montré d amour.

Louise retomba dans sa première tristesse.

L'époque fixée par elle pour quitter Gustave , au cas où il ne lui aurait pas parlé de leur mariage , cette époque, disons-nous, s'avançait rapidement. Chaque minute , chaque heure qui rapprochait Louise du jour fatal, semblait lui oter une année de

son existence; elle pâlissait et faiblissait comme quelqu'un qui va mourir.

— Le quitter! murmurait- elle ; mais , mon Dieu ! ou irai-je ? que deviendrai-je? et pourtant dois-je rester avec lui, puisqu'il ne m'épouse pas?. .

Est-ce que je veux, est-ce que je peux être sa maîtresse 1 ...

Ce ne fut pas sans une lutte violente entre son amour et sa fierté que Louise put se décider à T accomplissement de son dessein .

La pensée de se tuer lui vint; mais elle la repoussa avec effroi : elle ne sentait pas en elle assez de courage pour le suicide.

Pourtant, après avoir quitté Gustave, il fallait savoir que faire et que devenir. Une fois dans la rue , qui

prendrait pitié d'elle? Travailler? mais quel métier a-t-elle appris? aucun.

Elle est propre tout au plus à faire quelques ouvrages futiles de femme , sorte de talent à Taide duquel on ne peut gagner sa vie.

Ces pensées la tourmentent, 1 effraient, et cependant F honneur lui fait une loi de ne pas demeurer plus longtemps avec Gustave. Parce qu elle a été coupable un mois ou deux, estce une raison pour être coupable toujours?

— Demain , dit-elle en pleurant , demain je l'abandonne ; il le faut.

Mais que deviendrai-je demain?...

La veille au soir du jour fixé pour sa fuite, Louise s habille de ses vétemens les plus modestes; autant que possible , elle veut reprendre 1 appa-

lOS UN EIMFANT.

rence de son aiicieiiiie fortune. Gustave est absent depuis le matin , personne ne s oppose à ce qu'elle sorte ; d'ailleurs elle sort si rarement qu'une fois par hasard il lui est bien permis de quitter la chambre : Gustave luimême ne l'a-t-il pas souvent engagée à se distraire par quelques promenades au dehors ?

Mais sa toilette est au moins extraordinaire; madame Lefebvre lui en fait la remarque.

— Est-ce que madame va se promener avec ce bonnet et cette petite robe de drap? demanda-t-elle.

— Oui, madame Lefebvre.

— Madame sort seule, à sept heures du soir?

— Toute seule.

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— Comme il plaira à madame, réplique la Lefebvre ; mais , quant à ce qui est de sa toilette je me permettrai de lui dire que , pour une dame comme elle, un bonnet ce n'est guère distingué.

Louise ne répondit rien. Prête à ouvrir la porte, des larmes roulèrent sur ses joues ; elle se hâta de les essuyer. Madame Lefebvre aperçut ce mouvement. 11 faut qu'il y ait quelque chose là-dessous, se dit- elle : madame qui ne sort jamais, qui aujourd hui s habille d une si drôle de manière , madame qui pleure en s'en allant — ce n'est pas naturel. Si elle allait ne pas revenir? monsieur ferait un beau train ' ... Et moi donc ! quand

elle serait partie , adieu les gages!

Ma foi î on ne ma pas défendu de la

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laisser snrlir, mais on ne m a pas défendu non plus de la suivre. . . Voyons un peu : c'est c[ue je ne me soucie pas de perdre ma ])lace...

Tout en disant cela , elle écoutait les pas de Louise qui descendait l'escalier, et elle descendait elle-même à petit bruit.

— Elle ne s'apercevra jias que je la suis, pensa madame Lefebvre; voilà le soir qui vient. Et puis, si elle tourne la tête de mon côté , je me cacherai derrière les voitures ou dans l'enfoncement des portes coclières.

Tout d'abord , Louise aurait eu grand'peine à se rendre compte du motif qui la faisait sortir eu ce moment , puisque le lendemain seulement devait être le jour de sa sépàrallon d avec Gustave. Elle na pas le

dessein de le quitter aujourd hui :

pourquoi donc va-t-elle ainsi par les rues ?

Tout laisse croire que c'est pour s essayer à être seule ; c'est un premier pas qui doit Taffermir dans sa fuite prochaine ; elle veut s'accoutumer à la solitude , se familiariser d'avance avec Tabandon...

Chemin faisant, elle s efforce d'oublier qu elle rentrera chez Gustave ce soir même; elle veut se persuader, quoiqu'elle sache bien le contraire , qu'elle vient de le quitter pour toujours , qu'elle ne le re verra plus. Elle avance sa vie de vingt-quatre heures, se met dès à présent et par la pensée dans la position où elle sera demain ; puis elle se demande : à quelle porte frapper ?

lU(i LIV EX'FAIMT.

INous ravoiisd.il, c est une séparation d'essai.

Arrivée rue de Bussi, elle regarde de tous côtés , indécise sur la route qu elle doit suivre; elle ignore où elle est et vers quel but elle marche.

Elle cherche des yeux , et , apercevant un commissionnaire, elle va droit à lui , et s'arrête pour le questionner— sur quoi? sur le chemin qu'il lui faut prendre. xMais en quel lieu se rend-elle?

Le commissionnaire, étonné du silence de cette femme qui s'est approchée pour lui parler sans doute , et ([ui cependant ne prononce pas un mot, lui dit:

— Mademoiselle a une commission à faire?

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— OÙ suis-je, monsieur?

— Rue (leBussi, mademoiselle.

— Est-ce loin de la rue Saint-Denis ? demande Louise qui naturellement pense à son ancien quartier , peut-être à son ancienne demeure.

Le commissionnaire, supposant que Louise se rend en effet au quartier Saint-Denis, lui enseigne son chemin par la rue Dauphine , le Pont-Neuf, rue de la Monnaie , etc.

Louise le remercie , et , tournant la rue Dauphine, elle suit la route qu'on vient de lui indiquer ; bientôt il lui semble que c est vraiment dans le ([uartier Saint-Denis qu elle allait , tout proche de la rue Bourbon-Villeneuve.

— Où diantre court-elle comme ca ?

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se dit madauie Lefcbvre : la voilà qui passe la Pointc-Saint-Eustache , qui

monte la rue Mauconseil Est-ce

qu'elle compte aller de ce train-là bien long- temps ? je suis rompue.

Ce n'est pas que Louise marchât bien yite; mais le trajet parcouru par elle devait paraître un peu long aux quarante et quelques années de la grosse femme de chambre.

Par bonheur pour celle-ci, Louise , parvenue à la hauteur de la rue du Petit-Carreau , commence à ralentir sa marche • elle examine avec crainte les passans , elle entre timidement dans la rue Bourhon- Villeneuve.

Comme dans cette soirée où elle n'osait plus rentrer chez sa mère , elle regarde de loin leurs fenêtres ; à ces fenêtres , elle n'aperçoit rien , ni

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rideaux , ni figure humaine , ni lumière ; seulement une des vitres est cassée.

— il n'y a personne , murmuret-elle.

Son cœur se serre à l'idée que leur petite chambre est vide. La vue d'un étranger à cette fenêtre lui eût fait moins de mal que l'état de délabrement où elle la retrouve . Depuis son départ , aucun être vivant n'a donc habité leur ancienne demeure j depuis sa faute , une affreuse solitude y règne

Elle baissait la tète eu fuyant, lorsque, heurtée par quelqu un qui passait, elle s'entend appeler par son nom.

— Mamselle Louise ! . . .

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Elle s'arrête effrayée , et reconnaît inademoiselle Agathe.

— Ah! ma chère demoiselle, s'écrie la fille du portier , est-d possible que ce soit vous? Y a-t-illoug-temps qu'on vous cherche? Esl-ce quevous demeurez toujours dans le quartier? Ou vous a fait demander dans tous les journaux . Commeutvous portez-vous?

on vous croyait morte. Mais venez donc nous voir. Dieu! étes-vous changée !

La présence inattendue de mademoiselle Agathe a frappé Louise de stupeur ; à peine si elle répond à toutes ses paroles par quelques monosyllabes. Cependant mademoiselle Agathe fentraîne vers la porte de leur maison ; Louise n'a pas la force de résister.

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— Venez donc , venez donc : mon père sera si content de vous voir, mademoiselle Louise !

Et du seuil de la porte, qu'elle referme précipitamment derrière elles, mademoiselle Agathe crie : — Papa, voici mamselle Louise!

Elles entrèrent dans la loge. Le vieux Lamarre, sa femme et sa fille accablaient de mille cpiestions Louise, qui se sentait mal et qui n'osait se plaindre , quoique sa tête eût des vertiges et que le cœur lui manquât.

— Votre chère maman , dit le vieux Lamarre , avons -nous été surpris de sa mort, la pauvre dame! et vous, ma chère demoiselle , que Ton attendait toujours!.. Mais c est égal, on a mis les scellés , et il paraît que le gouvernement a fini par trouver des personnes

Hî \\ ENFAÎ\iT.

de votre famille... Vous sentez bien, quand il s agit d hériter , ce ne serait que d une robe , on ne manque pas deparens... Est-ce que vous avez des parens à Bordeaux?...

— Oui , oui , un oncle , dit Louise d'une voix faible. Mais, excusez-moi, je ne sais ce que j'éprouve — c'est la première fois de ma vie que je sens un pareil malaise...

— Oh ! ce n'est rien, c est le saisissement de vous retrouver ici.

— Agathe , offre donc un verre de quelque chose à mademoiselle; ça lui remettra le coeur.

— Merci, M. Lamarre, dit Louise; je me trouve beaucoup mieux , je vous remercie , je m'en vais —

Lamarre et toute sa famille, à force

d'instances , obtinrent que Louise restât quelques minutes encore.

— C est que nous avons bien des choses ànous dire, il y a si long-temps que nous ne nous sommes pas vus ! reprit mademoiselle Agathe. Vous n'êtes pas revenue depuis la mort de votre maman...

— Une bien digne femme , ajouta Lamarre , et dont la mort nous a fait une peine à tous ! . . . ça été comme un coup de foudre.

— Au moins , s'écria Louise en sanglotant, est-elle morte sans se douter que j'étais sortie?

— Comment? demandèrent à la fois les trois Lamarre.

— Je dis , continua Louise , qu'au moins maman n'a jamais su...

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