II
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])uis à la (in , il tressaillit de tous ses membres et frappant ses deux mains 1 une contre 1 autre :
— Ce que vous me dites est-il possible, Thévenot?... Enceinte! elle est enceinte !
— Moi î . . . enceinte î répéta Louise, avec une expression d épouvante à laquelle succéda bientôt un air de triomphe et de bonhenr.
— Oui , madame, enceinte , reprit le docteur ; par hasard en seriez-vous fâchés l'un et l'autre?
— Louise.... dit Gustave, en la regardant avec amour....
— Gustave répondit Louise,
en baissant les yeux.. .
— Mais, mon cher docteur, ne nous
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trompez -VOUS pas ? êtes- vous bien sur :...
— Tenez, regardez- la , mon ami :
les premiers symptômes de grossesse se manifestent encore.
— Louise , ma Louise , veux- tu toujours me quitter? demanda Gustave en lui tendant les bras.
Elle s y précipita tout en pleurs et criant: — Je suis enceinte, Gustave... prends pitié de ta femme!
CHAPITHE VII.
De mois eu mois Louise reconnaissait, à des indices plus certains, que le docteur ne 1 avait point abusée sur son état de grossesse. Sa joie était grande d être mère, car à présent elle était assurée d'être la femme de Gustave. Tout son bonheur était là. Gustave pourtant ne se hâtait pas de Fépouser, quoiqu'il lui dît sans cesse
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que ce mariage devenait obligatoire j>our sa famille même , à cause de leur enfant. Louise attendait sans trop d'impatience; elle voyait bien que Gustave était de bonne foi dans ses promesses. Ma Louise, lui disaitil, je t'assure que tu seras ma femme. Mais il faut donner le temps à mon père de te connaître. Il est juste qu'il te voie , qu'il t'aime avant de se décider à te nommer sa fille. Eh bien!
dans la position où te met ta grossesse avancée déjà, puis-je décemment te mener chez lui , ou l'amener chez toi? Bailleurs, toi-même, jeu suis certain, tu ne voudrais pas maintenant te montrer dans une mairie , dans une église — Après tes couches, à la bonne heure.
Louise se rendait à ces raisons , quelle trouvait justes, bien qu au
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fond du cœur, elle s'attristât quelquefois à la pensée que son mariage était retardé de quatre à cinq mois encore.
Mais les caresses de Gustave la dédommageaient de cette longue attente.
Il faut dire cependant que Gustave n'était pas d'une entière bonne foi dans tous les obstacles qu'il opposait aux désirs de Louise. Il avait trente ans , il était maitre en grande partie de sa fortune, comme il était aussi maitre de ses actions. Il importait j)eu à INI. Cliarrière que son fils se mariât avec Louise ou avec tout autre, avec une de ses maîtresses ou avec une demoiselle innocente et pure encore. Sans doute M. Cbarrière, à propos de ce mariage, eut fait à Gustave les objections que tout père ferait en pareille circonstance. Mais enfin,
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Gustave eut épousé Louise saus o])positioii possible de la part de son ])ère. Libre de sa main , qui Tem- ]>éebait donc de la donner à Louise ?
11 semble que les empécliemens à ce mariage dussent naitre , non de la volonté y mais du caractère même des deux jeunes gens. Nous avons vu déjà Gustave prêt à épouser Louise , et néanmoins ne l'épousant pas, tantôt par la faute de sa maîtresse, tantôt par la faute de son propre caractère à lui, Gustave. Les événemens, il est vrai , quelque petits qu'ils fussent , apportaient sans cesse à leurs desseins des modifications diverses , ainsi qu'ils font aux desseins de la jjlupart des hommes.
Cette fois encore Gustave voulait prendre Louise pour femme. La voir
enceinte, Tidéed être père redouhlail son amour pour elle 11 n'était pas de bonheur dont il n'eut aimé à la combler. Le mariage, précisément parce que c'était un sacrifice fait à ses goûts, le mariage lui paraissait une chose nécessaire à accomplir. Mais la nécessité de faire immédiatement ce sacrifice, il ne la voyait pas.
Puisque je dois l'épouser, se disaitil , il est fort indifférent que ce soit cette année ou l'autre . Pour tout autre homme que Gustave , une semblable raison eût hâté le sacrifice ; pour lui elle en reculait F instant.
Il est bien naturel, se disait-il encore , que je prolonge le plus possible le peu de liberté qui me reste.
D'ailleurs , quelques - uns de ses amis n ignoraient pas ses liaisons avec
Louise ; et lui , qui en leur présenee s'était tant Je fois moqué du mariage, il allait mentir à toute sa vie passée; et, pour comble tV inconséquence , il allait épouser sa maîtresse!
Quoiqu il sut bien que tôt ou tard il finirait par se marier av^ec Louise, la crainte du ridicule le retenait dans rinaclion. Un jour, entre autres, il fit l'expérience des quolibets sans nombre qui ne manqueraient pas d accueillir la nouvelle de son mariage.
Ce jour -là il avait rencontré Alfred et Eugène , ses deux convives du café de Paris. En les apercevant, son maintien fut embarrassé. Ils ne lui en épargnèrent pas la remarque, et se répandirent en mille plaisanteries sur la peur qu'il avait de rencontrer ses amis depuis qu'un amour sérieux le faisait soupirer pour une grisette.
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Gustave, qui du moins voulait payer de mine , essaya de prendre la chose en riant; mais il perdit toute contenance lorsque Eugène lui dit :
On assure qu'elle est enceinte , et que tu songes à T épouser.
— Mais , répondit Gustave en balbutiant, on assure là une chose
— Absurde: n'est -il pas vrai? Je ne te crois pas capable d'une vertu si bète , ou tu aurais terriblement changé en six mois de temps ! Te rappellestu notre déjeuner au café de Paris?
— Pourquoi?
— Pourquoi? parce qu'alors tu
avais certaines manières de voir sur les enfans... Tiens, veux- tu que je te dise franchement ce que je pense? tu médites un coup à la Rouvrard. Ah!
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ail ! ail! farceur (|uc tu es, je te connais bien! Avoue la vérité : tu attrapes cette (ille; tu mets en pratique ton grand système des enfans sans mère. . . Allons , fais donc semblant de ne pas me comprendre î
— Je te comprends à merveille, au contraire , reprit Gustave ; je me rappelle fort bien ce que je t'ai dit avant, pendant et même après notre déjeuner de garçon ; alors , j'en conviens , j'avais sur les enfans, sur le mariage, des Idées...
— Que tu n'as plus?
— Peut-être.
— Allons donc! tu plaisantes, et veux cacher ton jeu. Ce n'est pas avec tes amis qu il faut feindre. Je vais te dire, moi , quel est ton projet.
— Voyous.
— Aussitôt ta luaîtresse accouchée, tu escamotes Tenfant , et te voilà père saus femme . N'était-ce pas là ton grand rêve de civilisation et de bonheur?
Gustave devint sérieux. Il est possible, dit- il, que la pensée d'enlever un enfant à sa mère ait pu me venir en tête comme mille au.tres pensées extravagantes j mais de la conception à Texécution il y a loin. A nos âges, quand on n'a ni femme, ni enfant, ni amour, on peut se figurer aisément qu ôter à une mère son enfant est une chose toute simple, toute naturelle, toute facile. . .Aujourdhui, quel qu'en soit le motif, je pense différemment.
— Bah î
— Je dis plus : c est que tout homme
assez cruel pour commettre une action semblable est un lâche et un scélérat.
— Parles-tu sérieusement ?
— A tel point que si quelqu'un osait me soupçonner d'une pareille infamie , il m'en rendrait raison à 1 instant même.
Eugène s'excusa froidement de l'avoir mal jugé.
— La faute en est à vous seul , Gustave, lui dit-il : une autre fois je ne vous croirai plus sur parole Je vois bien qu'il ne faut jamais plaisanter avec les gens lorsqu'ils sont amoureux. Parlez-moi de l'amour pour dénaturer les meilleurs caractères !
je m en souviendrai. Adieu.
Ils se quittèrent assez méconlens lun de l'autre.
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Comme on le pense bien, cette rencontre n'ébranla pas Gustave dans ses projets de mariage : tout au contraire , elle dut l'affermir dans ce louable dessein , mais sans lui faire voir cependant la nécessité d'en bâter Texécution.
A la suite de cet entretien, il se dirigea vers la rue du Colombier, beureux de revoir Louise. Quand il entra , elle était assise près dune fenêtre , le corps pencbé sur sacbaise, les jambes étendues. De la main elle fit signe à Gustave de marcber doucement et de faire silence. A F expression attentive de son visage, au bonlieur qui entr'ouvrait ses lèvres, on devinait que Louise attendait avec joie quelque cbose qu'elle écoulait venir.
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Gustave s avança sur la pointe du pied , cherchant de toutes parts, interrogeant 1 œil de Louise, et n'apercevant encore ni en elle , ni autour d'elle, lohjet qui attirait si fort son attention.
Mais Louise gardait la même posture, la main toujours levée, comme ])our dire à Gustave : Silence !
Il était à ses côtés. Tout à coup elle tressaillit , et , se saisissant de la main de Gustave, elle la pressa sur son flanc.
— Sens-tu? sens- tu? lui dit-elle avec un accent passionné de bonheur:
sens -tu comme il remue?... Pauvre jielit î
Elle pleurait en répétant : Pauvre petit î
Quoique ce ne fussent pas les pre-
miers signes d'existence qu'eût donnés son enfant, Gustave , cette fois , éprouva une émotion plus forte que d'habitude : les coups étaient si rudement portés dans le flanc de la mère, qu il en fut effrayé pour elle.
— Ma Louise , lui dit-il tout agité , mais cet enfant doit le faire mal?
— Oh î mon Gustave , réponditelle, que ce mal-là fait de bien! Pauvre enfant ! il me frappe , comme s il voulait me dire : Ma mère, je suis là... j existe!
Gustave lui passa les bras autour du cou, et tous deux, liés d'une étreinte mutuelle , ils pleuraient en se couvrant de baisers.
— Tu l'aimeras bien , notre fils, mon Gustave?
Gustave sourit.