‹ Un enfantChapitre 14 sur 23 · III · texte numérisé non relu

III

duclrice de T équipage , Ibiiellait le cheval de toute la vigueur de son bras.

Dans sa douleur , Louise se ressouvint , par miracle , de la petite boucle d oreille , et, comme s'il eût été possible à sa fille ou à Léocadie de voir luire de loin ce petit bijou d'or, elle le leur tendait en redoublant ses cris.

A la fin, la voiture s'arrêta. Léocadie Tavait exigé, en apparence pour son beau-père qu ils amenaient malade , mais en réalité pour Louise qui lui faisait compassion.

— Saboucled'oreille,s'écriaitLouise,je vous rapporte sa boucle d'oreille!

L'effroi de la petite fille se changea

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en un vif plaisir à la vue de sa chère boucle tantpleurée. La vieille bellemère murmura tout bas que Louise avait volé ce bijou; Léocadie répondit doucement que d'ordinaire les voleurs ne prennent pas pour rendre; Louise en balbutiant conta comment cet objet avait passé dans ses mains; la vieille belle-mère hocha la tête; Léocadie parut autant surprise qu'attendrie; l'enfant remercia beaucoup la pauvresse; le vieux beau-père, fort souffrant , ne disait mot. Louise côtoyait péniblement la voiture, qui allait au pas.

Montez donc dans notre carriole, dit Léocadie, vous ne pouvez plus marcher.

— Monter! murmura la vieille

Ma tN E^TA1VT.

mère , et où veux-tu donc qu'elle se place? nous sommes déjà si à Tétroit que j en étouffe.

— Je mettrai ma fille sur mes genoux , répondit la bonne nourrice.

— Oh! non, non, madame, je vous en prie, je la mettrai sur les miens.. . je ne veux pas que vous vous fatiguiez pourmoi,.- etpuis, ajouta Louise avec une voix tremblante de bonheur , c'est une grâce que je vous demande. .

Venez , ma chère petite , venez sur mes genoux...

Louise avait pris place dans la voiture , et sa fille hésitait encore entre elle et sa nourrice. Celle-ci dit tout bas à r enfant :

— Mets-loi sur ses genoux... fais-

U«J EIMFAî^T. M9

lui ce plaisir-là : elle ta rapporté ta boucle d'oreille.

Le cheval repartit au trot sous les coups de fouet redoublés de la vieille belle-mère, et Louise , dont toutes les peines s'effaçaient en ce moment, pressait, serrait dans ses bras sa fille assise sur elle. Les épaules, les cheveux, les vétemens de sa fille, elle baisait tout avec une ardeur que ne pouvait modérer la crainte de se trahir. Les soubresauts de la caxriole lui offraient à toute minute un prétexte pour étreindre son enfant , pour appliquer ses lèvres sur son cou, sur sa chevelure, sur sa robe... et elle pleurait doucement.

Un instant , elle passa la main sous

fjO UN ENFANT.

Técharpe de sa fille, glissa les doigts vers sa poitrine , les arrêta sur son jeune cœur , et le sentant battre avec force, elle crut que ce cœur battait pour elle , elle crut que son enfant devinait que la pauvresse qui la tenait dans ses bras c'était sa mère

Louise , à aucune époque de sa vie, n'avait ressenti une joie plus grande.

Léocadie la regardait de côté , de temps en temps, de manière à ne pas gêner son bonheur , et elle se disait , la bonne nourrice :

— Pauvre femme î apparemment que son enfant ressemblait bien à notre demoiselle 1

11 arriva, dans un moment où Louise

V\ EIVFAIVT. iSi

murmurait timidement quelques mots de tendresse à sa fille , distraite par les cahots de la voiture , il arriva que Louise se troubla tout à coup , frappée qu'elle fut par une réflexion jiénible.

— Madame , dit-elle à Léocadie ,

quel est le nom de quel est son

nom?

— Julie.

— Julie! Ah! se dit Louise,

ce n'est pas mon nom qu'il lui aurait donné !

— Julie , répéta Louise en glissant ce nom à l'oreille de sa fille, Julie...

L enfant se retourna

(•iâ UIV E INFANT.

Louise la regarda avec ivresse

— Julie où est votre mère ?

La petite fille tendit les bras à sa nourrice.

— N'en avez-vous pas eu une autre?

dit Louise, dont la léte s'égarait

dites , Julie , où est votre mère?

— Hélas ! répondit la nourrice , ma bonne petite fille n'a jamais connu

d autre mère que moi Sa mère est

morte en la mettant au monde.

— Morte ! s écria Louise ! . . . . ils lui ont dit que sa mère est morte !

— Mais qu est-ce quelle a donc à crier cette femme? s'écria à son tour

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la vieille belle-mère; voilà le cheval qui s'arrête de frayeur !

Le cheyal s'arrêta par la raison que la voiture entrait dans la coiu^ du château.

— Les malheureux î pensa Louise^ ils m'ont dit à moi : Ta fille est morte; et à ma fille : Tu n'as plus de mère !

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