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la comblait une ou deux fois par semaine. Alors elle 1 embrassait, et Louise se flattait tout bas d être aimée. Il est certain que Julie commençait à montrer quelque atlacbement pour la pauvresse . Elle causait, elle se promenait volontiers avec elle, volontiers même elle la laissait lui baiser les lèvres.
Léocadie, toujours affectueuse pour Louise, toujours disposée à ne rien faire qui pût la chagriner, lui facilitait les occasions d être seule avec l'enfant, parce que \ innocente ne paraissait vraiment joyeuse que dans ces momens-là. Louise , à qui on donnait la liberté de s'en aller seule avec Julie, jusque dans le petit bois, là où elle cachait son argent au pied d un arbre, Louise avait donc eu déjà toute pos-
sibilité d'emporter sa fille, après lui aToir dit: Je suis ta mère! Mais les raisons qui Tavaient détournée de ce dessein existaient encore en partie :
son petit trésor n'était pas suffisant pour les nourrir même pendant un cour t voyage ; Gus tave ne de vait pas arriver avant quelques mois , et Julie n'était pas assez déshabituée du luxe pour entrer, sans peine , dans la nouvelle existence de leur misère.
Chaque fois qu'on achetait à son enfant quelques vétemens un peu riches, Louise, avec un gros soupir, disait à Léocadie que parer Julie de toutes ces belles choses, c'était lui donner le goût de la coquetterie, c'était la rendre vaine. Elle ajoutait tristement :
— Pourquoi 1 accoutumer à la ri-
UN ENFAIMT. iri
chesse? on ne sait pas ce qui peut ar
river.
Léocadie souriait des observations de Y innocente.
Par une singulière fatalité, la petite fille s'obstinait à faire résonner les touches d'un mauvais piano que Gustave avait fait placer dans la salle basse du château. Le bruit qu'elle tirait de cet instrument lui plaisait sans doute : elle passait des heures entières à promener ses doigts snr le clavier. Louise, à qui la vue de ce piano rendait présente rhistoire de tous ses malheurs , suppliait en vain sa fille de s'occuper plus sérieusement. Elle l'engageait à coudre , elle Tentretenait de Dieu , elle essayait d'attacher sa jeune ame à la lecture de quelques livres de mo-
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raie. Mais Tenfant détournait la tête avec (listraction , et c'était de musique qu'elle parlait. Louise, un jour, emportée par la violence de ses souvenirs , effrayée pour l'avenir de sa tille, brisa les touches du piano. Julie pleura beaucoup : il fallut plusieurs semaines avant qu'elle pardonnât à Louise cette mauvaise action.
Quant aux habitans de Baroy , ils disaient :
— Qu'y faire? c est une innocente.
Ainsi vécut Louise F espace de quelques mois, son temps partagé entre des occupations diverses, mais qui toutes avaient l'avenir de sa fille pour but : mendier une partie du jour, travailler une partie de la nuit, prëpa-
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rer doucement Julie aux privations de la pauvreté.
Quand elle cessait ou de mendier, ou de travailler , ou de surveiller Julie , elle allait trouver la nourrice et la suppliait de lui redire pour la centième fois, et dans les moindres détails, la vie du premier âge de son enfant.
Alors, Léocadie, pour faire plaisir à \ innocente raconte de nouveau comment Julie lui a été confiée dès le premier mois de sa naissance ; comment elle a gardé cet enfant cinq années de suite, Gustave les venant voir toutes deux de loin en loin, à cause des longs voyages qu il faisait hors de la France. A cela elle ajoute 1 expression de sa douleur le jour où Gus-
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tave lui reprit Julie. Depuis plus de quiuze mois , on n'avait reçu aucune nouvelle du jeune seigneur ^ non plus que de M. Charrière père , qui , du reste , avait cessé de venir en ce château , la propriété de Gustave , dont la mère était une demoiselle de Baroy. Léocadie n'entendait parler de personne, et elle élevait l'héritièi^ de Baroy comme son propre enfant , lorsque, tout à coup, Gustave arrivant , on ne sait de quel pays , parut un soir au château , et repartit le lendemain au matin avec Julie...
Chaque fois que Léocadie en est là de son récit , elle sanglote , et \ innocente mêle abondamment ses pleurs aux pleurs de la bonne flamande.
Après quoi Louise supplie la nour-
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rice de reprendre, pour se consoler, l'histoire heureuse des premières années de son enfant.
On dirait que cette histoire , Louise ne la connaît pas encore. Avec quelle attention elle écoute Texcellente Léocadie î de quelle ame elle la remercie de son amour et de ses soins ! de quel les vives caresses elle paie la complaisante nourrice ! et pourtant comme elle envie à cette femme le bonheur d avoir reçvi le premier sourire de sa fille !