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— Iist-r^e qu'on a besoin de papiers pour vivre (rauinônes?
Louise était treml^laiite. Le gardechampétre la saisit par le bras.
— Je vous arrête , dit-il , suivezmoi chez ]\L le maire. Vous m'avez la mine d'une voleuse.
Louise se jeta aux pieds du garde.
— Par pitié , lui dit-elle, monsieur, ne me menez pas en prison, ma fille m attend monsieur, ma fille
— Allons, avancez , lui dit brutalement le garde, vous n'êtes pas de ce pays-ci, vous n'avez pas de papiers, je vous emmène , et d'ailleurs, si vous étiez une brave femme , vous ne trembleriez pas comme vous faites.
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— Je vous dis , nioiisieiir, s'écriait Louise poussée rudemeut par le garde, je vous dis que je suis une mendiante, que je clierche mon pain pour nourrir ma fille!
— Si c'était vrai, votre fille serait avec vous !
— C est un enfant, monsieur, elle ne peut pas marcher
Le garde parut frappé de cette observation, il cessa de chasser Louise devant lui.
— Ah! elle est trop petite pour marcher? c'est possible, eh bien!
nous allons voir; où Tavez-vous laissée votre fille?
Louise balbutia, rougit, pencha la tète en pleurant, elle n'osait dire :
— Ma fille est au château de Bar
;oj.
— Vous voyez bien que vous êtes une menteuse , reprit le garde.
Et malgré toutes les prières, tous les efforts de Louise, il l'entraîna vers un petit village voisin.
— Vous vous expliquerez devant monsieur le maire , lui dit-il.
M. le maire n était pas revenu des champs. Le garde, qui voulait déposer sa capture en lieu de sûreté jusqu'au retour du chef municipal , la conduisit près de l'église, à laquelle était attenante une petite chambre, chapelle autrefois , maintenant prison ou grenier, selon qu'on y mettait des vagabonds ou du fourrage. Louise, en voyant l'asile honteux qu'on lui destinait, mais surtout en pensant, à sa fille qu'elle ne verrait ni
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ce soir-]à, ni peut-être le lendemain, lutta (le toute son énergie avec le garde, lorsqu il voulut la pousser dans cette espèce de prison. Mais convaincu , par la résistance de Louise , que réellement il avait affaire à quelque voleuse, cet homme, robuste d ailleurs , se débarrassa aisément d elle et l'enferma sous clef.
Les cris de la malheureuse mère se faisaient entendred un boutdu village àlautre. Sa prison avait une petite fenêtre, protégée par deux barreaux de fer , le tout donnant sur une ruelle. Suspendue à ces barreaux , Louise appelait du secours, implorait la pitié publique, mais en vain; personne ne venait. Yers le soir, elle redoubla ses cris, et bientôt une foule d'habitans m. j3
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de tout sexe accourut pour savoir quelle était cette femme et quel pouvait être son crime.
Le maire arriva, suivi du gardecliampètre qui portait du pain et un peu d'eau à la prisonnière.
M. le maire commença rinterroeatoire. Louise pressée de questions sur son nom , sur sa famille , sur son pays, finit par dire :
— Je me nomme Louise Drouart, je n'ai pour toute famille qu'un enfant et j'habite le château de Baroy.
— Et à quel titre, demanda le maire, habitez-vous le château de Baroy ?
Vous avez dit au garde que vous êtes mendiante.
UN ENFAI^T. <95
— C'est vrai, répondit Louise. Les jardiniers de Baroy me logent la nuit, et je mendie le jour.
— Et votre fille , où est -elle? liabite-t-elle le château comme vous?
— Non , monsieur ma fille est
à Floyon.
— Chez qui ?
— Chez un de ses parens.
— Le nom de ce parent?
— ...Drouart.
— Je prendrai des informations làdessus.
— M. le maire , fit observer le garde, vous savez qu'elle m'a dit à moi qu'elle n'est pas de ce pays-ci, et voilà maintenant qu'elle est de Floyon!
— .renverrai à Floyon et au château de Baroy , répondit le maire; et si elle nous a fait des mensonges, nous Texpédieronspour Avesnes dimanche, jour où viennent les gendarmes. Elle tâchera de s entendre avec les tribunaux.
Le maire et le garde - champêtre sortaient; Louise les poursuivit de ses pleurs et de ses prières.
— Laissez-moi m'en aller ! s écriaitelle ; je ne vous ai pas menti. Donnezmoi quelqu'un pour me conduire jusqu au château de Baroy, vous verrez que je ne suis pas une voleuse!
— A propos , dit le garde, M. le maire, est-ce que nous ne la fouillons ])as ?
LIV EIVFAA'T. 197
— Je le veux bien, répJiqua Louise, fouillez-moi; mais du moins, si vous reconnaissez que je ne suis pas une malhonnête femme , si vous ne trouvez rien sur moi que les misérables sous que j'ai quêtes sur ma route , rendez-moi la liberté , rendez-moi la vie; laissez-moi aller embrasser mon enfant I
Ce fut le gaide-cbampëtre qui fit les recherches. Dans une des poches de Louise, il trouva le menu produit de sa quête du jour; dans l'autre , quelques débris de pain.
— Je crois bien, dit-il, que si elle a volé quelque chose , elle ne Ta pas mis dans sa poche.
En disant cela , il porta vivement la main sur le haut de la robe de Louise.
iy8 DS EIMFAI^T.
Celle - ci recula indignée : Monsieur!... sVcria-t-elle...
— Qu'est-ce que vous faites donc ?
demanda le maire an garde.
— Je sais ce que je fais , reprit-il en introduisant les doigts avec force sous le corset de Louise.
Louise se débattait, demandait grâce... Le garde triomphant tira du sein de Louise un petit mouchoir brodé en dentelles : à un des coins il portait pour marque les lettres J. C.
La pauvre femme, qui se voyait ravir ce trésor , ce petit mouchoir que sa lîlle tenait à la main , pendant la danse, le jour de la ducasse d'Etrœung, ne se sentait pas le courage de le réclamer comme étant à
SOU enfant. Elle le lui avait dérobé, le lundi matin , en route ^ dans la voiture, et elle avait appliqué sur ses lèvres , serré sur son cœur , ce précieux tissu encore tout mouillé de la sueur qui coulait du visage de sa chère Julie. Depuis lors elle Tavait gardé comme une relique. Maintenant qu on le lui reprenait , pouvait-elle dire : Je ne Tai pas volé , il est à moi , car il est à ma fille! Quelle apparence, d'ailleurs, qu'un mouchoir brodé appartint à la fille d une misérable mendiante? On ne le croirait pas, et si on le croyait, n'était-ce pas publier un secret dont la révélation inopportune pouvait ruiner toutes ses espérances, tout son bonheur î
Seulement clic se traînait auK pieds
200 UIM ENFANT.
du majeur et de son t^arde , en leur criant à mains jointes:
— Je ne suis pas coupable , messieurs , je suis une pauvre mère ; rendez-moi la liberté !
Mais quelles que fussent ses supplications , Louise, vagabonde, mendiante et soupçonnée de vol, devait être remise , le dimanche suivant , entre les mains des gendarmes d'Avesnes.
CHAPITRK VIII.
L a}3sence prolongée de Louise a laissé fort inquiets les liabitans de Baroy. Voilà deux jovirs que \ innocente u est rentrée au château, et tout le monde, depuisJulie jusqu au vieux père de (>éJestin, s étonne et s alarme de ne pas la voir paraître. On la fait chercher dans les environs : per-
eOi> UIV ENFAIMT.
souiie ne peut dire ce qu'elle est devenue. Quelc[U(is moissonneurs racontent seulement qu'elle est passée dans la journée du mercredi , tout à côté d'eux ; mais nul ne sait si elle a passé la frontière ou si elle est restée en France. Louise est connue à deux ou trois lieues à la ronde , et cependant, quelque villageois qu'on interroge, aux alentours , chacun déclare ne l'avoir pas rencontrée.
Deux motifs expliquent l'inquiétude et les recherches auxquelles se livrent Célestin et sa famille : leur amitié pour Louise ; l'extraordinaire de sa disparition. Du moment où Louise a trouvé asile et protection au château, elle est constamment rentrée avant la nuit. Nous avons même
UlVi EÎMFAIMT. 203
VU que, daas ses excursious quoli- (lieunes , elle revenait, une et deux fois par jour, se reposer à Baroy.
Le jeudi soir, second jour de Tabsence de Louise , un monsieur , qui parait pressé , frappe rudement à la principale porte du château : c estM.le maire d Etrœung. Célestin court à la hâte, et Julie aussi, et aussi Léocadie, tous espérant que M. le maire , leur ami , vient leur donner des nouvelles de r innocente ; mais M. le maire ignore Taccident qui les afflige ; il n'a pas entendu parler de Louise , et s il leur rend visite , c est parce qu'il s eu va ce jour-là même à Paris , et qu'il ne veut pas se micttre en route avant de s informer de leur santé, de la santé surtout de mademoiselle Julie ,
avant de savoir , en un mot, s'ils n'ont pas quelques lettres, quelque commission à lui donner pour M. Gustave Charrière.
Cette grande nouvelle leur fait un moment oublier Louise. M. le maire se rend à Paris ! ^J . le maire va voir le seigneur! C est un événement pour eux tous. Cèles tin est confondu d'admiration : devant lui est un homme qui, dans vingt-quatre heures, se promènera dans la grande ville qu'habite le propriétaire de Baroy , ce riche possesseur d un château en province, d'un hôtel et d une voiture à Paris î Célestin peut à peine croire ce qu'il entend. Enfin , comme tout cela n'est point un rêve , et que M. le maire s en va bien tout droit à Paris, il lui re-
LIV EIVFAIVT. 20S
commande de présenter ses hommages à son seigneur et de rapporter une robe pour Léocadie. La i3onne nourrice, elle, se contente de dire au maire d'Etrœung :
— Vous prierez notre seigneur de me laisser le plus long-temps possible ma chère petite fille; vous lui direz qu elle se porte bien , qu'elle est heu reuse avec nous , et que, s'il vient au château à la fin de l'autre semaine , comme on l'assure , il trouvera que j'ai eu bien soin de notre Julie.
— Et moi, bien soin du jardin et de la maison , et des plantations , et des terres, et de tout, dit Célestin; je me flatte que notre seigneur sersi content.
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— Et vous, mademoiselle, dit le maire à Julie , ue me cliargez-vous d aucuuecommission pour votre papa?
— Si fait, mousieur : vous lui direz que je l'attends pour me remmener à Paris , et vous lui direz aussi que jnaintenant je sais écrire.
Elle appuya sur ces derniers mots avec un petit air de triomphe.
— Vous savez écrire, mademoiselle; mais c est charmant cela î
— C est V innocente qui lui a montré récriture, reprit Célestin. La pauvre femme s'est donné un mal avec cet enfant!.. Mais, Léocadie, ajouta-t-il en regardant sa femme avec tristesse , comprends- tu que cette malheureuse Louise ne revienne
pas? Il lui sera arrivé une mauvaise aventure .
— Je ne sais pourquoi j'ai idée que nous la re verrons ce soir , répliqua Léocadie ; elle s'est peut-être perdue en route , mais elle aura fini par retrouver son chemin.
— Dieu t'entende ! dit Célestin. S il lui était survenu quelque malheur , je ne m'en consolerais pas.
— Oui, oui, s'écria le maire , votre innocente reviendra ce soir ou demain , rassurez-vous ; et en attendant souhaitez-moi un bon voyage , car il faut que je parte.
Il était contre tout usage que le maire d'Etrœung quittât ses amis sans avoir mangé et bu très-amplement
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avec eux. On s attabla donc; mais, comme il faut que tout finisse , même les repas d'adieu , le maire se leva , pour prendre congé de ses hôtes.
Cependant Julie n était pas là; ils s'en aperçurentpour la première fois, bien qu'elle les eût quittés depuis une longue demi-heure. Céleslin se mit à sa recherche, car M. le maire ne voulait pas , disait-il , s'en aller avant d'avoir présenté ses respects à mademoiselle Charrière. On trouva Julie griffonnant au milieu d un tas de lettres commencées, inachevées, et recommencées pour rester inachevées encore.
Toutefois elle en terminait une dont elle était satisfaite, à ce qu'il parut. Elle la porta toute jojeuse à M. le maire , qui se permit d'y jeter un
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coup d oeil. Cette lettre contenait en quelques mots :
(( Je t'attends pour que tu me remmènes au spectacle. Ma bonne Louise est perdue ; si tu la vois à Pans, dislui de revenir avec toi, nous partirons tousensemhle. Adieu, jet embrasse.»
L'écriture de Julie était presque indéchiffrable, ce qui n'empêcha pas rofficier municipal de lui donner les plus grands éloges. La petite fille était radieuse. Célestin dit :
— C est pourtant cette innocente qui lui a montré à tenir une plume î Quel malheur qu'elle ne soit plus au château ; bien sur que le seigneur l'aurait richement récompensée !
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Le maire, attiré à Paris par un procès considérable cpie soutenait sa commune contre Tétat, était en humeur de raconter longuement les tenans et les aboutissans de la chose en litige , lorsqu'à la lin , s'apercevant que ni lui ni ses auditeurs ne comprenaient un mot à son affaire , et s'apercevant aussi que les heures marchaient vite , il renouvela ses adieux , serra dans son portefeuille la lettre de mademoiselle Julie, embrassa tout le monde et partit.
Vers la fin du quatrième jour passé depuis que Louise était absente de Baroy , Célestin et sa femme, qui n'espéraient plus en recevoir de nouvelles , assis sur un banc de la cour , causaient deV innocente et déploraient
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sa mort, car ils ne supposaient pas qu'elle pût exister. Julie, debout près deux, les écoutait avec tristesse.
Le départ de Louise avait laissé un grand vide dans ses amusemens , dans ses travaux même de tous les jours.
L'idée que Y innocente était morte, et que par conséquent elle ne la verrait plus, lui donnait de limpatience et du chagrin. Louise s'occupait d'elle avec tant de bonté , elle l'embrassait avec tant d'amour , elle était si attentive à lui plaire en toutes choses ! Ce n'est pas que souvent Louise ne se fut montrée sévère à sa fille; mais ses remontrances étaient faites si à propos, adoucies par une si profonde tendresse , que Julie , tout en se fâchant contre ï innocente , ne pouvait s empêcher un moment
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après de 1 appeler encore sa ôo?me Louise .
Tous trois , Célestin , sa femme et Julie, pensaient donc à Vûinocente^ dans la soirée du samedi, tous trois la regrettant plus ou moins fort, suivant son cœur et la nature de ses sympathies.
Un jeune paysan, vêtu d'un sarrau de toile bleue, collet et jabot festonnés , entra précipitamment à Baroy .
Aux premières paroles qu il dit , Célestin s'écria :
— Louise I Elle est en prison !
C'est elle qui vous envoie! Ah, mon
tlV ENFA[\iT. 213
Dieu! Parlez, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Léocadie et Julie ne montraient pas moins de curiosité et d'inquiétude.
Le jeune paysan les surprit et les affligea beaucoup en leur annonçant que leur amie était accusée de vol.
Célestin n'en voulut rien croire.
— On vous a trompé , ou elle s'est faussement accusée elle-même , dit le brave homme. Nous la connaissons mieux que personne. Je réponds d'elle comme de moi. Partons tout de suite.
Je m'en vais la réclamer, et je serai bien malheureux si on ne me la rend pas.
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Célestiu attela son cheval à la carriole. Léocadie n'osa faire observer à son mari qu'à cinq heures du soir, il était bien tard pour se mettre en route. Julie demandait à être du voyage, mais Léocadie s'y opposa, et Célestin , en compagnie du jeune paysan , lança son cheval au grand trot, malgré les remontrances craintives de sa femme et les profondes ornières d un étroit chemin qui se prolongeait, de cahot en cahot, l'espace de quatre fortes lieues , jusqu'au but de leur course.
Cependant le jeune paysan racontait en détail Thistoire de l'arrestation de Louise. Lui-même, disait-il, était fils du garde-champêtre ; les paysans du village , attendris par les lamentations
UIM ENFANT. 215
de la prisonnière, irrités contre sou père , l'avaient en quelque sorte forcé , lui iils (lu garde , à venir à Baroy, afin d'y prendre des informations sur Louise et de la faire relâcher au cas où elle ne serait pas coupable.
Tout extraordinaire, tout invraisemblable que ce fait peut paraître , il n'avait rien que de très-réel. Les habitans du village détestaient le garde , par qui souvent ils étaient saisis et mis à l'amende, pour dégâts commis dans la forêt. En outre, les clameurs de Louise les avaient émus , et ils s'emportaient chaque jour en repi'oches contre le premier auteur de l'arrestation de cette femme , soit qu'ils crussent à l'innocence de la prisonnière , ou soit qu'ils ne vissent en
cette aventure qvi un prétexte ])our tourmenter et accaJiler leur ennemi.
A la lin , le garde , qui du reste était bien aise de mettre sa conscience en repos, avait résolu d'envoyer son fils à 13a roy.
11 est à croire qu'en toute autre saison, les travaux de la campagne occupant moins de bras, il se fut détaché du village quelque alerte et bon pay-^ san , qui, de lui-même, sur les seuls cris de la prisonnière, fût venu réclamer pour Louise Taide et le témoignage des gens du château ; mais cette fois, les soins de la moisson furent cause qu aucune personne étrangère à la famille du garde ne voulut dépenser bénévolement toute une journée à courir chercher au loin des
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protecteurs pour une inconnue, peutêtre même pour une voleuse. Les villai^eois se contentaient donc de menacer, d'injurierle malencontreux i^arde champêtre. Nous vojons maintenant le résultat de ces injures et de ces menaces.
Mais laissons Cëlestin et son compagnon presser les pas pénibles du cheval qui traîne la petite carriole , et les devançant d'une heure , recherchons ce que fait Louise.
Elle ignore que le fils du garde est allé parler d'elle à ses bons amis de Baroy ; elle a beau demander protection et secours, elle n'attend plus ni l'un ni l'autre. Seule, sur un lit de ])aille, un morceau de pain noir à ses
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côtés , privée de sommeil , loin de sa HUe , accusée de vol, elle pense avec terreur que le lendemain c est dimanche, que les gendarmes viendront, qu'ils l'emmèneront à la ville , qu'avant d'être entendue des jnges, qu'avant d'obtenir justice, on la gardera j)risonnière , un mois, six semaines peut-être; que dans cet intervalle, Gustave peut arriver, découvrir qui elle est, reprendre sa fille, s'enfuir, la laisser seule mourir dans ies cachots La douleur , la privation de
sommeil, l'effroi lui enflamment le cerveau, elle crie à travers la porte de sa prison qu'elle veut faire des révélations importantes et qu'on se hâte d'en prévenir M. le maire.
Rarement, le soir surtout, Louise
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manquait-elle de curieux (des eufaiis et des femmes ), qui épiaient ses crisau dehors. Elle n'eut pas plus tôt fait entendre le nom du maire, que, avides de connaître ce qu elle pouvait aVoir à lui dire , deux ou trois petits garçons coururent au plus vite chez Tofficier municipal.
Celui-ci arriva fort étonné et fort satisfait du rôle important que ses fonctions de mû^)^e^^r rappelaient à jouer dans cette affaire. Il jeta sur Louise un regard terrible. Après quoi, l'examinant de près à la lueur de sa lanterne , il la vit si chétive et si malade, que la pitié lui fit oublier sa qualité de magistrat, et il redevint ce que la nature l'avait fait, un simple et honnête cultivateur flamand.
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— Elibicn! (lit-il à Louise, d'une voix eucourageanle, vous m'avez demandé, me voilà. Parlez sans crainte : je vous écoute. Etes- vous une voleuse?
Louise se tenait immobile , effrayée des paroles qu elle allait dire. Le digne maire lui répéta le plus doucement <ju il put :
— Parlez , vous n'avez rien à craindre. Où avez-vous volé ce mouchoir?
A qui appartient-il?
— A ma fille , monsieur, à ma fille!
s écria -t-el le. Je ne suis pas coupable. Faites-moisortir d ici. Oh î monsieur, si vous êtes père , si vous avez des enfans, ayez pitié de moi , je vais vous instruire de tout , monsieur , mais
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promettez-moi de n'en parler à personne , et de me renvoyer à Baroy avant que les gendarmes ne viennent.
Le maire promit tout ce que Louise voulut. Alors elle commença dune voix basse, étouffée de sanglots, le récit cent fois interrompu de ses malheurs. Le maire stupéfait écoutait bouche béante cette histoire , à laquelle cependant il n'ajouta que peu de foi.
— Vous assurez , dit-il , que la fille de M. Charrière est à vous. Je veux bien vous croire ; mais pour cela faire, il est j uste que le seigneur de Baroy lui-même confirme votre déposition. Je lui écrirai donc demain pour savoir si vous ne mentez pas.
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Louise, emportée par la douleur, reprocha au maire de manquer à sa parole; elle luirappelalapromessefaite de ne révéler son secret à personne; elle lui dit qu'écriie à Gustave , c était la perdre sans ressource, et qu il valait autant pour elle mourir tout de suite dans sa prison. Le maire prétexta les devoirs de sa charge, la nécessité de découvrir &i Louise disait vrai, les reproches qu'il encourrait, en rendant lihre, sans preuve d'innocence, une vagabonde soupçonnée de vol.
Puis, voyant Louise se frapper le sein , et Tentendant pousser des cris de désespoir, il gagna précipitamment la porte dans la crainte d'être luimême victime de cette furieuse (ce frit le nom qu'il lui donna ). Je la remettrai demain matin aux gendarmes
d'Avesnes, pensa-t-il; je communiquerai sa déposition à M. le procureur du roi , et on reconnaîtra , j'en suis sûr, qu'elle m'a fait un mensonge pour m'attend rir et s'évader.
Le maire franchissait la porte, lorsqu'il se sentit violemment saisir au corps : il se retoiu^na ; c'était Louise, non furieuse, mais suppliante, mais à genoux, mais pleurant, qui conjurait le maire de lui permettre de retourner à Baroy, près de sa fille.
Aux pleurs , aux supplications de Louise, des cris répondirent non loin de là : on entendit accourir plusieurs hommes. L'officier municipal prétait encore l'oreille à ce hruit inaccou-