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L'an 1737, le dimanche 3 novembre, entre duc et onze heures du matin, nous Nicolas Rousselot, conseiller du roi, commissaire enquêteur examinateur au Châtelet, etc., nous sommes transporté en une maison sise en cette ville, rue de l'Université, paroisse Saint-Sulpice, à laquelle demeure M"»<* de Moras, où ayant été introduit dans un appartement par bas ayant vue sur le jardin de ladite maison, est comparue pardevant nous dame Marie-Anne- Josephe Fargès, veuve de messire Abraham Peirenc de Moras, conseiller du roi en ses conseils et maître des requêtes ordinaires de son hôtel, laquelle nous a rendu plainte et dit qu'étant au château de Livry, prés Melun, où elle avait été invitée par M. de Marivatz d'aller passer quelque temps et où elle était arrivée le mercredi vingt-trois du mois d'octobre dernier, on lui a apporté le vendredi premier du présent mois de novembre une lettre
adressée à M^^* de Moras, à Livry, qu'ayant ouvert cette lettre elle était signée de la demoiselle d*Aulnay, actuellement pensionnaire au couvent des dames religieuses du Chasse-Midy et elle faisait des reproches à la demoiselle de Moras, fille de la dame plaignante, qui était aussi pensionnaire au même couvent, de ce qu'elle demoiselle de Moras n'était pas restée au couvent pour y passer les fêtes, et que madame sa mère était bien heureuse de la posséder, et autres discours d'amitié qu'une camarade de couvent peut faire à son amie, que cette lettre l'a jetée dans un si grand étonnement qu'elle avait pris le parti de revenir sur-le-champ pour pouvoir par ellemême éclaircir les soupçons que lui donnait cette lettre, mais qu'appréhendant de ne pouvoir faire assez de diligence, elle avait envoyé un exprés pour la devancer et aller s'informer au couvent ce qui pouvait en être; lequel courrier s'étant rendu au couvent, il a appris que ladite demoiselle de Moras n'y était plus, ce que le courrier a rapporté à la dame plaignante le même jour qui était le premier du présent mois, comme aussi nous a dit qu'étant revenue en cette ville le lendemain, jour d'hier, M. Fargés de Polisy, maître des requêtes, son frère, lui a rapporté qu'il s'était transporté audit couvent, et que la dame supérieure d'icelui lui avait dit que
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dés le 26 octobre dernier, à sept heures do matiD, était axTÎvèeâ la pcvteda couvent one chaise de poste i deux personnes et attelée de deux chevaux, et un homme à cheval, que ladite demoiselle de Moras était montée dans cette chaise avec sa gouvernante après avoir £ût attacher une malle derrière et qu'elle était partie sans qu'on sçût la route qu'elle avait tenue; et conune ladite demoiselle de Moras, sa fille, qui n'est âgée que de treize ans ou environ, ne peut avoir été exposée à un tel événement que par la suite d'une séduction tramée depuis longtemps et dont la dame sa mère n'a jamais eu de soupçons, elle a résolu de poursuivre les séducteurs, auteurs, participants, et ceux qui ont donné aide à cet événement, par les voies de droit et extraordinaires, conformément aux ordonnances du royaume, à mesure qu'eUe en fera les découvertes, à quoi elle va donner ses peines et soins, en attendant nous rend plainte de ce que dessus, et néanmoins déclare qu'elle entend différer à commencer ses poursuites judiciaires jusqu'à ce qu'elle ait eu de nouveaux éclaircissements, pourquoi elle désire que nous différions aussi de remettre la présente au greffe criminel du Chàtelet avant qu'il en soit besoin, jusqu'à ce qu'elle nous en requière, etc.
Et le samedi neuf dudit mois de novembre mil
sept cent trente -sept, entre quatre et cinq heures de relevée, nous commissaire susdit et soussigné sur ce requis, nous nous sommes derechef transporté en la demeure de ladite dame Marîe-Anne-Joséphe Fargés, veuve de feu messlre Abraham Peirenc de Moras, susdéclarée, où étant est comparue pardevant nous ladite dame de Moras, laquelle en réitérant la plainte ci-dessus par elle à nous rendue et y persistant nous a dit que depuis ladite plainte elle a appris que la chaise de poste dans laquelle est montée la demoiselle sa fille avec sa gouvernante a pris la route de Poitiers, ce dont elle nous rend plainte, nous déclarant qu'elle entend se pourvoir sans délai par les voies de droit et extraordinaires contre les auteurs, etc., pourquoi elle nous requiert de lui délivrer une expédition tant de la plainte des autres parts que de la présente, même d'en remettre une de l'une et de l'autre au greffe du Châtelet, si besoin est, etc.
Information faite par nous Nicolas Rousselot, etc., à la requête de dame Marie-Anne-Joséphe Fargés, veuve de messire Abraham Peirenc de Moras, etc., au sujet des faits portés par les plamtes par elle à nous rendues les 3 et 9 du présent mois, en vertu de l'ordonnance de M. le lieutenant criminel audit Châtelet, en date du 9 dudit mois de novembre,
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étant au bas de la requête à lui présentée par ladite dame, desquelles requête et ordonnance la teneur suit.
A Monsieur le lieutenant criminel.
Supplie humblement Marie-Anne-Josèphe Fargés, veuve de messire Abraham Peirenc de Moras, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, qu'il vous plaise lui permettre de foire informer pardevant tel commissaire qu'il vous plaira commettre du rapt et enlèvement commis en la personne de demoiselle Anne- Marie Peirenc de Moras, sa fille mineure, du couvent du Chasse-Midy de cette ville de Paris, où elle était pensionnaire, circonstances et dépendances dont elle a rendu deux plaintes à maître Rousselot, commissaire, les 5 et 9 de ce présent mois, mesme à l'effet de ladite information de faire transporter le commissaire qui sera par vous commis audit couvent pour y recevoir les dépositions des religieuses et autres personnes y étant, pour, après ladite information Élite être par la suppliante et M. le procureur du roi dont elle requiert l'adhésion, pris telles conclusions qu'il appartiendra, et vous ferez bien. Signé, De Boischevaliçr.
An bas est écrit : Permis d'informer pardevant le commissaire Ronsselot, même de £ûre transporter ledit commissaire au couvent du Chasse-Midy, à l'effet d'y entendre en déposition les personnes qui peuvent avoir connaissance du £ait dont est question.
Fait ce 9 novembre 1737. Signé, Nègre.
En conséquence, les témoins assignés de notre ordonnance étant comparus, nous les avons entendus séparément les uns des autres et rédigé leurs dépositions ainsi qu'il suit :
Du mercredi 13 novembre 1737, neuf heures du matin.
Philippe Le Vaillant, âgé de trente-quatre ans ou environ, finitier, demeurant rue du Cherche-Midi» paroisse Saint-Sulpice, assigné par exploit de Nicolas Lalbin, huissier au Grand Conseil du jour d'hier, dont il nous a fait apparoir, après serment par lui fait de dire vérité, a dit n'être parent, allié, serviteur, ni domestique des parties, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que le samedi, surveille de la fête dernière de Simon, sur
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les sept heures du matin, il a vu arriver à la porte du couvent des dames religieuses du Chasse-Midy une chaise de poste à deux personnes, montée sur deux fortes roues neuves, sans être peintes, attelée de deux chevaux noirs conduits par un postillon qui ne lui a pas paru être un postillon ordinaire de la poste, qu'avec ladite chaise était aussi un homme à cheval vêtu d'une redingote de ratine ou peluche blanche, ayant dessous une veste rouge, assez grand de taille, portant ses cheveux, n'en a pas remarqué la couleur, ni Tâge que peut avoir le particulier; que ladite chaise est restée dans la rue, à la porte dudit couvent, et que l'homme qui était à cheval a attaché le cheval qu'il montait au brancard de ladite chaise ; que cet homme a ôté ses bottes et les a mises dans la rue contre le mur dudit couvent, qu'après il est entré dans ledit couvent et que peu de temps après il en est ressorti portant avec un autre particulier une malle toute neuve de forme plate et carrée, longue d'environ deux pieds et demi, couverte de cuir noir; qu'il n'a pas remarqué si c'est le postillon ou autre personne qui a aidé le particulier qui était à cheval à porter cette malle, qu'ensuite il a vu ledit particulier qui était à cheval avec le postillon placer ladite malle derrière la chaise de poste où ils l'ont attachée avec des cordes neuves,
et que lui déposant a vendu audit particulier qui était à cheval deux bâtons de cotterets pour aider à serrer lesdites cordes et les contenir ; qu'il a vu aussi mettre dans ladite chaise deux jupons -paniers, mais n'a pas remarqué et ne se souvient pas qui les y a mis ; qu'il a pareillement vu la demoiselle de Moras et sa gouvernante monter dans ladite chaise, qu'aussitôt le postillon est parti et a conduit ladite chaise par la rue du Regard ; que le particulier qui était à cheval, ayant remis ses bottes, est monté sur son cheval et a pris son chemin par la même rue du Regard, suivant ladite chaise, etc. A requis salaire, taxé 25 sols.
Pierre Chenillet, dit Comtois, âgé de vingt-six ans, domestique au service de M°*« la présidente Ferrand, demeurant avec ladite dame dans le couvent des dames religieuses du Chasse-Midy, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que le samedi 26 du mois d'octobre dernier, sur les six heures du matin, il a vu un particulier qui lui a paru âgé de trente ans, assez grand, mince de corps, portant épée et cheveux châtains, vêtu d'un habit ou redingote dont il n'a pas remarqué la couleur, ayant dessous une veste rouge bordée d'un galon d'or,
large d'environ un doigt; lequel est monté dans le parloir de la demoiselle Moras, y est resté environ un quart d'heure, que peu de temps après que ledit particulier a été sorty il a vu monter et entrer dans le même parloir deux autres particuliers dont il n'a aucunement remarqué» ni les habits ni la figure; qu'il a vu ces mêmes deux particuliers sortir dudit parloir et emporter d'icelui une malle ou valise neuve couverte de cuir noir, longue d'environ quatre pieds, ayant un dessus de forme ovale, laquelle lui a paru fort lourde en ce que les deux particuliers avaient de la peine à la porter ; que peu de temps après, lui déposant estant sorti dudit couvent pour vaquer aux affaires de sa maîtresse, il a vu dans la rue à la porte dudit couvent une chaise de poste à deux personnes, de la forme des chaises publiques de Paris à Versailles, crottée, montée sur deux grosses roues neuves sans peinture et attelée de deux chevaux, et que trois hommes attachaient derrière ladite chaise la valise qu'il a vu descendre au parloir de la demoiselle de Moras ; a remarqué que sur ladite chaise il n'y avait aucun chiffre, ni armes, etc. A requis salaire, taxé 25 sols.
Dudit jour mercredi 13 novembre 1737, trois heures de relevée, au grand parloir des dames reii-
gieuses du Chasse-Midy, sis en cette ville de Paris, où nous nous sommes transporté, etc.
Dame Louise de La Garrie, dite de Sainte-Placide, âgée de quarante-six ans ou environ, religieuse professe au couvent des dames religieuses Bénédictines du Chasse-Midy et prieure perpétuelle dudit couvent, y demeurant, est venue dans la partie intérieure dudit grand parloir, assignée, etc.
Dépose qu'elle n'a d'autre connaissance des faits en question, sinon que le 25 octobre dernier, sur les sept heures du soir, la demoiselle de Moras, qui était lors dans l'intérieur dudit couvent, vint trouver la dame déposante dans une des chambres de communauté où elle était alors, et lui dit qu'elle venait de recevoir une lettre de madame sa mère, par laquelle madame sa mère lui marquait de partir le lendemain pour l'aller trouver à la campagne où elle était; qu'elle tira de sa poche une lettre qu'elle mit es mains de la déposante et qu'elle dit être celle qu'elle venait de recevoir de madame sa mère ; qu'elle déposante ayant jeté les yeux sur cette lettre trouva que l'écriture en était assez difficile à lire et elle lui parut être d'écriture de femme; qu'elle était signée Fargés de Moras, qu'elle en a lu le commen-
la lettre qu'elle avait vue la veille, mais que le 2 du présent mois vint un laquais de la dame de Moras parler à la déposante et lui dit que la demoiselle de Moras était enlevée, ce qui surprit fort la déposante, et que depuis elle a ouï dire à la demoiselle Gory, seconde femme de chambre de la demoiselle de Moras, que le sieur de la Roche-Courbon venait souvent voir ladite demoiselle de Moras, etc. N'a requis salaire.
Geneviève Lefévre, âgée de quarante-huit ans ou environ,, fille majeure, femme de chambre au service de la demoiselle d'Aunay, actuellement pensionnaire audit couvent, y demeurant, etc.
Dépose qu'elle ne sait autre chose, sinon que le samedi surveille de la fête de saint Simon dernière, sur les sept heures à sept heures et demie du matin, la demoiselle de Moras entra dans la chambre de la demoiselle d'Aunay dont elle était amie et lui fit ses adieux partant dans ce moment pour la campagne ; qu'elle déposante descendit avec la demoiselle de Moras et sa gouvernante et les accompagna jusqu'à la porte de la rue du couvent, et qu'en cet endroit elle vit dans la rue devant les murs dudit couvent, au-dessous des fenêtres de Tappartement
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de la demoiselle de Moras, une chaise de poste à deux personnes, attelée de deux chevaux, que derrière ladite chaise on attachait une grande valise neuve couverte de cuir noir, qu'elle a vu la demoiselle de Moras et sa gouvernante monter dans ladite chaise, qu'après le postillon l'a conduite du côté de la rue du Regard, a remarqué que ladite chaise était fort vilaine, n'a pas remarqué s'il y avait des chifires et armes, ni la figure du postillon ; a vu aussi un homme à cheval, qui avait aidé à charger la malle, suivre ladite chaise, et a remarqué que cet homme était vêtu d'une redingote grise, avait à son côté un couteau de chasse, qu'il avait un chapeau bordé en or et ses cheveux en bourse, croit qu'il avait une veste rouge ; a remarqué aussi que cet homme est assez grand de taille et parait être âgé d'environ quarante ans : ajoute la déposante que depuis le commencement du présent mois elle a ouï dire à différentes personnes que le bruit public est que la demoiselle de Moras a été enlevée par le sieur de Courbon et qu'elle déposante sait par elle-même que depuis environ un an ledit sieur de Courbon venait fréquemment voir la demoiselle de Moras, que sans l'avoir jamais vu elle l'a souvent entendu au parloir de ladite demoiselle de Moras, et que la demoiselle Gory, gouvernante de la demoiselle de Moras, a
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souvent dit à elle déposante qae ledit sieur de Courbon venait voir sa maîtresse, etc. N'a requis salaire.
Demoiselle Marie -Claire -Aimée de Megrigny d'Aunay, âgée d'environ dix-neuf ans, fille pensionnaire audit couvent du Chasse-Midy, y demeurant.
Dépose qu'elle ne sait autre chose sinon que le vendredi 25 du mois d'octobre dernier, sur les cinq heures du soir, la demoiselle de Moras dit à la déposante qu'elle partirait le lendemain pour aller trouver la dame sa mère à la campagne où elle était, que la dame sa mère lui avait écrit une lettre à ce sujet. Elle tira dans le même temps une lettre de sa poche qu'elle dit être écrite par la dame sa mère et en fit lecture à la déposante, qui se souvient que par cette lettre la dame de Moras, ou autre personne qui Ta écrite, marquait à ladite demoiselle Moras qu'elle était arrivée en bonne santé, qu'à son arrivée toute la compagnie lui avait reproché de n'avoir pas amené avec elle la demoiselle de Moras, sa fille, qu'on lui avait fait tant d'instances pour la faire venir, qu'elle lui envoyait une voiture pour partir le lendemain sur les six à sept heures, qu'elle
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ne lui envoyait pas ses gens parce que la personne qui la conduirait était sûre, et qu'elle montra cette lettre à la dame supérieure; dépose pareillement que samedi 26 dudit mois d'octobre dernier, sur les sept heures du matin, la demoiselle de Moras, qui était prête à partir pour la campagne, vint dans la chambre de la déposante qui était encore au lit pour lui dire adieu, qu'elle déposante se leva dans ce temps, déjeuna avec la demoiselle de Moras, et que cette demoiselle étant sortie de la chambre de la déposante, elle déposante entra dans l'antichambre de ladite demoiselle de Moras qui a vue sur la rue, qu'ayant regardé par la fenêtre dudit antichambre, elle a vu dans la rue, au-dessous de ladite fenêtre, une chaise de poste à deux personnes fort laide, doublée de gris, attelée de deux chevaux noirs, que derrière icelle était une valise assez grande, noire et ferrée, qu'elle a vu la demoiselle de Moras et sa gouvernante monter dans ladite chaise, qu'aussitôt qu'elles ont été montées le postillon qui la conduisait a pris son chemin du côté de la rue du Regard, qu'un homme qui a monté à cheval lorsque ladite chaise est partie l'a suivie du même côté ; n'a point remarqué la figure et vêtements de cet homme ni du postillon; qu'elle déposante, à qui la demoiselle de Moras avait donné l'adresse de Tendroit où elle
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disait qu'elle allait, lui écrivit le mercredi suivant une lettre de compliments et d'amitié dont elle mit la souscription : A M^^« de Moras, chez M™« veuve de Marivatz, à Livry, prés Melun, endroit que ladite demoiselle de Moras lui avait indiqué ; dépose pareillement qu'elle déposante a appris le i«' du présent mois que la demoiselle de Moras n*était pas à Livry et que la dame sa mère en était fort en peine et que quelques jours après elle a ouï dire que le bruit public était que la demoiselle de Moras avait été enlevée par le sieur de Courbon ; dépose encore que depuis environ la fin du mois de novembre de Tannée dernière jusqu'environ la fin du mois de juillet dernier, elle a vu venir très souvent ledit sieur de Courbon faire visite à ladite demoiselle de Moras, qu'elle fut trouvée deux ou trois fois au parloir de ladite demoiselle dans le temps que ledit sieur de Courbon y était, et que ladite demoiselle de Moras lui a dit quelquefois qu'elle trouvait ledit sieur de Courbon fort aimable et qu'elle croyait qu'il l'aimait aussi; que même elle déposante a été pendant quelque temps brouillée avec ladite demoiselle de Moras au sujet dudit sieur de Courbon, sur ce que ladite demoiselle de Moras lui ayant dit qu'elle croyait que ledit sieur de Courbon l'aimait beaucoup et demandé conseil si elle continuerait à
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le voir, elle déposante lui avait répondu qu'elle ne devait point le voir davantage sans en avertir madame sa mère, etc. N'a requis salaire.
Geneviève Saintyer, âgée de soixante ans ou environ, jfille majeure et touriére audit couvent et y demeurant, etc.
Dépose qu'elle n'a d'autre connaissance desdits faits sinon que le vendredi 25 du mois d'octobre dernier, sur les cinq à six heures du soir, la déposante rencontra dans le dortoir la demoiselle de Moras qui lui dit qu'elle partirait le lendemain pour la campagne; qu'après ce discours la déposante dit â la demoiselle de Moras qu'elle venait de recevoir pour elle par la poste une lettre de 4 sols, qu'elle ne l'avait pas sur elle, mais qu'elle allait la lui apporter; que la demoiselle de Moras, impatiente d'avoir cette lettre, l'envoya chercher sur-le-champ au tour; que le lendemain 26 dudit mois d'octobre, sur les sept heures du matin, elle déposante sortant pour aller au marché, vit dans la rue, prés la porte du couvent, une chaise de poste, et que derrière icelle était une valise, a ouï dire que c'est dans cette chaise que la demoiselle de Moras et sa gouvernante sont parties pour aller à la campagne, a ouï
dire aussi que le bruit public est que la demoiselle de Moras a été enlevée parle sieur de Courbon, etc. N'a requis salaire.
Magdelaine Godmée, âgée de vingt-quatre ans, fille et touriére audit couvent du Chasse-Midy, y demeurant, etc.
Dépose qu'elle ne sait autre chose sinon que le samedi 26 dudit mois d'octobre dernier, sur les sept heures et demie du matin, la déposante étant encore au lit pour cause de maladie, la demoiselle de Moras vint dans sa chambre, dit à la déposante qu'elle allait à la campagne, recommandai la déposante s'il venait quelques lettres pour elle de les lui bien garder jusqu'à son retour et de ne les point donner à d'autres; a ouï dire depuis quelques jours, par différentes personnes dont elle n'est pas mémorative, que ladite demoistlle de Moras a été enlevée par le sieur de Courbon, etc. N'a requis salaire.
Du jeudi 14 dudit mois de novembre 1737, quatre heures de relevée, en notre hôtel, Charles Bloquet, dit Picard, âgé de vingt-huit ans, domestique de M"^e la comtesse de Choiseul, demeurant
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avec ladite dame au couvent des religieuses Bénédictines du Chasse-Midy.
Dépose qu'il ne sait rien autre chose desdits faits sinon qu'il a appris que la demoiselle de Moras a été enlevée par le sieur baron de Courbon, et que lui déposant a vu très souvent ledit sieur de Courbon venir et monter au parloir de ladite demoiselle de Moras; que Theure la plus ordinaire à laquelle il Ta vu venir était entre onze heures et midi, que c'est avant, il y a environ deux mois et demi, qu'il a vu ledit sieur de Courbon venir audit parloir, qu'il ne sait pas s'il y est venu depuis, lui déposant ayant été depuis ce temps à la campagne avec sa maîtresse, d'où il n'est revenu que le 24 du mois dernier, etc. Taxé 25 sols.
Marie Verrier, âgée de trente ans ou environ, fille. majeure, demeurante à Paris, rue de Grenelle, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose qu'elle n'a d'autre connaissance des Ëiits, sinon qu'elle a appris par la voix publique que la demoiselle de Moras a été enlevée et qu'elle n'a comparu seulement que pour satisfaire à la justice, etc. Taxée 30 sols.
Claude-Thérèse Verrier, âgée de cinquante ans, fille majeure, demeurante rue de Grenelle, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Déclare comme la précédente ; taxée 30 sols.
Jean Berthault, âgé de quarante et un ans ou environ, maître sellier, à Paris, y demeurant rue Saint- Germain-des-Prés, etc.
Dépose qu'il a entendu dire à différentes personnes qu'une demoiselle avait été enlevée et n'a point ouï dire le nom de cette demoiselle, ni par qui elle a été enlevée, etc. Taxé 40 sols.
Du samedi 16 novembre 1737, trois heures de relevée.
Marie-Catherine Ghoël, âgée de trente ans ou environ, femme de Charles Groslé, maître marbrier, à Paris, elle maîtresse couturière, demeurante rue de Bourbon, près les Théâtres, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose qu'elle n'a aucune connaissance desdits Êiits, sinon que la dimanche, surlendemain de la
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fête dernière de la Toussaint, sur les six heures du soir, une dame à elle inconnue vint chez elle et lui demanda si elle connaissait la demoiselle Gorry, femme de chambre de la demoiselle de Moras, sur quoi elle déposante répondit qu'oui et qu'elle travaillait pour elle, et qu'après autres pareils discours et questions, ladite dame dit à elle déposante que la demoiselle Gorry était une coquine qui avait Ëdt enlever la demoiselle de Moras; qu'elle déposante ayant été quelques jours après au couvent du Chasse-Midy, et parlant à la demoiselle Gorry fille, lui ayant fait rapport de ce que la dame qui était venue chez la déposante lui avait dit, une femme aussi inconnue à la déposante et qu'elle croit être la femme de chambre de la demoiselle d'Aunay, dit à elle déposante qu'elle ne devait pas être étonnée que l'on allait ainsi chez toutes les personnes de la connaissance de ladite Gorry, femme de chambre, et que la dame qui avait été chez elle déposante, était, suivant les apparences, la demoiselle Julie, femme de chambre de la dame de Moras ; dépose pareillement qu'elle déposante travaille de sa profession pour ladite demoiselle Gorry et sa fille depuis environ six ans; que le jeudi ou le vendredi de la semaine d'avant celle de la Toussaint dernière, sur les quatre ou cinq heures de relevée, elle alla au
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couvent du Chasse-Midy essayer une robe à la fiOile de la demoiselle Gorry ; que la mère dit à elle déposante de la rapporter incessamment parce qu'elle croyait qu^elle allait partir avec la demoiselle de Moras pour aller à la campagne trouver la dame de Moras mère; que la déposante lui ayant demandé si elle serait longtemps à la campagne, ladite Gorry mère lui répondit que non et qu'elle comptait être de retour avant la Saint-Martin ; que le samedi de la même semaine, elle déposante a envoyé par son apprentisse la robe de la demoiselle Gorry fille, et que cette apprentisse lui rapporta qu'elle avait laissé la robe à la fille ; qu'elle n'avait pas trouvé la mère qui était allée à la campagne, etc. Taxée 25 sols.
Jacques Mortier, âgé de quarante-huit ans, courrier ordinaire du roi pour la malle de Lyon, demeurant à Paris, rue de la Saunerie, paroisse Saint- Germain-l'Auxerrois, à l'enseigne de la Vierge, etc.
Dépose qu'il n'a d'autre connaissance desdits faits sinon que le mardi 5 du présent mois, M. Pajot d'Osambray lui a donné ordre d'accompagner le sieur Peirenc où il souhaiterait aller, qu'en conséquence lui déposant, le même jour, sur les neuf heures du soir, partit de cette ville à cheval, accom-
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pagnânt ledit sieur Peirenc, qui était dans une chaise de poste à une seule personne et qu^ ensemble ils ont été courant la poste tant de jour que de nuit, jusqu'à Sanzé, distant de Poitiers de 7 à 8 postes, où ils sont arrivés le vendredi suivant à midi, que le même jour ils sont partis dudit lieu de Sanzé, où ils ont pris des chevaux de poste et ont été avec les mêmes chevaux à un lieu nommé Contré, ainsi que le déposant croit s'en souvenir, et où ils sont arrivés le jour même avant le soleil couché, qu'audit lieu de Contré ils sont descendus dans un château, que le sieur Peirenc est resté dans ledit château, où il a soupe et couché, et que le déposant a été souper et coucher dans une auberge; que le lendemain de leur arrivée, sur les neuf heures du matin, lui déposant est retourné audit château tout prêt à repartir; que dans la cour dudit château une demoiselle qu'il a appris être la demoiselle de Moras est montée dans la chaise dans laquelle avait été amené ledit sieur Peirenc, et que ledit sieur Peirenc avec une autre demoiselle qu'il a appris être la femme de chambre de la demoiselle de Moras sont montés ensemble dans une autre chaise à deux personnes, doublée en drap gris, montée sur deux roues neuves et fortes, ladite chaise ayant seulement des soupentes sans ressorts, peinte en vert brun, fort sale.
n'y ayant à icelle aucun chiSre ni arme ; que dudit lieu de Contré d'où ils sont partis à la susdite heure de neuf du matin ou environ, ils sont venus à Sanzé où ils ont soupe et couché, que le lendemain, sur les sept heures du matin, ils ont parti dudit lieu de Sanzé pour se rendre en cette ville de Paris où ils sont arrivés jeudi dernier sur les six heures du soir et sont descendus à la porte d'une maison vis-à-vis les Mousquetaires gris, en laquelle il croit que demeure ledit sieur Peirenc ; dépose pareillement que lorsque la demoiselle de Moras, sa femme de chambre et le sieur Peirenc sont montés dans les chaises de poste dans la cour du château de Contré, il a vu dans la cour du même château une dame âgée d'environ soixante -dix ans et un homme d'environ quarante ans, vêtu d'un habit noir ou brun, ayant une croix de chevalier de Saint-Louis, portant une perruque nouée, haut d'environ 5 pieds 4 pouces et de moyenne taille en grosseur, que ladite dame et le monsieur étaient présents lorsque la demoiselle de Moras, sa femme de chambre, et le sieur Peirenc sont montés en chaise de poste et partis, et que ladite dame a embrassé la demoiselle de Moras avant que de monter dans la chaise ; ne sait pas les noms de cette dame et du monsieur, ni à qui appartient le château où il les a trouvés, mais croit que le
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monsieur est le sieur de Courbon et que la dame est la mère dudit siem* de CoorboD, en ce que dans le lieu où est situé ledit château il a ouï dire que le sieur de Courbon était le seigneur du pays, etc. N'a requis salaire.
Marie Gorry, âgée de dix-sept ans, fille, femme de chambre de la demoiselle de Moras, demeurante au couvent du Chasse-Midy, rue du Cherche-Midy, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose que depuis environ un an et demi, elle était en qualité de domestique prés la demoiselle de Moras, fille et demeurant avec elle au couvent du Chasse-Midy; que le vendredi sur la fin du mois d'octobre dernier, sur les cinq â six heures du soir, la demoiselle de Moras lui a dit qu'elle avait reçu une lettre de madame sa mère qui lui marquait de partir le lendemain à sept heures du matin et qu'elle ne s'embarrassait pas si elle se portait bien, que sa mère reviendrait le quatre, qu'ainsi elle reviendrait le même jour; que le même jour au soir, elle déposante apporta au parloir de ladite demoiselle de Moras plusieurs de ses bardes et vit dans la partie en dehors dudit parloir une valise dont elle n'a pas remarqué la forme, que le lendemain matin elle a encore
apporté audit parloir des bardes de ladite demoiselle de Moras ; que la mère d'elle déposante a mis dans ladite valise des bardes qui consistaient entre autres cboses en moucboirs, cbemises, un babit de damas, une robe de perse, une autre d'indienne ; que le même jour, samedi, sur les sept bcures du matin, elle vit dans la cour deux particuliers qui portaient ladite valise, tous deux à elle inconnus, l'un ayant l'air d*un laquais vêtu d'un babit brun, ayant les cbeveux noirs, de moyenne taille, et Tautre grand de taille, vêtu d'une redingote grise avec une veste rouge dessous, ayant un cbapeau bordé d'or ; ne se souvient pas s'il porte une perruque ou ses cbeveux, mais a remarqué que l'un ou l'autre étaient en bourse; que peu de temps après elle déposante est descendue et est venue à la porte de la rue portant deux juponspaniers pour les mettre dans la voiture, et que dans ladite rue, assez prés de la porte du couvent, elle a vu une chaise à deux personnes, assez vilaine, attelée de deux chevaux noirs, que la valise qu'elle avait vue dans le parloir et portée par les deux hommes â elle inconnus était attachée derrière la chaise; qu'ayant remis au particulier vêtu de la redingote grise les deux jupons-paniers qu'elle tenait, ce particulier les a placés dans la chaise, que peu de temps après la demoiselle de Moras et la mère d'elle dé-
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posante sont venues à la porte dudit couvent et ensuite montées l'une et l'autre dans ladite chaise, après quoi, le postillon qui la conduisait a pris son chemin par la rue du Regard, le particulier vêtu d'une redingote grise a monté sur un cheval qui était dans ladite rue et a suivi la chaise; à l'égard du particulier habillé de brun, il a pris son chemin du côté de la Croix-Rouge ; dépose encore que dans les premiers jours du présent mois elle a ouï dire par différentes personnes que la demoiselle de Moras avait été enlevée et que c'était suivant le rapport des uns par son oncle d'Angleterre, et suivant le rapport d'autres par le sieur de Courbon ; que depuis environ un an elle a vu venir très souvent le sieur de Courbon faire visite à la demoiselle de Moras, qu'il lui faisait visite ordinairement deux et trois fois par semaine, que l'heure la plus ordinaire à laquelle il venait était sur les neuf à dix heures du matin et qu'il sortait du parloir sur les onze heures et demie à midi, que, néanmoins, elle ne l'a pas vu venir, depuis la fête dernière de sainte Anne, etc. N'a requis salaire.
Du dimanche 17 dudit mois de novembre 1737, neuf heures du matin, François Malinet, dit Champagne, âgé de quarante ans, domestique au service du
sieur marquis de Crevecœur, demeurant chez ledit sieur, rue de Richelieu, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que dans les premiers jours du présentmois, dans la maison de la dame de Moras, il a oui dire par les gens de ladite dame que la demoiselle de Moras fille était enlevée et que Ton croyait que c'était par le sieur de Courbon ; que le lundi 4 du présent mois, sur les sept heures du matin, lui déposant est parti de cette ville avec le sieur Fargés de Polizy, maître des requêtes, oncle de ladite demoiselle de Moras et un laquais dudit sieur de Polizy, ledit sieur de Polizy étant dans une chaise traînée par des chevaux à lui appartenant, son laquais et lui déposant montés sur des chevaux appartenant aussi audit sieur de Polizy; qu'au bourg la Reine ils ont pris des chevaux de poste et que courant la poste de jour et de nuit, ils ont été jusqu'à Poitiers et de la ville de Poitiers jusqu'au château de Contré, que depuis Poitiers jusqu'au château de Contré, où ils sont arrivés le vendredi 8 du présent mois, sur les huit heures du matin, ils ont été accompagnés par deux gardes de M. Lenain, intendant de Poitiers; qu'à deux lieues dudit château de Contré ledit sieur de Polizy a laissé sa chaise de poste, qu'il est arrivé à cheval au
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château de Contré', qu'étant tous descendus de cheval à la porte dudit château, ledit sieur de Polizy est entré et a monté au premier appartement suivi des deux gardes de M. Lenain et du déposant; que dans le même instant le sieur de Courbon, que le déposant connaît parfaitement pour l'avoir vu plusieurs fois à Paris, est monté aussi au premier appartement, qu'il paraissait sortir du jardin et était en robe de chambre et en bonnet de nuit, que presque dans le même instant la dame de Blénac, mère dudit sieur de Courbon, est montée aussi au même appartement, qu'étant tous entrés dans ledit appartement lui déposant est resté sur le carré ou palier d'icelui, que peu de temps après ledit sieur de Polizy est sorti dudit appartement pour donner ordre au déposant d'aller chercher sa chaise, ce que le déposant a fait à l'instant ; de retour audit château de Contré environ deux heures et demie après, ayant demandé à parler audit sieur de Polizy, un des gens du château lui dit qu'il était sorti ainsi que les gardes : sur quoi le déposant est sorti du château, a été dans un cabaret du village où il a trouvé les deux gardes qui lui ont dit qu'un des domestiques du château leur était venu dire de la part dudit sieur de Courbon qu'ils eussent à se retirer et que le sieur de Courbon ne pouvait pas les souffrir^ et qu'en conséquence
ils s'étaient retirés, comme aussi lui ont dit que ledit sieur de Polizy était allé à une lieue de là, en un endroit appelé Aunay, chez un subdélégué de M. l'intendant et qu'on n'avait pas voulu leur rendre la demoiselle de Moras ; que le même jour, sur le midi, il vit arriver au même cabaret où était le déposant le sieur Peirenc, aussi oncle de la demoiselle de Moras, accompagné d'un courrier de la cour, et que ledit sieur Peirenc descendit de chaise à ladite auberge et alla incontinent au château; que le même jour, sur le soir, lui déposant étant dans la cuisine du château vit la demoiselle de Moras, lors vêtue d'une robe d'indienne, passer dans le vestibule et entrer dans une salle par bas, dans laquelle étaient lors les sieurs de Peirenc et de Polizy, ses oncles; que le lendemain samedi, sur les neut heures du matin, le déposant a vu dans la cour dudit château la demoiselle de Moras monter dans une chaise de poste à une personne, et le sieur Peirenc avec la femme de chambre de la demoiselle de Moras dans une autre chaise à deux personnes, dans laquelle il a ouï dire qu'étaient arrivées la demoiselle de Moras et sa femme de chambre ; que lorsque ledit sieur Peirenc, la demoiselle de Moras et sa femme de chambre sont montés en chaise, le sieur de Courbon était présent, qu'il croit que la
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ciame de Blénac était aussi présente, que lesdites chaises étaient attelées de chevaux de poste, et que ledit sieur Peirenc était venu chercher ladite demoiselle de Moras et sa femme de chambre audit château pour les ramener à Paris, etc. N'a requis salaire.
Claude Legras, âgé de cinquante-cinq ans, commissionnaire des dames religieuses du Chasse-Midy, demeurant â Paris, rue des Anglais, paroisse Saint- ' Étienne-du-Mont, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose desdits faits, sinon qu'il a ouï dire par différentes personnes dudit couvent que la demoiselle de Moras avait été enlevée et qu'on disait que c'était par le sieur comte de Courbon, que lui déposant a souvent vu ledit sieur comte de Courbon monter au parloir de ladite demoiselle de Moras, et que ladite demoiselle Ta envoyé plusieurs fois chez le sieur comte de la Mothe, qui demeure prés ledit couvent, s'informer de la santé tant dudit sieur comte de La Mothe que dudit sieur comte de Courbon, qui demeurait même maison que ledit sieur comte de La Mothe, et leur Élire des compliments de sa part, etc. Taxé 30 sols.
MM
Addition d'information en vertu de l'ordonnance de M. le lieutenant criminel du Châtelet en date du 19 novembre 1737.
Du mercredi 20 novembre 1737, dix heures du matin.
Jean-François-Marie Fargés de Polizy, âgé de trente-sept ans ou environ, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, demeurant à Paris, rue de TUniversité, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose qu'ayant appris l'évasion de la demoiselle de Moras du couvent du Chasse-Midy, il se transporta sur-le-champ audit couvent, où il demanda à la prieure, et après plusieurs questions il a appris que le sieur de Courbon avait rendu des visites fréquentes à ladite demoiselle, qu'elle était partie dans une chaise et qu'on croyait qu'elle avait pris la route d'Orléans; aussitôt le déposant fit partir son laquais pour s'informer si on avait vu une chaise à deux sur ladite route, et fut ensuite à Bercy chez le sieur d'Ozambray, pour le prier d'envoyer sur toutes les routes pour savoir celle qu'on avait fait tenir à la
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dite demoiselle; qu'ayant su qu'on avait vu passera Chastres ladite chaise il partit sur-le-champ, et la suivant jusqu'à Blois il apprit qu'elle avait pris la route de Poitiers, le déposant suivit encore la même route, et étant arrivé à Poitiers il fat trouver M. l'intendant à qui il demanda où était situé le village de Contré, où demeurait le sieur de Courbon et où il avait appris par un courrier envoyé dés le samedi 2 du présent mois que la demoiselle deMoras était; après lui avoir fait part de l'évasion de la demoiselle de Moras et du soupçon que le sieur de Courbon y avait part, il lui demanda du secours afin d'éviter toute insulte. En cet état, le déposant partit de Poitiers avec deux cavaliers que lui envoya ledit sieur intendant et arriva à six heures du soir à Villefagnan le jeudi 7 du présent mois ; le lendemain à trois heures du matin le déposant monta en chaise afin de se trouver à la pointe du jour audit village de Contré ; mais n'allant pas assez vite à cause du mauvais chemin, il monta à cheval et arriva à huit heures du matin dans la maison du sieur Courbon, où après Tavoir demandé inutilement il monta droit à la chambre qu'on lui avait dit être occupée par ladite demoiselle de Moras ; en effet, il l'y trouva, et s'étant approché de son lit, il dit à sa gouvernante qu'il fallait l'habiller promptement parce qu'il fallait
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partir et retourner chez sa mère, et dans le moment il dit à un de ses gens d'aller chercher sa chaise; mais dans le même instant la dame de Blénac, mère dudit sieur de Courbon, entra dans la chambre, et ayant dit au déposant que ladite demoiselle ne pouvait partir dans Fétat où elle était, parce qu'elle avait été incommodée toute la nuit, le déposant répondit qu'il en aurait soin et que si elle était incommodée elle séjournerait au premier endroit; aussitôt ledit sieur de Courbon se présenta et demanda au déposant s'il avait un ordre du roi ou de la dame sa mère ; le déposant répondit qu'il n'avait ni Tun ni Tautre par écrit, qu'il venait de l'ordre de sa mère, qu'il était oncle de ladite demoiselle et qu'il venait reprendre un bien que sa mère redemandait ; sur cette réponse le sieur de Courbon dit au déposant qu'il ne lui remettrait point ladite demoiselle ; sur quoi le déposant lui représenta que la démarche qu'il faisait était la plus importante de sa vie, parce que le refus qu'il faisait de laisser emmener ladite demoiselle prouverait qu'il était auteur de la séduction et complice de la fuite de ladite demoiselle de Moras; le déposant interpella ledit sieur de Courbon de déclarer s'il voulait qu'il emmenât ladite demoiselle ou non, et ledit sieur de Courbon ayant toujours répondu que, lui déposant
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n'ayant ni ordre du roi ni de sa mère, ladite demoiselle ne sortirait pas de chez lui forcément et qu'il ne soufifrirait pas que Ton usât de violence, et le déposant ayant aperçu dans ladite chambre des armes à feu et pistolets, lui dit que sa réponse étant un refus formel il se retirait, mais qu'il resterait dans le village jusqu'à ce que Tordre du roi fClt arrivé, que le sieur Peirenc en était chargé, qu'il suivrait de prés le déposant et qu'il arriverait peutêtre dans le jour ou le lendemain au plus tard, qu'il ne pouvait pas tarder, le déposant ayant appris par un courrier qui lui avait été dépêché, que l'ordre était expédié et que le sieur Peirenc qui en était porteur ferait grande diligence; en effet, le sieur Peirenc, porteur de l'ordre, arriva sur les cinq heures; alors il ne fut plus possible de résister; mais comme le déposant ne pouvait repartir sur-lechamp avec ledit sieur Peirenc, ladite demoiselle et sa gouvernante, à cause de la nuit et parce qu'il n'y avait pas de chevaux pour conduire ladite demoiselle, le déposant fut obligé de différer le départ jusqu'au lendemain matin qu'il fit partir ladite demoiselle; le déposant et le sieur Peirenc l'ont conduite à l'abbaye de Gergy, où elle est actuellement, etc. N'a requis salaire.
François Peirenc, âgé de soixante-trois ans ou environ, écuyer, payeur des gages des officiers du parlement de Dijon, demeurant à Paris, rue de Beaune, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose que le samedi 2 du présent mois de novembre, il fut averti par le sieur Fargés de Polizy de révasion de la demoiselle de Moras, leur nièce, et que dans l'instant lui déposant partit avec ledit sieur Poli2y pour se rendre au couvent du Chasse- Midy et prier la dame prieure dudit couvent, les touriéres et la demoiselle d'Aunay, pensionnaire en icelui, de leur apprendre les particularités de l'évasion de ladite demoiselle de Moras et demander en même temps à ladite dame prieure la permission d'entrer dans l'appartement que leur nièce avait occupé, pour visiter sa commode, sa table à écrire et autres lieux, et y faire la recherche des lettres et autres papiers qui pourraient indiquer les personnes coupables et complices de Tévasion de leur nièce; qu'ayant fait l'un et l'autre la recherche en présence de deux religieuses dudit couvent et de la demoiselle d'Aunay, et n'ayant rien trouvé de ce qu'ils cherchaient, ils auraient pris le parti d'aller au bureau général de la poste, voir sur les feuilles les chevaux de chaise de poste qui étaient partis le samedi
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26 octobre dernier, jour auquel ils avaient appris au couvent que leur nièce était partie avec sa gouvernante dans une chaise de poste à deux personnes; que n'ayant rien trouvé sur lesdites feuilles qui pût leur donner des indications, lui déposant et ledit sieur de Polizy furent ensemble et de suite chez M. Dozombray (d'Ous-en-Bray), qu'ils ne trouvèrent pas, pour tâcher d'apprendre de lui la route que leur nièce et sa gouvernante pouvaient avoir prise; que le lendemain 3 du présent mois, lui déposant fiit à Fontainebleau porter sa plainte â M. le contrôleur général et lui demander un ordre du roi pour ravoir sa nièce et la ramener avec sa gouvernante partout où on pourrait les trouver, que cet ordre lui fut promis et délivré le lendemain à une personne que la dame de Moras avait envoyée à M. le cardinal de Fleury ; que lui déposant muni de cet ordre, partit le mardi 5 du présent mois, sur les neuf heures du soir, et apprit à La Haye de la mdtresse de la poste, qui lui dit même de faire diligence, que sa nièce et sa gouvernante étaient à Contré, lieu appartenant au sieur de Courbon ; que lui déposant a continué sa route sans perdre de temps et est arrivé audit lieu de Contré le vendredi 8 du présent mois, sur les cinq heures du soir; que la chaise dans laquelle était le déposant était précédée
d'un courrier qui lui avait été donné par M. Dozambray pour le conduire, que ce courrier avait pris le devant aux environs dudit lieu de Contré et s'était arrêté à la porte de la maison dudit sieur de Courbon; qu'aux approches de cette maison deux cavaliers de la maréchaussée qui avaient aperçu la chaise du déposant vinrent au-devant de lui et lui dirent de ne pas entrer dans la maison dudit sieur de Courbon parce que le sieur de Polizy qu'ils avaient accompagné avait été mal reçu et qu'ils avaient tous été obligés de se retirer; que sur cette nouvelle, lui déposant prit le parti de faire revenir à lui le courrier qui l'avait accompagné, et que tous se rendirent en un cabaret dudit lieu où lui déposant remplit en son nom l'ordre du roi dont il était porteur; qu'ensuite il se rendit à la maison dudit sieur de Courbon, lequel se présenta d'abord à lui déposant et l'un et Tautre entrèrent tout de suite dans une salle au rez-de-chaussée où le déposant fit audit sieur de Courbon les reproches qu'il méritait pour avoir fait faire à la nièce de lui déposant une démarche aussi déshonorante pour elle et toute sa famille, et lui dit que s'il n'avait pas eu de part à l'évasion de la nièce de lui déposant il aurait dû la renvoyer sur-le-champ, au lieu de la refuser comme il avait fait à M. de Polizy, qu'il savait être l'oncle
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de ladite demoiselle de Moras; que sur ce ledit sieur de Courbon lui répondit que ladite demoiselle n'avait pas voulu partir avec ledit sieur de Polizy, et qu'il ne s'opposait point à ce qu'elle partit- avec lui déposant; ajoute le déposant que dans le même entretien ledit sieur de Courbon lui dit qu'il ne comprenait pas la dame de Moras de vouloir ravoir sa fille, et que le parti le plus sage et le plus prudent pour elle était de laisser ladite demoiselle de Moras à Contré chez lui sieur de Courbon, près de sa mère, jusqu'à ce que ladite dame de Moras se fût déterminée à leur mariage, d'autant qu'après une pareille démarche personne ne voudrait de ladite demoiselle ; que le déposant lui repartit que la dame de Moras ne pouvait consentir à une pareille proposition sans sç déshonorer et se faire croire complice de l'évasion de sa fille, sur quoi ledit sieur de Courbon lui répliqua que la demoiselle de Moras n'était pas un enfant, et que ce qu'elle voulait aujourd'hui, qui était de se marier avec lui sieur de Courbon, elle le voudrait dans vingt ans ; qu'après cet entretien, lui déposant demanda à voir sa nièce et fiit conduit par ledit sieur de Courbon dans un appartement au premier étage où elle était avec la nommée Gorry, sa gouvernante ; que lui déposant fit à l'une et à l'autre les reproches
convenables et leur dit de se disposer à partir avec lui, à quoi elles ne parurent pas s'opposer, parce qu'elles étaient, comme ledit sieur de Courbon, instruite, que lui déposant avait un ordre du roi, et que le lendemain lui déposant, sa nièce et sa gouvernante partirent ensemble de Contré pour se rendre en cette ville, d'où ladite demoiselle de Moras a été conduite au couvent de Tabbaye de Gerzy, prés Grosbois, et ladite gouvernante dans la maison de Sainte-Pélagie, etc. N'a requis salaire.
Vu les plaintes, information, addition d'information et les quatre lettres missives y jointes, je requiers pour le roi l'information être continuée, et cependant le comte de Courbon, la nommée Gorry, femme de chambre de la demoiselle de Moras, et trois quidams dont un vêtu d'une redingote de ratine de peluche blanche, ayant une veste rouge, assez grand de taille, portant ses cheveux, un couteau de chasse, un chapeau bordé en or, paraissant âgé d'environ quarante ans, un autre ayant l'air d'un laquais, vêtu d'un habit brun, portant des cheveux noirs, de moyenne taille, et le troisième conduisant une chaise en qualité de postillon, qui seront indiqués par la partie civile, être pris au corps
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et la dame de Blênac être assignée pour être ouïe.
Fait le 20 novembre 1737.
MoREAU, procureur du Roi.
Soit fait ainsi qu'il est requis, le 20 novembre
Nègre, lieutenant criminel.
Du dimanche 1^ décembre 1737, neuf heures du matin, André de Saint-Jean, âgé de cinquante ans, maître sellier, à Paris, demeurant rue des Cordeliers, paroisse de Saint-Sulpice, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que, le 24 octobre dernier, vint chez lui un particulier à lui inconnu, haut d'environ 5 pieds 2 pouces, maigre, ayant ses cheveux en bourse, vêtu d'un habit couleur de petit-gris, pour louer une chaise de poste à deux personnes; que le déposant lui en montra une que le particulier trouva convenir, laquelle est doublée de drap gris avec franges de galons verts, a son coussin de même, et garnie de trois glaces fines et entières et est peinte en vert et ayant un histel (xfV), jaune sur les panneaux et les corps peints en
couleur cannelle^ montée sur son train à essieu de fer, des suspentes de longueur et des crics derrière ; que ce particulier ayant examiné cette chaise dit qu'il allait rendre réponse de sa commission et qu'il reviendrait; qu'il revint effectivement le lendemain 25 au soir arrêter cette chaise pour partir le lendemain, que le déposant, tant pour pouvoir faire mettre la chaise en l'état qu'il convenait pour feire la route de l'endroit où se proposaient d'aller les personnes qui en avaient besoin, que pour pouvoir faire son prix demanda à ce particulier l'endroit où on allait et combien de temps on la garderait, que le particulier lui répondit que c'était pour aller à Poitiers et qu'on la garderait un mois au moins et peut-être deux; que sur cette réponse le déposant fit son marché à 120 livres pour un mois, avec convention que si le second mois était anticipé, il lui serait payé pareille somme de 120 livres ; que ne trouvant pas que les roues sur lesquelles cette chaise était montée fussent assez bonnes pour faire un pareil voyage, pendant la nuit du 25 au 26 octobre il en fit mettre d'autres à cette chaise toutes neuves et très fortes sans être peintes, n'ayant pas eu le temps de les mettre en couleur; que le même jour 25 octobre au soir, le particulier lui apporta un écrit signé De Courcel, portant reconnaissance par le
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soussigné qae le déposant lui avait fourni une chaise de poste à deux personnes ; que le déposant n'ayant pas trouvé cet écrit bien fait dit qu'il en ferait un comme il fallait qu'il fût fait et qu'il n'y aurait qu'à le signer; que le lendemain matin 26, sur les sept heures du matin, le même particulier vint chez le déposant pour prendre ladite chaise, accompagné d'un autre particulier qui conduisait deux chevaux noirs, qu'il a observé que ce particulier n'avait pas l'air d'un postillon ordinaire de la poste, que ces deux chevaux noirs ayant été attelés à cette chaise, il la fit accompagner par le nommé François, un de ses garçons de boutique auquel il remit l'écrit qu'il avait dressé contenant le marché de cette chaise jusqu'à la porte du couvent du Chasse-Midy, que l'on a arrêté cette chaise à la porte du couvent, sans la faire entrer dans la cour d'icelui, que lui François est entré dans ladite cour sans avoir pénétré plus avant, que dans cet endroit il a remis au particulier qui était venu pour louer la chaise l'écrit que le déposant avait dressé, qu'étant resté dans la cour et y ayant attendu peu de temps ce particulier a rapporté et remis audit François ledit écrit signé De Courcel, daté dudit jour 26 octobre, et la somme de 120 livres pour le premier mois; que ledit François de retour chez le déposant a remis au déposant
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tant Udite somme de 120 livres que ledit écrit que le déposant a encore et ofbt de représenter tontes et quantes fois qn'il appartiendra, etc. N'a reqois salaire.
Pierre-Ambroise Bertaut, âgé de trente-hnit ans, maître sellier à Paris, demeurant me Neuve-Sainte- Catherine, paroisse Saint-Paul, etc.
Dépose qu'il n'a aucune connaissance des Ëdts en question, sinon qu'il y a déjà du temps il a appris par le bruit public que la demoiselle de Moras a été enlevée, et comparait seulement pour satisfaire à la justice, comme aussi dépose que un jour de vendredi, sur la fin du mois d'octobre dernier, il a vendu une selle à la royale à quartier de Roussy et siège de chamois, et des fontes de pistolets à un particulier à lui inconnu, assez maigre, brun, haut d'environ 5 pieds 2 pouces, ayant des cheveux, n'a pas remarqué s'ils étaient en bourse ou autrement, vêtu d'un habit de drap brun, lequel est venu en sa boutique à cet effet et a emporté lui-même cette selle et les fontes, etc. N'a requis salaire.
Du jeudi 5 dudit mois de décembre 1737, dix heures du matin.
Au KVIII^ Siècle 255
Louise Beloy, âgée de soixante et un ans environ, femme de Balthazar Birodon, blanchisseurs, demeurante rue de la Croix-des-Petits-Champs, etc.
Dépose et déclare que depuis vingt-cinq ans son mari et elle blanchissent le linge de la maison de la dame de Moras,que depuis que la demoiselle de Moras fille était au couvent, elle blanchissait aussi son linge; que c'est le mari d'elle déposante qui ordinairement Fallait chercher et le reportait, que le 25 octobre dernier il l'a été chercher, et qu'environ sept ou huit jours après étant blanc, il a été au couvent du Chasse-Midy reporter le blanc et prendre le sale ; qu'il remit ce linge blanc à la nommée Gorry fille, qui lui remit le sale qui consistait seulement en une paire de draps, deux jupons, une chemise, une serviette et deux torchons, et que le mari de la déposante, de retour, lui dit que la demoiselle de Moras était allée à la campagne, et que depuis ce temps elle a appris par la voix publique que la demoiselle de Moras avait été enlevée par le sieur de Courbon, comme aussi que quelque temps avant le 2 5 octobre elle déposante alla audit couvent pour reporter à la demoiselle de Moras son linge blanc et prendre son sale, que dans ce moment elle était au parloir avec un homme de moyenne taille, assez
puissant, vêtu de noir, portant une perruque nouée, qu'à côté de lui était une épée noire appuyée contre le mur entre le parloir et un fauteuil, et qu'elle entendit que ce monsieur appela la demoiselle de Moras sa chère cousine, etc. N'a requis salaire.
Philippe Quignon, dit Chevalier, âgé de trentecinq ans ou environ, cocher au service du sieur de Moras, conseiller au Parlement, demeurant chez ledit sieur de Moras, même maison que la dame de Moras, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que le 15 octobre dernier il alla au couvent du Chasse- Midy porter à la demoiselle de Moras, de la part du sieur de Moras de Saint-Prié, son frère, un lapin que ledit sieur de Saint-Prié avait remis au déposant au lieu de Champrozé, où il était alors, pour donner à la demoiselle de Moras, que lui déposant le présenta à celte demoiselle elle-même et lui demanda si elle n'avait point d'ordre à lui donner pour le sieur son frère, et qu'il repasserait pour cela; que ladite demoiselle lui répondit que ce n'était pas la peine, et que si elle avait quelque chose à mander à son frère elle lui écrirait; que lui déposant, le 23 du même mois avait conduit la dame de Moras à Livry
Au XVIII^ Siècle 257
prés MeluQ, et que ladite dame lui avait donuë ordre de venir la rechercher le 3 novembre ; que lui déposant, â cet effet, partit de Paris le 2 novembre et a été ce jour-là à Champrozé, que le lendemain il a été coucher à Livry, et qu'en cet endroit on lui dit que la dame de Moras s'en était retournée dans sa berline en poste ; que le 4 le déposant n'ayant pas trouvé la dame de Moras, il revint à Paris, et qu'à son arrivée il apprit et ouït dire à la maison que la demoiselle de Moras avait été enlevée, que depuis il a ouï dire que c'était par le sieur de Courbon, etc. N'a requis salaire.
Elisabeth Nolet, âgée de trente-six ans, femme de François Fouquerolles, dit Tury, domestique de présent hors de condition, elle blanchisseuse, demeurante à Paris, rue de Varennes prés la barrière, Ëiubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, etc.
Dépose qu'elle ne sait autre chose sinon que depuis environ deux ans elle blanchit le linge de la demoiselle Gorry, femme de chambre de la demoiselle de Moras et de la fille de ladite Gorry, que le 28 ou 29 du mois d'octobre dernier elle alla au couvent du Chasse-Midy porter le linge blanc desdites Gorry mère et fille et prendre le sale, qu'elle
parla à ladite Gorry fille, la déposante lui ayant demandé où était sa mère, ladite Gorry fille lui répondit qu'elle n'y était pas, sans expliquer si elle était à la campagne ou à Paris, et sur ce que la déposante lui dit qu'il lui était dû bien de l'argent, ladite Gorry fille lui dit que sa mère avait fait son compte et qu'elle lui en donnerait le lundi suivant, elle ajouta à la déposante de ne point remettre le linge au parloir lorsqu'elle le rapporterait, la déposante lui en ayant demandé la raison, ladite Gorry fille lui dit qu'elle allait en métier et qu'elle allait au Marais pour apprendre à coiffer et à blanchir; la déposante lui ayant dit que sa mère y serait donc, ladite Gorry fille lui répondit : Non, elle n'y sera pas, vous n'aurez qu'à mettre le linge au tour d'en bas ; la déposante lui dit encore : Mais votre mère est donc à la campagne avec M™« de Moras ? ladite Gorry ne lui répondit ni oui ni non, lui dit seulement qu'elle n'était pas loin, qu'elle reviendrait bientôt; que la déposante ayant remarqué que dans le linge sale que lui donna ladite Gorry fille il n'y en avait pas à sa mère, elle lui demanda pourquoi, et ladite Gorry lui dit que c'est que sa mère avait mis de ses chemises, etc. Taxée 20 sols.
Séverin Fauconnier, dit la Jeunesse, âgé de trente-
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huit ans ou environ, domestique au service du sieur de Polizy, maître des requêtes, demeurant avec ledit sieur de Polizy, même maison que ladite dame de Moras, sise rue de l'Université, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que le sieur de Polizy, son maître, lui ayant donné ordre d'aller sur la route d'Orléans jusqu'à environ huit lieues pour s'informer si sur cette route, depuis le samedi 26 octobre précédent, on n'avait pas vu passer une chaise de poste dans laquelle il y avait deux dames, sans autre explication, d'autant que ledit sieur de Polizy savait que le déposant était instruit par le bruit de la maison de l'absence de la demoiselle de Moras et de sa gouvernante. Lui déposant partit en poste et alla jusqu'à Chastres, dit Arpajon, qu'en cet endroit au cabaret du Mouton y il apprit que ledit jour samedi 26 octobre deux dames, dont une très jeune avaient dîné dans le cabaret, et que suivant le portrait qui lui en fut fait il reconnut que c'était la demoiselle de Moras et la nommée Gorry, sa gouvernante ; qu'on lui observa que ces deux dames, pendant le dîner, avaient un air très pensif, et que le domestique qui les accompagnait et courait à cheval n'avait pu dîner, se trouvant incommodé; que trouvant avoir assez d'éclaircisse-
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ments il n'a pas été plus loin et est revenu le même jour à Paris ; que revenant il a fait aussi des informations à la poste du Bourg-la-Reine, qu'en cet endroit il lui a été dit que le même jour samedi 26 au matin ils avaient fourni des chevaux de poste à une chaise dans laquelle il y avait deux dames dont une très jeune, que cette chaise n'avait pas été conduite au Bourg-la-Reine par des chevaux de poste, mais par des chevaux de remise ou autres ; que cette chaise, lorsqu'elle est arrivée au Bourg-la-Reine, est restée à l'entrée du lieu où l'on a dételé les chevaux qui l'avaient conduite en cet endroit et qu'elle n'a pas été conduite jusqu'à la poste; qu'un domestique est venu à la poste chercher des chevaux, que lui ayant demandé s'il avait une permission, il en avait montré une; qu'on n'a pas pu lui dire à la poste sous quel nom était cette permission, mais qu'après l'avoir vue on avait mené des chevaux à l'endroit où était la chaise, et qu'en cet endroit on n'a point vu le postillon ni les chevaux qui l'avaient conduite ; que le même jour il a rendu compte de son voyage tant à son maître qu'à la dame de MoraSj. que le lendemain lundi il est parti de cette ville en poste avec son maître et un domestique du sieur marquis de Crevecœur et ont été jusqu'à un village du nom duquel il n'est pas mémoratif, distant de
Contré d'environ deux lieues; que depuis Poitiers jusqu'en cet endroit ils ont été accompagnés par deux archers ou gardes que M. l'intendant de Poitiers a donnés à son maître; qu'en cet endroit ledit sieur de Polizy son maître a laissé sa chaise, a monté sur le cheval du déposant et est allé avec lesdits archers et le domestique du sieur de Crevécœur au lieu de Contré ; qu'à l'égard de lui déposant il est resté à l'endroit où était la chaise, qu'environ une heure et demie après le domestique du sieur de Crevecœur, nommé Champagne, vint de la part du sieur de Polizy chercher sa chaise, que le postillon la conduisit à l'instant à Contré, et le déposant resta en cet endroit avec ledit Champagne ; que quelque temps après que la chaise a été partie pour aller à Contré, lui déposant reçut un ordre de son maître pour s'y rendre aussi, qu'en conséquence il y alla avec ledit Champagne, que lorsqu'ils y furent arrivés ils ne trouvèrent point ledit sieur de Polizy, en sorte qu'ils allèrent dans un cabaret dudit lieu ; que le même jour, qui était le 8 novembre, sur les quatre heures du soir, il vit arriver le sieur Peirenc, lequel arrêta et entra dans le cabaret où était le déposant, que lorsque lui déposant entra dans le cabaret il y trouva les deux archers qui avaient accompagné son maître, et que ces archers
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lui dirent qu'ils avaient été fort mal reçus, qu'on les avait chassés, et que son maître était allé à Aunay, chez un subdélégué; que le sieur Peirenc, peu de temps après son arrivée, alla au château de Contré avec les deux archers et un courrier qui l'avait accompagné, que lui déposant y alla aussi sur les six heures du soir, qu'étant dans la cuisine il y vit entrer la gouvernante de la demoiselle de Moras, laquelle avait un air fort triste, qu'il y trouva aussi le domestique qui avait accompagné la demoiselle de Moras dans son voyage, qu'ayant lié conversation avec le domestique dont il ne sait pas le nom, le domestique lui dit qu'il ne savait pas que c'était la demoiselle de Moras, qu'il avait été arrêté à raison de 40 écus de gages et de 20 sols par jour pour sa nourriture, que c'était un porteur d'eau qui lui avait indiqué la condition, qu'il croyait que sa maîtresse s'appelait M^^« de Courcelles, que c'est sous ce nom qu'il a été prendre une permission à la poste, et qu'effectivement il montra au déposant une permission de la poste remplie du nom de la dame de Courcelles et dit qu'il gardait cette pièce pour sa justification, et que s'il était à Paris il rendrait compte à la dame de Moras comme il avait été arrêté; que l'on avait arrêté un postillon qui avait servi M™« de Richelieu, mais qu'il n'a pas voulu venir parce qu'il
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Au XVIII^ Siècle
fallait aller à la campagne; que le même jour il vit dans ledit château ladite demoiselle de Moras monter dans la chaise dans laquelle était arrivé le sieur Peirenc, et que ledit sieur Peirenc avec la gouvernante montèrent dans une autre chaise à deux personnes pour s'en revenir à Paris, que le sieur de Courbon et la dame de Blénac sa mère étaient présents lorsqu'ils sont montés en chaise, et que dans ladite cour la dame de Blénac embrassa la demoiselle de Moras, etc. N'a requis salaire.
Pierre-Jean Couturier, âgé de trente et un ans ou environ, domestique au service de la dame de Moras, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que la dame de Moras, lors de son départ pour Livry, lui ayant donné Tordre d'aller de temps à autre au couvent du Chasse-Midy, il y a été, à cet effet, le vendredi 25 du mois d'octobre dernier, sur les huit heures du matin, qu'il parla à la gouvernante de la demoiselle et lui demanda si la demoiselle n'avait pas de lettres à envoyer à la dame sa mère, parce
qu'il les mettrait dans le paquet qu'il avait à faire pour ladite dame; que ladite gouvernante étant sortie du parloir disant qu'elle allait le demander â
la demoiselle de Moras, elle revint audit parloir et dit au déposant que non, qu'elle savait l'adresse de la dame sa mère, et que si elle avait à lui écrire elle le ferait; le samedi 2 novembre, le déposant retourna encore audit couvent; une des touriéres qu'il rencontra dans la cour lui demanda des nouvelles de la demoiselle de Moras, et le déposant lui ayant dit qu'il venait pour en savoir, cette touriére lui répliqua que la demoiselle de Moras était à la campagne prés la dame sa mère, ce qui étonna fort le déposant, et pour s'en éclaircir il monta au parloir de la dame prieure à laquelle il parla et qui lui dit que la demoiselle de Moras était partie le 26 matin pour aller trouver la dame sa mère à la campagne, et que la veille au soir la demoiselle de Moras lui avait montré une lettre qu'elle avait dit être de la dame sa mère, par laquelle elle lui marquait de la venir trouver et qu'elle lui envoyait une voiture; que depuis le déposant a appris par la voix publique que la demoiselle de Moras avait été enlevée par le sieur de Courbon, etc. N'a requis salaire.
Dudit jour jeudi 5 décembre, quatre heures de relevée.
Jacques Le Sage, âgé de trente ans ou environ,
Au XVIII^ Siècle 265
archer de robe courte, demeurant sur le pont au Change, paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que le vendredi 22 du mois de novembre dernier, il est parti de cette yille avec le sieur Duraux, exempt de robe courte, le sieur Provost, huissier à cheval, et le sieur Quanot fils, archer de robe courte, pour seller au lieu de Contré, à l'effet d'y arrêter le sieur de Courbon en vertu d'une sentence de décret de M. le lieutenant criminel au Châtelet de Paris ; que samedi dernier, en revenant dudit lieu et passant à Orléans, la maîtresse de la poste d'Orléans, chez laquelle il était pour avoir des chevaux de poste, lui adressant la parole lui dit : Quand vous êtes passé vous ne m'avez pas dit que vous alliez pour arrêter M. le comte de Blénac; que l'ayant tiré à l'écart dans une salle basse, elle lui dit qu'un domestique dudit sieur de Blénac avait mangé chez elle à table d'hôte et qu'à table il s'était trouvé à côté du sieur Bataille, ofiicier du guet; que ce domestique avait dit à elle maîtresse de la poste qu'il était chargé de trois lettres pour rendre à la demoiselle de Moras; qu'elle maîtresse de poste ayant demandé à ce domestique comment il pourrait les lui donner, cette demoiselle étant dans un couvent
et sans doute gardée à vue, ce domestique lui avait répondu qu'il avait une ressource pour lui faire tenir; qu'après le dîner le domestique, eôrayé apparemment de la présence dudit sieur Bataille, avait été dans l'écurie trouver le cocher ou messager de la voiture par laquelle il devait partir, et lui ayant témoigné avoir quelque peur, ledit cocher ou messager a conseillé à ce domestique de partir devant et que ce domestique a suivi ce conseil, etc. Taxé 30 sols.
Du mercredi 11 décembre 1737, dix heures du matin.
François Brunier, âgé de quarante-six ans ou environ, messager de la ville de Poitiers, demeurant ordinairement en ladite ville, de présent en cette ville de Paris, logé rue Saint- André-des- Arts, en la maison à laquelle pend pour enseigne la Raquette, etc.
Dépose qu'il ne sait autre chose sinon que dans l'avant-dernier voyage qu'il a fait à Paris de Poitiers, et qu'il croit avoir commencé le mercredi 13 du mois de novembre dernier, il a conduit différentes personnes qui voyageaient à cheval avec lui, que
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dans le nombre de ces personnes était un particulier dont il n'a pas su et ne sait pas le nom, âgé d'environ quarante ans, haut d'environ 5 pieds 3 pouces, maigre de visage, ayant les yeux enfoncés et le nez un peu long, assez blanc de visage, vêtu d'une redingote ou surtout de peluche blanchâtre et dessous une veste dont il n'a pas remarqué la couleur, comme aussi n'a pas remarqué s'il avait ses cheveux ou une perruque; que le samedi suivant de son départ de Poitiers ils sont arrivés â Orléans et ont soupe et couché à la poste de ladite ville, que pendant le souper ledit particulier se trouva à table à côté du sieur Bataille, officier du guet qui était logé à la poste d'Orléans, que le lendemain dimanche matin, étant parti d'Orléans, ils sont venus dîner â Toury, qu'un cavalier de la compagnie du déposant (qui croyait que le sieur Bataille avec lequel ils avaient soupe à Orléans était un valet de chambre, et avait dit au déposant que ce n'était pas bien de faire manger ainsi des domestiques â table d'hôte, sur quoi le déposant lui avait dit que ce n'était point un valet de chambre, mais un exempt de M. Hérault), dit pendant le diner aux autres cavaliers que la personne qu'ils avaient prise pour un valet de chambre était un exempt de M. Hérault, qu'aussitôt ces paroles le déposant remarqua que le
particulier susdésigné changea de couleur, et que même il ne put avaler un morceau de pain qu'il avait à la bouche, que le même particulier sortit de table avant les autres, monta à cheval et partit pour Étampes un peu avant le déposant et la compagnie, et arriva aussi avant eux audit lieu d'Étampes ; que le lendemain matin, entre Étimpes et Chastres, ledit particulier s'approcha du déposant qui marchait derrière lui, lui dit qu'il avait bien peur, que c'était lui qui avait conduit la demoiselle de Moras au château de Blénac, qu'il avait remarqué que l'exempt qu'ils avaient trouvé à Orléans l'avait examiné plusieurs fois, qu'il craignait d'être arrêté en arrivant à Paris, vu qu'il avait entendu que cet exempt avait dit au déposant qu'il arriverait à Paris avant lui, et il demanda au déposant comment il ferait, à quoi le déposant répondit qu'il ne lui pouvait point donner de conseil; que lui déposant lui ayant représenté que pour vouloir trop gagner on a des affaires, ledit particulier lui montrant sa redingote ou surtout lui dit : a Voilà tout ce que j'ai eu et vingt sous par jour », avec deux louis qu'on lui avait donnés dans le pays pour s'en revenir; que le déposant lui ayant demandé comment l'on avait fait pour enlever la demoiselle de Moras, il lui répondit que l'on avait présenté à la supérieure une fausse lettre pour la
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demoiselle de^Moras, du sieur de Blénac, et qu'il Tavait bien cachée ; que le déposant lui ayant demandé comment il la donnerait puisqu'il craignait d'être arrêté, ce particulier lui dit qu'il la ferait bien tenir et qu'il saurait bien trouver cette demoiselle où elle était cachée ; qu'étant arrivés à Chastres où le déposant et la compagnie qu'il conduisait devaient dîner, ledit particulier étant entré dans une salle par bas de l'auberge du Dauphitty ôta ses bottes et ses pistolets et qu'ensuite il sortit de l'auberge ; que le dîner étant servi et ce particulier ne paraissant point pour se mettre à table, le déposant le fit chercher par les domestiques de l'auberge, et quelque temps après on lui rapporta qu'on ne le trouvait pas ; que toute la compagnie se mit à table et dîna sans lui, qu'après le dîner ce particulier n'étant point encore paru et étant heure de partir pour arriver à Paris, toute la compagnie est montée à cheval et partit sans lui ; que lui déposant a pris les pistolets de ce particulier pour les apporter en cette ville, et en partant donna dans l'auberge, ordre de lui envoyer à Paris les bottes par le premier carrosse qui passerait, ce que l'on a fait; que quelques jours après le déposant ayant reçu une lettre, laquelle n'était ni signée ni datée, par laquelle il lui était marqué de remettre au porteur d'icelle les bottes et
pistolets de ce particulier, ensemble spn conteaa de chasse qu'il avait remis au déposant à Poitiers, le déposant, qui n'a hïl nul doute que cette lettre était dudit particulier, et sur ce que le porteur d'icelle lui a dit qu'il était son fils, il a remis lesdites bottes, pistolets et couteau de chasse au porteur de ladite lettre et observé que le porteur de cette lettre était un jeune homme âgé d'environ dix-huit à vingt ans, haut d'environ 5 pieds, blond, blanc de visage, fort joli de figure, vêtu d'un surtout de peluche blanche, etc. Taxé 20 sols.
Du jeudi 12 décembre 1737, dix heures du matin.
Messire Jean Oneill, âgé d'environ quarante ans, prêtre chapelain des dames religieuses de Tabbaye royalle de Jarcy prés Brie-Comte-Robert, demeurant en ladite abbaye, étant ce jour en cette ville, logé cloître Notre-Dame, etc.
Dépose que dans différentes conversations qu'il a eues avec la demoiselle de Moras depuis prés d'un mois, que ladite demoiselle est pensionnaire au couvent de Gergy, ladite demoiselle lui a dit qu'elle
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aimait depuis longtemps le sieur de Courbon, que ledit sieur l'aimait aussi, que ledit sieur de Courbon lui écrivait plusieurs fois principalement depuis que la dame sa mère lui avait défendu de le voir, que les lettres étaient adressées à une couturière de la nommée Gorry, sa gouvernante, et que la suscription était pour rendre à...., sans autre désignation; que les lettres lui étaient remises au couvent du Chasse-Midy et que la façon de les lui remettre était qu'on les lui apportait la nuit au-dessous de sa fenêtre, que sa gouvernante descendait par la fenêtre avec une corde un panier de marly Çsic)^ que c'est dans ce panier que l'on mettait les lettres, après quoi sa gouvernante les retirait et les remettait à ladite demoiselle; que ladite gouvernante a été instruite de toutes les menées et intrigues de ladite demoiselle de Moras et dudit sieur de Courbon ; que le sieur de Courbon lui a fait remettre 80 louis pour son voyage, que ces louis ont été mis de nuit dans le panier de marly, que c'est un laquais qu'elle a loué qui a fait le marché de la chaise de poste et qu'il a fallu donner une caution; qu'au mois de septembre dernier le sieur de Courbon lui envoya par la poste le projet d'une très grande lettre pour être écrite par elle demoiselle de Moras à la dame sa mère, qu'en lui envoyant ce projet il lui marqua
d'en prendre une copie et de le lui renvoyer après, qu'elle lui a renvoyé ce projet après l'avoir copié, qu'en copiant ce projet elle en a changé plusieurs termes qu'elle a trouvés trop outrageants pour la dame sa mère et sa famille, qu'elle a écrit à la dame sa mère cette lettre et qu'elle contient huit pages, qu'elle en a aussi distribué plusieurs copies écrites de sa main, que c'est elle qui a composé la lettre qu'elle a montrée à la prieure la veille de son départ, que le sieur de Courbon lui avait inspiré de présenter en route un pistolet à sa gouvernante pour mettre sa gouvernante à couvert des suites, que ce lui avait paru si ridicule qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'en rire avant l'exécution, etc. N'a requis salaire.
Du lundi 16 dudit naois de novembre 1737, neuf heures du matin.
Gabriel Le Beau, âgé de quarante-cinq ans, cavalier de la maréchaussée de Poitiers, demeurant ordinairement en la ville de Poitiers, rue des Carmes, paroisse Saint-Michel, de présent en cette ville de Paris, logé à Thôtel de Saint-Pierre, rue d'Anjou, prés la rue Dauphine, etc.
Au XVIII^ Siècle 275
Dépose que le 6 du mois de novembre dernier au soir, le sieur Thibault, exempt de la maréchaussée de Poitiers, vint chez lui et lui dit de la part de M. l'intendant qu'il eût à se trouver le lendemain à la poste avec sa selle seulement, sans autre marque de maréchaussée que sa bandoulière, qu'il faudrait qu'ils fussent trois ou quatre cavaliers; que lui déposant sachant qu'il n'y avait lors dans la ville aucun cavalier, mais que le sieur Beaumont, cavalier de la brigade de Jansay, était lors à Poitiers, il demanda au sieur Thibault s'il voulait qu'on l'avertît, à quoi ledit sieur Ttiibault lui dit qu'oui et même d'en avertir un autre s'il en connaissait; qu'en conséquence le déposant avertit le même soir ledit sieur Beaumont, et le lendemain il se rendit sur les cinq heures du matin à la poste, où se trouva aussi ledit Beaumont ; qu'environ la même heure ils montèrent par ordre d'un monsieur qui était logé à la poste, dans une chambre où ils trouvèrent un monsieur qui venait de se lever, lequel lui demanda s'il savait où était situé Contré et qu'il s'agissait d'y arrêter une demoiselle avec sa gouvernante ; ils sont partis en poste sur les six heures du matin avec ledit sieur et trois domestiques qui l'accompagnaient, et en route le déposant a appris que ce monsieur était le sieur de Polizy, maître des requêtes, et que la demoi-
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selle qu'ils allaient arrêter était la demoiselle de Moras, nièce dudit sieur de Polizy; qu'ils sont arrivés à Contré le 8 dudit mois de novembre sur les huit à neuf heures du matin, et sont descendus de cheval à la porte du château dudit lieu, que lui déposant avec son camarade sont entrés dans ledit château, accompagnant ledit sieur de Polizy, sont montés dans un appartement au premier étage à droite, et dans une chambre dudit appartement ont trouvé une demoiselle, laquelle était couchée, que ledit sieur de Polizy s'est approché du lit, a embrassé la demoiselle qui était dedans et l'a appelée sa chère nièce, lui a dit qu'il venais la rechercher, qu'elle avait mis sa chère mère et toute sa famille en grand'peine, ne sachant ce qu'elle était devenue ; lui dit aussi de se lever et habiller pour partir, qu'il avait une chaise à deux pas de là; à quoi la demoiselle lui répondit qu'il était bien pressé, qu'il lui donnât le temps de s'habiller; que presque aussitôt qu ils furent entrés en ladite chambre, le sieur comte de Blénac y entra aussi étant en bonnet de nuit et robe de chambre, et demanda au déposant et à son camarade ce qu'ils voulaient, à quoi le déposant lui répondit qu*ils étaient venus de l'ordre du roi et que le sieur de Polizy en était porteur ; que ledit sieur de Polizy dit audit sieur de Blénac qu'il
Au XVIII^ Siècle
venait rechercher sa nièce, et adressant de nouveau la parole à ladite demoiselle de Moras, il lui dit : « Levez-vous promptement et partons, toute votre Êimille est en grande consternation de savoir où vous êtes » ; que le sieur comte de Blénac demanda audit sieur de Polizy quel ordre il avait, et que le sieur de Polizy lui répondit si ce n'était pas assez qu'il fût son oncle et son tuteur; que le sieur comte de Blénac parlant de ladite demoiselle de Moras dit qu'elle était la maîtresse de partir, ensuite dit au sieur de Polizy qu'elle ne partirait pas, qu'il n'avait pas d'ordre. Dépose pareillement que peu de temps après que le comte de Blénac a été entré en ladite chambre, la dame sa mère y est venue aussi, qu'il ne lui a rien ouï dire, a seulement remarqué qu'elle se promenait en long et en large, qu'elle sortait souvent de ladite chambre et y rentrait à l'instant, que le déposant et son camarade ont été environ une demi-heure en ladite chambre, et qu'au bout de ce temps le sieur de Polizy leur dit de passer dans l'antichambre, ce qu'ils ont fait; qu'ayant été environ pareil temps dans ledit antichambre, le sieur de Polizy est venu leur dire de descendre et d'aller voir â leurs chevaux, ce qu'ils ont de même fait; que ledit sieur de Polizy, après leur avoir dit de descendre est rentré en ladite chambre où il est resté au moins
une demi-heure ; qu'étant sur la porte du four à pain à attendre ledit sieur de Polizy, une femme domestique de la maison leur dit de ne point entrer dans la maison, que le sieur de Blénac était fort en colère contre eux de ce qu'ils étaient entrés chez lui sans ordre ; que peu de temps après un particulier aussi domestique de la maison leur dit pareille chose et leur conseilla de se retirer dans un cabaret qui est proche du château et que, même, ce particulier les y accompagna; que presque aussitôt qu'ils furent entrés dans ce cabaret un des gens du château vint chercher le domestique qui avait accompagné le déposant et son camarade, lequel sortit à l'instant du cabaret; que le déposant et son camarade, craignant qu'il ne se passât quelque chose de violent, en sortirent aussi à l'instant et suivirent ce particulier jusqu'à la porte du château et lui recommandèrent de prendre garde qu'il ne se passât rien entre son maître et le sieur de Polizy; que près ladite porte ils trouvèrent le sieur de Polizy, lequel vint avec eux dans le cabaret où il ne resta que très peu de temps, alla ensuite chez le curé du lieu, chez lequel il ne fut aussi que très peu de temps, et de retour de chez le curé il monta à cheval pour aller à Aunay, distant de Contré d'environ une lieue; qu'après le départ du sieur de Polizy le sieur comte de Blénac
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envoya chercher le déposant et son camarade; qu'attendu la mauvaise réception qu'il avait faite ils ne voulurent pas y aller, mais qu'ils lui envoyèrent le cabaretier pour savoir ce qu'il leur voulait ; que ce cabaretier leur rapporta que le sieur de Blénac lui avait dit qu'il était fâché de les avoir si mal reçus et qu'il ne l'avait fait que pour mortifier rhabillé de rouge, en parlant du sieur de Polizy ; que le même jour 8 novembre, sur les quatre heures du soir, lui déposant et son camarade étant dans le cimetière, lequel est près du château, ils aperçurent près ledit cimetière un courrier lequel courait devant une chaise de poste dans laquelle était un particulier qu'il apprit le même jour être le sieur Peirenc, oncle de ladite demoiselle de Moras ; que se doutant que ce particulier venait pour la même affaire et était porteur d'ordre du roi, ils l'abordèrent, lui dirent qu'ils avaient accompagné ledit sieur de Polizy et lui firent rapport de la réception qu'on leur avait fait ; ledit sieur Peirenc descendit dans le cabaret dont il est ci-devant parlé et en cet endroit remit au déposant un ordre du roi du 5 novembre, portant injonction à tous prévôts et officiers de maréchaussée de prêter main-forte pour arrêter la demoiselle de Moras et la nommée Gorry sa gouvernante, ledit sieur de Peirenc remplit aussi de noms un autre
ordre du roi, qu'ensuite il alla au château où le déposant et son camarade l'ont accompagné ; que le sieur comte de Blénac, sur le perron ou vestibule, se trouva au-devant dudit sieur Peirenc et s'embrassèrent l'un et l'autre en cet endroit; qu'au même endroit le sieur Peirenc dit audit sieur de Blénac : a Monsieur, qu'avez-vous fait? vous avez &iit une vilaine afîaire I » et que le sieur de Blénac lui répondit que quand il lui aurait dit ses raisons il verrait qu'il n'avait pas tant de torts; qu'il fit entrer ledit sieur Peirenc dans un appartement à droite par bas, que le déposant et son camarade sq présentèrent pour y entrer aussi ; mais que le sieur de Blénac leur dit attendre un moment et ferma sur eux la porte; qu'après avoir attendu environ une heure prés ledit appartement le sieur Peirenc en sortit et leur dit qu'ils pouvaient se retirer, ce qu ils ont fait ; que le lendemain, de l'ordre du sieur de Polizy, ils partirent pour s'en retourner, que pendant qu'ils étaient à dîner au bourg d'Ardilleux, ils y virent arriver les sieurs de Polizy et Peirenc avec la demoiselle de Moras, sa gouvernante et plusieurs domestiques de leur suite, etc. Taxé 3 livres.
Charles Beaumont, âgé de quarante-six ans ou environ, cavalier de la maréchaussée du Poitou, de
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la brigade de Jatisay, demeurant ordinairement audit Jansay, distant de cinq heures de ladite ville de Poitiers, de présent à Paris, logé rue d'Anjou, à l'hôtel de Saint-Pierre près la rue Dauphine, etc.
Dépose comme le précédent. Taxé 3 livres.
Du lundi 23 dudit mois de décembre 1737, neuf heures du matin.
Guillaume Bornier, âgé de soixante-trois ans, charretier au bourg de Contré, au service de la dame de Blénac, demeurant ordinairement audit bourg de Contré, de présent en cette ville de Paris, logé chez le sieur Gournard, rue Saint-Dominique, quartier Saint-Germain-des-Prez, etc.
Dépose que la veille de la fête dernière de Toussaint, une demoiselle avec une gouvernante et un laquais sont arrivés au château de Contré appartenant à la dame comtesse de Blénac, que le sieur comte de Blénac, fils de ladite dame, était dans ledit château depuis environ le milieu du mois de septembre dernier; que ladite demoiselle et sa gouvernante ont demeuré environ huit jours dans le
châteaa, que pendant ce tems il a vu deux fois ladite demoiselle avec sa gouvernante, que Tune desdites deux fois il les a vues se promenant avec ledit sieur comte de Blénac dans une petite charmille qui est devant le château; qu'il ne sait pas le nom de cette demoiselle, mais qu'elle est assez grande et jeune, qu'il a ouï dire qu'un oncle de ladite demoiselle était venu la rechercher, etc. Taxé 40 sols.
Jean Godet, âgé de vingt ans, tonneher au bourg de Contré, au service de la dame de Blénac, demeurant ordinairement audit bourg de Contré, de présent en cette ville de Paris, logé chez le sieur Gournard, rue Saint-Dominique, etc.
Dépose que la veille de la fête dernière de Toussaint, sur le soir, il a vu dans la cour du château de Contré une chaise de poste laquelle était encore attelée du cheval de brancard, et que prés icelle était un laquais ou valet de chambre à lui inconnu, lequel avait des bottes et une redingote d'étoffe blanchâtre ; qu'il n'a pas vu les personnes qui étaient arrivées dans ladite chaise, mais qu'il a ouï dire le même jour que c'était une demoiselle avec sa gouvernante; que ladite demoiselle avec sa gouvernante sont restées environ huit jours dans ce château
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et qu'il les a vues quatre ou cinq fois, et que notamment il les vit se promenant avec le sieur comte de Courbon dans les allées de noyers qui sont prés du château ; qu'une autre fois il a vu ladite demoiselle avec sa gouvernante, ledit sieur de Courbon et la dame comtesse de Blénac sa mère, dans l'église du lieu, à l'heure de la prière du soir, et les vit sortir ensemble de ladite église lorsque la prière a été finie, croit que c'est un jour de jeudi; que quelques jours après, sur les neuf heures du matin, il a vu cette demoiselle et sa gouvernante monter dans des chaises de poste, que lorsqu'elles y montèrent la dame de Blénac et le sieur de Courbon étaient présents, qu'il y avait aussi plusieurs personnes qu'il ne connaissait pas et notamment deux oncles de ladite demoiselle suivant ce qu'il a ouï dire ; que cette demoiselle s'appelle W^^ de Moras; que ledit sieur de Courbon était dans ledit château depuis environ le 13 septembre dernier; qu'il y a environ un mois, un jour de dimanche, une demiheure avant le jour il l'a vu partir dudit château dans une chaise de poste, qu'il a pris son chemin du côté d'Aunay distant de Contré d'environ une lieue et que depuis ce temps il ne Ta pas vu, etc. Taxé 40 sols.
Du 29 mars 1738, deux heures de relevée, en la salle du prétoire de l'officialité de Paris, en présence de M. l'official.
Demoiselle Jeanne Minault, fille de chambre de défunte M™« de Moras, demeurante rue de l'Université, paroisse Saint-Sulpice, âgée de quarantecinq ans, etc.
Dépose qu'étant chez le sieur de Marivatz, au château de Livry, avec la défunte dame de Moras sa maîtresse, elle a reçu une lettre de Paris pour la demoiselle de Moras, laquelle elle porta sur-le-champ à la dame de Moras, que cette lettre était écrite par la demoiselle d'Aunay, pensionnaire au couvent du Chasse-Midy, à l'adresse de ladite demoiselle de Moras, par laquelle la demoiselle d'Aunay, qui croyait la demoiselle de Moras avec la dame sa mère, audtt château de Livry lui faisait plusieurs compliments et marques d'amitié ; que la dame de Moras fut extrêmement surprise de recevoir cette lettre et sur-le-champ fit partir un homme pour Paris pour s'informer de ce que voulait dire cette lettre, lequel étant de retour rapporta à ladite défunte dame de Moras que la demoiselle sa fille n'était plus dans ledit couvent du Chasse-Midy,
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qu'elle en était partie le samedi dernier sans que Ton sût où elle était allée, depuis lequel temps elle a appris que la demoiselle de Moras avait été séduite par le- sieur de Courbon, qu'elle était allée à Contré le trouver, que ses oncles avaient été à sa suite jusqu'à Contré et l'avaient ramenée, mais n'a appris aucune des circonstances du départ, ni du voyage, ni du séjour de ladite demoiselle de Moras à Contré ; que ladite demoiselle de Moras ayant été ramenée en cette ville par lesdits sieurs ses oncles et étant venue coucher chez ladite dame de Moras sa mère, elle déposante en la déshabillant le soir et lui ôtant son corps pour le mettre sur des chaises, sentit avec son doigt une bague renfermée sous la doublure du corps en dedans ; que sur-le-champ, elle déposante a décousu ledit corps et en tira une anneau d'or lequel elle nous a représenté pour demeurer joint et servir à l'instruction ; qu'alors la demoiselle de Moras dit à elle déposante qui lui avait demandé ce que c'était que cet anneau, que c'était un anneau auquel elle avait dévotion en ajoutant : Néanmoins, je te le donne si tu le veux; qu'elle déposante ne la questionna pas davantage ; que le lendemain matin, elle déposante étant auprès de la dame de Moras lui montra cet anneau et lui dit qu'elle l'avait trouvé enfermé dans le corps de la demoiselle de Moras sa
fille et qu'elle le lui avait donné ; sur quoi la dame de Moras lui demanda : « Ne serait-elle pas mariée ? » A quoi elle déposante lui dit : « Je n'en sais rien ! » Et depuis ce tems ni la dame de Moras ni la demoiselle sa fille ne lui ont parlé de rien, a seulement ouï dire dans la maison par la famille de la demoiselle de Moras que Ton soupçonnait que ladite demoiselle de Moras était mariée, etc. N'a requis salaire.
Demoiselle Marie Peirenc de Moras, fille denieurante rue de l'Université, paroisse Saint-Sulpice, âgée de quatorze ans, etc.
Dépose qu'il y a environ deux ans qu'elle a connu le sieur de Courbon chez la dame sa mère, en cette ville de Paris, qu'elle a été en campagne avec lui pendant deux mois à Cherperinc (ifc), que dans ce temps-là ledit sieur de Courbon lui tint plusieurs discours de galanterie, lesquels n'ont eu aucune suite, qu'étant revenue en cette ville de Paris, elle fut quelque temps sans revoir ledit sieur de Courbon, qu'environ un mois après ledit sieur de Courbon commença à rendre plusieurs visites à elle déposante dans le couvent du Chasse-Midy où elle était pensionnaire, qu'il recommença à lui tenir les mêmes propos de galanterie qu'il lui avait tenus à Cherperinc,
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sans lui proposer alors le voyage ; qu'elle déposante et le sieur de Courbon firent écrire de concert ensemble une lettre par la nommée Gorry sa gouvernante, à ladite dame de Moras sa mère, par laquelle ladite Gorry lui marquait qu'elle déposante avait de l'inclination pour ledit sieur de Courbon ; que sur cette lettre la dame de Moras sa mère fit faire défense au sieur de Courbon d'aller voir elle déposante ; que depuis ce temps-là, pour se donner à Tun et à l'autre de leurs nouvelles, la nommée Gorry sa gouvernante passait leurs lettres au moyen d'un petit panier qu'elle descendait par la fenêtre de la rue avec une ficelle, lesquelles étaient reçues et données par le nommé Deschamps, laquais du sieur de Courbon; que ce fut dans ce temps-là que le sieur de Courbon lui proposa le voyage de Contré à l'effet de s'y marier ensemble, et lui envoya le projet de la lettre qu'elle déposante devait envoyer à la dame sa mère et qu'elle a effectivement envoyée étant en la ville de Poitiers ; que dans ce même temps ledit sieur de Courbon lui envoya 80 louis d'or de 24 livres pièce pour faire le voyage, par le nommé Deschamps, son laquais, dans une boîte, laquelle boite fiit remise par ledit Deschamps dans le parloir d'elle déposante; que ledit sieur de Courbon étant parti pour s'en aller à Contré, elle déposante a reçu de
ses nouvelles par Tentremise de la nommée Grosky, couturière, qui avait été chargée de cette en ti'emise par ladite Gorry, gouvernante d'elle déposante; ne croit pas la déposante que ladite Groslay eût connaissance de ce dont il s'agissait; que par les lettres qu'elle recevait par ce canal du sieur de Courbon, il la sollicitait de presser son voyage et lui marquait des choses propres à l'engager à le faire ; qu'aux pressantes sollicitations dudit sieur de Courbon, elle déposante se détermina à partir pour Contré, et pour cet effet elle déposante écrivit une lettre comme si c'était la dame sa mère qui Teût écrite pour la montrer à la supérieure afin de pouvoir sortir dudit couvent; qu'outre cela, elle déposante, de concert avec ledit sieur de Courbon et ladite Gorry, avait arrêté un laquais sous prétexte que c'était pour une dame de campagne, et qu'afin que cela ne fût point connu il avait été convenu que le laquais, quand il irait au parloir, ne parlerait qu'à elle déposante et jamais à la Gorry, et que de même, quand la nommée Groslay apporterait des lettres dudit sieur de Courbon, elle ne parlerait qu'à ladite Gorry et jamais à elle déposante; qu'en conséquence de cette convention, ce fut elle déposante qui chargea son laquais de lui acheter une valise, ce qu'elle communiqua sur-le-champ à la demoiselle
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Gorry; que les pistolets qu'elle avait donné ordre d'acheter étaient à l'instigation du sieur de Courbon, qui lui avait dit que quand elle serait en route à quelque distance de Paris, elle ferait semblant de contraindre ladite Gorry et le postillon à continuer sa route, et que par ce moyen ladite Gorry serait excusable et à couvert des recherches que l'on pourrait faire contre elle; que la chaise et la valise étaient pour faire le voyage ; qu'après avoir pris ces précautions et ladite Gorry ayant préparé ses paquets, ils furent portés tant par ladite Gorry que par le laquais d'elle déposante et autres qui se trouvèrent là, dans la chaise qui était à la porte du couvent du Chasse-Midy, attelée de deux chevaux de remise, et partit en cet état avec la demoiselle Gorry sa gouvernante, le 26 octobre dernier, à sept heures et demie du malin, sous prétexte d'aller à Vernouillet trouver la dame sa mère qui y était lors, qu'ils prirent la route de Contre et allèrent avec lesdits chevaux de remise jusqu'au Bourg-la- Reine, le laquais d'elle déposante accompagnant elle répondante et sa gouvernante, à cheval; qu'étant arrivés au Bourg-la-Reine on renvoya les chevaux de remise et le postillon qui les avait amenés, et ils prirent des chevaux de poste pour continuer la route; qu'en chemin Élisant, après avoir changé de
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chevaux à la poste d'Arpajon, elle déposante, suivant qu'elle en était convenue avec le sieur de Courbon et la demoiselle Gorry, tira un des pistolets de sa chaise, avec lequel elle fit feinte de vouloir contraindre ladite Gorry, laquelle de son côté s'écria comme si elle eût eu réellement peur, ce qui obligea le postillon d'arrêter ; mais la déposante Tayant menacé en lui présentant le pistolet de lui casser la tête s'il ne marchait et continuait son chemin, il le fit; qu'ayant poursuivi leur chemin et étant arrivées à Toury, elle déposante continua d'écrire la lettre que le sieur de Courbon lui avait donnée pour envoyer à la dame sa mère, qu'elle avait commencé d'écrire à Paris; et étant arrivée à Poitiers elle acheva de l'écrire et l'envoya comme cela était convenu à la dame de Moras sa mère ; que de Poitiers ils ont continué leur •route jusqu'à Contré, et que dans le chemin, au lieu de Fillefagnan (51V), elle y a trouvé un monsieur dont elle ignore le nom, qui la questionna de son nom, qualité et demeure, ce qu'elle refusa de lui dire; qu'ils arrivèrent à Contré le 31 octobre dernier, environ deux heures après midi; que le sieur de Courbon vint au-devant d'elle déposante jusqu'au milieu de sa cour et la dame de Blcnac sa mère, jusqu'à l'entrée de son vestibule; qu'elle déposante étant entrée avec ledit
sieur de Courbon et la dame de Blénac dans l'appartement de ladite dame, elle déposante lui fit une histoire contraire à la vérité, lui faisant entendre que le sieur de Courbon son fils, n'avait aucune part à la démarche qu'elle faisait, et cela parce que ledit sieur de Courbon lui avait mandé que la dame sa mère n'en avait aucune connaissance; que le même jour étant arrivée, elle déposante proposa au sieur de Courbon, en présence de la dame sa mère, de faire le mariage convenu entre eux ; que ladite dame de Blénac, sur cette proposition, se chargea la première d'en parler au curé de Contré, et que le sieur de Courbon s'en chargea pareillement ; qu'effectivement le lendemain la dame de Blénac envoya chercher le curé de Contré et lui en parla la première, ce qu'elle sait suivant ce que ladite dame de Blénac lui a rapporté, elle déposante n'y étant pas présente; que ladite dame de Blénac lui a encore dit que le curé avait fait quelque résistance, sur quoi ledit sieur de Courbon était descendu et avait parlé audit sieur curé qui s'était rendu à la proposition que ledit sieur de Courbon lui avait fait de célébrer ledit mariage, ce qu'elle déposante a appris par le sieur de Courbon, et qu'ensuite elle déposante étant descendue, ledit sieur de Courbon promit audit sieur curé, en présence d'elle déposante, de lui donner
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une somme de 500 livres ou la valeur; que la Gorry y était aussi présente; qu'effectivement le curé promit de faire ledit mariage après les vêpres ledit jour i» novetnbre, jour de la fête de tous les saints lors, qu'il n*y aura plus personne dans Téglise; qu'environ ladite heure d'après les vêpres indiquée, elle déposante se rendit avec ledit sieur de Courbon, la nommée Gorry, le nommé Deschamps, laquais dudit sieur de Courbon, dans ladite église où ils trouvèrent la dame de Blénac, à laquelle elle déposante demanda son anneau et où étaient aussi le sieur curé et le père du curé ; qu'aussi lorsqu'ils y furent entrés le curé leur donna la bénédiction nuptiale, qu'après ils retournèrent tous dans la chambre de ladite dame de Blénac où ledit sieur curé leur fit signer l'acte de mariage sur un registre et lui en fit signer un autre le 8 du mois de novembre, veille du jour de son départ du village de Contré, lequel ne fut daté que dudit jour 8 novembre; que le même jour 8 novembre, les oncles paternel et maternel d'elle déposante arrivèrent audit lieu de. Contré, y ayant déjà huit jours qu'elle était chez ledit sieur de Courbon, et qu'après avoir éprouvé quelque résistance de sa part elle partit avec eux et ladite Gorry le lendemain 9 novembre et est revenue en cette ville de Paris, etc. N'a requis salaire.