INTERROGATOIRE DE LA FEMME GORRY
Mère de Marie Gorry FEMME DE CHAMBRE DE MADEMOISELLE DE MORAS
28 novembre (1737).
Enquise combien qu'il y a qu'elle est veuve ?
A dit qu'il y a environ quinze ans.
Enquise combien elle a d'enfants ?
A dit qu'elle n'a qu'une £dle de dix-sept ans.
Enquise ce que fait la fille d'elle répondante et où elle est?
A dit qu'il y a quinze mois que sa fille est venue avec elle dans le couvent du Chasse-Midy, et qu'elle était nourrie de ce que la demoiselle de Moras et elle répondante avaient de reste et qu'elle répondante suppléait au surplus ainsi qu'à son entretien.
S'il n'est pas vrai, au contrai]:e de ce qu'elle nous a dit, que la fille d'elle répondante était auprès de la
demoiselle de Moras en qualité de seconde femme de chambre pour soulager elle répondante et qu'elle était nourrie et payée par M°»« de Moras ?
A dit que non, que M™^ de Moras n'a jamais rien payé pour elle et que sa fille n'a jamais été auprès de la demoiselle de Moras en qualité de femme de chambre, que même pendant l'espace de trois mois qu'elle répondante a été avec la demoiselle de Moras chez la dame de Moras, sa mère, elle répondante a été obligée de laisser de l'argent à la femme de chambre de la demoiselle d'Aunay pour nourrir sa fille.
S'il est pas vrai que la fille d'elle répondante couchait dans l'appartement de la demoiselle de Moras et lui rendait ses services ?
A dit que oui, et que c'était du consentement de la dame de Moras qui lui avait promis de la prendre pour faire le ménage à la place d'une femme qui y était auparavant et qui y venait tous les matins ; mais que la dame de Moras ne lui a jamais rien payé pour elle.
Enquise quel âge peut avoir M. de Courbon?
A dit que le sieur de Courbon a trente-cinq à quarante ans.
Enquise pourquoi, le sieur de Courbon ayant un âge si disproportionné de celui de la demoiselle de
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Moras, elle répondante a souffert les visites si fréquentes d'un homme dont Tâge si supérieur ne pouvait le faire regarder que comme dangereux ?
A dit que quoique le sieur de Courbon fût d'un âge assez avancé, elle n'a point regardé ses visites comme suspectes parce qu'il était autorisé par la dame de Moras à venir voir sa fille, et que d'ailleurs elle ne pouvait pas penser que M^^« de Moras fût capable de s'y attacher, attendu la disproportion d'âges.
Enquise combien duraient les visites du sieur de Courbon et si elles n'étaient pas ordinairement fort longues?
A dit que le sieur de Courbon venait plus ordinairement le matin et qu'il restait environ deux heures.
Enquise pourquoi elle n'a pas averti plus tôt la dame de Moras des visites que le sieur de Courbon faisait â la demoiselle sa fille, seul, puisqu'elle était particulièrement chargée de veiller sur sa conduite ?
A dit que la dame de Moras était instruite des visites que le sieur de Courbon faisait à la demoiselle sa fille, que le sieur de Courbon lui en rendait compte de son côté, et que, quand la dame de Moras venait voir la demoiselle sa fille ou quand la demoiselle allait chez madame sa mère, elle répondante
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et la demoiselle de Moras rendaient compte à la dame de Moras de ses visites.
Enquise ce que fit M"« de Moras et ce qu'elle dit quand elle répondante l'eut avertie, au mois de juillet dernier, des sentiments de la demoiselle de Moras pour le sieur de Courbon ?
A dit que la dame de Moras lui dit dans la cour du couvent où elle vint, qu'elle regardait ce qu'elle répondante lui avait écrit comme une bagatelle ; que sa fille était un enfant qui oublierait cela dans deux ou trois mois en lui donnant un habit ou un joujou; que cela était romanesque et qu'il fallait qu'elle eût lu des romans ; après quoi elle dit à la répondante de venir chez elle lui parler et elle s'en fut aussi voir la demoiselle sa famille ; que deux jours après elle répondante fut chez ladite dame de Moras, qui lui témoigna alors qu'elle ne regardait pas cette affaire comme une bagatelle ; que le sieur de La Mothe lui avait dit que la dame de Courbon à l'occasion de la demoiselle de Moras s'étant expliquée avec la demoiselle d'Aunay, pensionnaire au couvent du Chasse-Midy, sa bonne amie, des sentiments qu'elle avait pour le sieur de Courbon et de ceux que le sieur de Courbon avait pour elle, la demoiselle d'Aunay représenta à la demoiselle de Moras qu'une fille bien née ne devait prendre aucun engagement
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sans le consentement de sa mère, et même, n'en devait prendre aucun, désapprouva ensuite ladite demoiselle de Moras, ce qui occasionna entre elles une petite brouillerie dont la demoiselle de Moras rendit compte audit sieur de Courbon, qui avait dés lors projeté de sortir la demoiselle de Moras du couvent du Chasse-Midy, et le sieur de Courbon craignant que la demoiselle d'Aunay ne donnât avis à la dame de Moras des déclarations que mademoiselle sa fille lui avait faites, se détermina à faire écrire, elle répondante, à la dame de Moras pour cacher le projet qu'il avait formé, en même temps pour se disculper, elle répondante, la mettre à couvert de tout reproche, afin d'engager par ce moyen elle répondante à leur prêter la main et à favoriser le dessein qu'ils avaient projeté; que voilà le motif qui lui a fait écrire la lettre dont elle nous a ci-dessus parlé à M™« de Moras.
A dit qu'elle nous a dit la vérité, qu'elle n'a point eu d'autres motifs pour écrire à la dame de Moras que celui qu'elle nous a dit ci-dessus, que le sieur de Courbon et la demoiselle de Moras n'ont point eu d'intelligence avec elle pour écrire ladite lettre, qu'elle ignore s'il y avait un projet formé entre le sieur de Courbon et la demoiselle de Moras, qu'elle n'en a jamais eu connaissance; convient que la
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demoiselle de Moras airait didarë ses sentiments â la demoiselle d'Annay, qae la demoiselle d'Annay les avait désapprouvés; mais que ce n'est pas la oainte que la demoiselle d'Aunay en donnât avis à M"** de Moras qui a déterminé elle répondante i écrire ladite lettre.
S*il n*est pas vrai que, pour mieux cacher le dessein du sieur de Courbon et de la demoiselle de Moras et kire croire à la dame de Moras qu'elle répondante était de bonne foi et que le sieur de Courbon et la demoiselle de Moras n'avaient point connaissance de la lettre qu'elle lui avait écrite, quand elle vit la dame de Moras, elle la pria de n'en point parler à la demoiselle sa fille et insista pour que la dame de Moras brûlât la lettre, de crainte qu'on ne découvrit que c'était elle répondante qui avait donné cet avis ?
A dit que non, qu'il est bien vrai qu'elle avait marqué dans la lettre qu'elle a écrite à M"*® de Moras qu'elle la priait de la brûler et que quand elle Ta vue, elle l'a encore priée, par la crainte seulement qu'elle avait que le sieur de La Mothe ou le sieur de Courbon ne la vit.