MÈRE DE M. DE COURBON
Du 7 janvier 1738.
Fait venir de sa prison du Grand-Châtelet Esther Draud, veuve de François de Courbon de Blénac, demeurant ordinairement à Contré, native de Laroche-Bruno, paroisse de Breil-Barré, âgée de soixante-onze ans, après serment.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon son fils est venu en cette ville de Paris et a fréquenté la maison de la dame veuve de Moras, où il a connu la demoiselle de Moras sa fille, et ensuite a continué de la voir au couvent du Chasse-Midi, où la dame sa mère l'avait fait mettre ?
A dit qu'elle n'en a aucune connaissance; qu'il est vrai que son fils lui a dit qu'il connaissait et voyait la dame de Moras, mais qu'il ne lui a jamais
parlé de la demoiselle sa fille ; qu'elle savait bien que la dame de Moras avait une fille que Ton avait parlé de marier avec le fils du sieur de La Mothe, mais qu'elle ne connaissait que l'existence de ladite demoiselle sans en avoir entendu parler autrement.
A elle remontré qu'elle ne nous a pas dit la vérité, puisque le 1 6 ou 17 septembre elle répondante, conversant avec son fils qui était de retour de cette ville de Paris, elle lui demanda quelles étaient les habitudes et les personnes qu'il voyait à Paris; que son fils lui répondit qu'il voyait souvent la dame de Moras avec le sieur de La Mothe, et avait été voir la demoiselle de Moras au couvent du Chasse- Midi, mais que la dame de Moras lui ayant défendu d'y aller environ vers le mois de juin précédent, il avait cessé de l'aller voir, n'en avait eu depuis aucune nouvelle, ni n'en avait entendu parler.
A dit qu'elle n'a jamais demandé à son fils quelles étaient ses habitudes et les personnes qu'il voyait à Paris, qu'elle a cependant quelque idée de ce que nous lui demandons, mais qu'elle ne peut se ressouvenir de la conversation qu'elle a eue alors, ni même si cela lui a été dit depuis que la demoiselle de Moras est arrivée à Contré ou auparavant, mais qu'elle croit que c'est depuis l'arrivée de la demoiselle de Moras.
S'il est pas vrai, au contraire de ce qu'elle nous dit, que le sieur de Courbon son fils avait instruit elle répondante des idées qu'il avait d'enlever la demoiselle de Moras à sa famille, même dans le temps que la dame de Moras se proposait de la marier au sieur de La Mothe fils, et du projet qu'il avait conçu depuis la mort du sieur de La Mothe fils de l'enlever en personne, et sur le refiis de la demoiselle de Moras de se laisser enlever, du dernier projet qu'il a exécuté en s'abstenant de voir ladite demoiselle, suivant l'ordre de la dame sa mère, mais en lui écrivant et recevant de ses lettres par le moyen de la gouvernante de ladite demoiselle de Moras, qui recevait les lettres que le nommé Deschamps, laquais du sieur de Courbon, lui apportait par le moyen d'un petit panier à ouvrage qu'elle descendait par la fenêtre qui donnait sur la rue, avec une ficelle, pendant le temps que ledit sieur de Courbon a resté en cette ville de Paris, et depuis son départ par le moyen de la nommée Groslay, couturière, qui rendait à la gouvernante de la demoiselle de Moras les lettres qu'elle recevait par la poste du sieur de Courbon, et que pour réussir dans son projet et se mettre à couvert ainsi qu'il le pensait des poursuites que l'on pourrait faire contre lui, il avait fait un projet de lettre qu'il avait donné à la
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Au XVIII^ Siècle
S'il n'est pas vrai que quand la demoiselle de Moras esf arrivée, le sieur de Courbon Ta présentée à elle répondante en lui disant que c'était sa femme, sur quoi elle répondante lui dit qu'elle ne le croyait pas marié, à quoi le sieur de Courbon lui dit qu'il espérait qu'elle lui pardonnerait de s'être marié sans lui en avoir parlé ?
A dit que non, que le sieur de Courbon ne lui a jamais tenu un pareil discours en lui présentant la demoiselle de Moras, qu'il lui dit seulement : « Voilà M"« de Moras ! » qu'elle répondante fut fort surprise, regarda son fils qui parut de même surpris, et revenus de cette première surprise, elle répondante dit à la demoiselle de Moras pourquoi elle était venue ainsi ; que ladite demoiselle lui dit qu'elle était fort fatiguée et n'avait point encore déjeuné, quoiqu'il fût environ deux à trois heures après midi; qu'elle répondante lui fit servir un morceau à manger, et, après qu'elle eut bu un coup, elle tira de sa poche la copie de la lettre qu'elle avait écrite à k dame sa mère, de Poitiers, et dit à elle répondante : a Madame, voilà de quoi il s'agit! » et commença à faire la lecture de ladite lettre ; mais comme elle était extrêmement fatiguée, elle se retira dans la chambre qu'on lui avait préparée pour se coucher, et depuis nous a dit que ladite demoiselle ne s'était point
retirée alors, mais que le sieur de Courbon acheva la lecture de ladite lettre, après laquelle lecture, elle répondante lui dit, voyant bien que c'était une équipée de jeunesse, qu'il fallait qu'elle écrivît à Madame sa mère pour lui donner avis qu'elle était arrivée à Contré afin qu'elle envoyât quelqu'un pour la rechercher; qu'après le souper, la demoiselle de Moras et le sieur de Courbon son fils ont écrit à la dame de Moras, qu'elle répondante a mis les lettres dans un paquet cacheté et les a envoyées par un exprès pour joindre la poste à huit lieues dudit lieu de Contré, n'ayant pas cru pouvoir mieux faire et ne lui étant pas venu alors en idée de la faire conduire dans un couvent.
S'il n'est pas vrai que le sieur de Courbon alla le soir même coucher avec la d'emoiselle de Moras quand elle fut retirée dans la chambre qu'on lui avait préparée ?
A dit que non, qu'elle n'est point faite à souffrir pareille chose et surtout dans sa maison, et que si le sieur de Courbon a couché avec la demoiselle de Moras, ce qu'elle ne sait point, ce n'est qu'une seule nuit qui est la nuit du 8 au 9 du mois de novembre dernier, parce que ledit jour le sieur de Courbon avait épousé la demoiselle de Moras.
Enquise comment elle sait que son fils a
Au XVIII^ Siècle 327
épousé la demoiselle de Moras le 8 de novembre ?
A dit que c'est parce que son fils le lui a dit et qu'elle a même signé comme témoin l'acte de la célébration de mariage, lequel acte lui a été présenté à signer dans sa chambre.
Enquise si elle a été présente à la célébration du mariage et en quel lieu le mariage a été célébré, si c'est dans l'église de la paroisse ou ailleurs ?
A dit que le mariage a été célébré dans Téglise de la paroisse, qu'elle y était présente quoique éloignée, parce qu'elle ne peut pas beaucoup marcher, et qu'ayant une porte de son château qui donne dans l'église, il y a en dedans de l'église, prés ladite porte, un prie-Dieu sur lequel elle répondante était, et qu'après la cérémonie faite, elle répondante est entrée dans sa chambre où le curé a apporté le registre qui a été signé tant par elle répondante que par les autres témoins.
Enquise si elle a entendu la messe du mariage ?
A dit que non, qu'il était environ une heure lorsque le mariage a été fait, et que le curé n'a point dit la messe ledit jour parce qu'il était incommodé.
Enquise si le sieur de Polizy qui était arrivé le matin était présent à la célébration dudit ma-» riage?
A dit que non et qu*elle ne sait pas où était alors le sieur de Polizy.
A elle remontré qu'il est difficile de concilier ce qu'elle vient de nous dire, nous ayant d'abord dit qu'elle n'avait aucune connaissance que son fils eût séduit la demoiselle de Moras, qu'elle fut surprise quand elle la vit arriver chez elle, qu'elle connut bien alors que c'était une équipée que cette demoiselle taisait, qu'elle l'avait même engagée à écrire à la dame sa mère pour qu'on la vint rechercher, et que cependant elle avait été présente et témoin au mariage que son fils avait fait avec ladite demoiselle, ce qui fait connaître qu'elle est complice et a participé à la séduction que son fils a faite de ladite demoiselle, puisqu'elle convient qu'elle a connu que c'était une équipée que ladite demoiselle avait faite et que néanmoins elle a consenti à son mariage avec son fils ?
A dit que c'est la complaisance qu'une mère a pour ses enfants qui l'a engagée à cela, outre qu'elle trouvait le mariage convenable, puisque si la demoiselle de Moras apportait du bien à son fils, son fils lui donnait de la qualité et de la considération qu'elle n'avait pas, et que, d'ailleurs, son fils ayant trenie-cinq ans passé était le maître de ses actions.
A elle remontré qu'elle ne nous dit pas la vérité
quand elle nous dit que le mariage a été fait le 8 de novembre, puisque c'est le jour de la fête de tous les saints, i*"^ novembre, le soir après les vêpres des morts^ que le mariage a ^té fait ?
A dit qu'elle s'est trompée quand elle nous a dit que le mariage avait été célébré le 8 du mois de novembre, que si elle l'a dit c'est parce que l'acte est daté du 8 novembre, mais qu'il est vrai que le mariage a été célébré le jour de la Toussaint, après les vêpres des morts; que cela ne lui paraît d'aucune conséquence, et ne sait pas les raisons que son fils a eues de faire laisser la date en blanc et de la faire remplir du 8 du mois de novembre.
S'il est pas vrai que le curé de Contré ayant refusé au sieur de Courbon de faire son mariage, le sieur de Courbon le vint dire à elle répondante qui lui dit : « Je parlerai au curé et je lui ferai bien faire! »
A dit que non, que jamais son fils ne lui a dit que le curé refusait de faire son mariage, et qu'elle répondante n'a jamais dit qu'elle le lui ferait Êiire.
S'il est pas vrai que pour engager ledit sieur curé à faire ledit mariage, elle répondante lui a donné la somme de 500 livres?
A dit que non, qu'elle ne lui a jamais rien offert ni promis.
Enquise pourquoi, si elle n'était pas complice du sieur de Courbon son fils, elle n*a pas obligé la demoiselle de Moras de s'en aller avec le sieur de Polizy son oncle ?
A dit que la demoiselle de Moras lui avait dit qu'elle ne voulait pas s'en aller avec le sieur de Polizy.
A elle remontré que ce qui Élit connaître qu'elle avait connaissance du projet de son fils et qu'elle était complice de la séduction, c'est qu'aussi, lorsquç la demoiselle de Moras a été arrivée, non seulement elle a consenti au mariage, mais même elle a donné son anneau pour servir à la demoiselle de Moras ?
A dit qu'elle n'a rien à nous répondre, qu'il est vrai qu'elle a donné son anneau à la demoiselle de Moras parce qu'elle le lui avait demandé.
Lui avons représenté deux contrats de célébration de mariage d'entre le sieur de Courbon son fils et la demoiselle de Moras, extraits des deux registres de mariage par Gallard et Audureau, notaires royaux, dont l'un extrait du premier registre en date du 8 novembre, et l'autre extrait sur le second registre; la date est restée en blanc. Interpellée de, les reconnaître et de déclarer si ce ne sont pas les extraits du mariage qui a été fait entre le sieur de Courbon son fils et la demoiselle de Moras ?
Au XVI 11^ Siècle 331
A dit que oui, qu'elle les reconnaît pour avoir signé les originaux sur les deux registres.
S'il est pas vrai que depuis que la demoiselle de Moras est partie de Contré, elle répondante, son fik et le curé dudit lieu ont concerté ensemble pour trouver les moyens de soustraire les registres de la paroisse, et que pour cet eflfet le curé les avait ôtés de son église et les avait toujours dans ses poches ?
 dit que non, et que le curé ne laisse jamais les registres dans son église parce que l'église a pensé être volée, qu'il les emporte toujours chez lui, et que s'il les avait dans ses poches, apparemment que c'était qu'il en avait besoin pour quelque baptême ce jour-là.
S'il est pas vrai que son fils, lui, est convenu que c'est lui qui avait donné à la demoiselle de Moras la lettre qu'elle avait écrite de Poitiers à la dame sa mère, surtout dans le temps qu'il en a envoyé des copies à plusieurs personnes en cette ville de Paris?
A dit que non ; qu'elle n'a jamais cru que son fils ait écrit ladite lettre, étant trop bien écrite; qu'elle n'a pas pensé non plus que ce pût être la demoiselle de Moras et qu'elle ne l'a pu penser qu'après qu'elle a eu entendu la demoiselle de Moras parler à
M. de Polizy comme elle a ^ fait pendant prés de trois heures.
Enquise pourquoi elle répondante, si elle eût été dans la bonne foi comme elle vient de nous le dire, n'a pas déclaré au sieur de Polizy et au sieur Peirenc, quand ils sont arrivés, que la demoiselle de Moras était mariée avec le sieur de Courbon son fils ?
A dit que si elle ne Ta point déclaré au sieur de Polizy et au sieur de Peirenc, c'est parce qu'elle avait entendu dire à son fils, en parlant à la demoiselle de Moras, que si madame sa mère l'envoyait chercher, il se rendrait à Paris quinze jours après elle, et qu'il le dirait lui-même à la dame de Moras, parce qu'il était juste qu'elle le sût la première.
Enquise pourquoi son fils n'est point venu à Paris pour le dire à la dame de Moras, comme elle vient de nous dire qu'il avait projeté de le faire, ce qui fait connaître qu'il n'avait nul dessein de le dire lui-même à la dame de Moras, et que si elle répondante ne Ta pas déclaré à M. de Polizy et au sieur Peirenc quand ils sont arrivés à Contré, ce n'est pas par le motif qu'elle nous a dit, puisqu'il ne se trouve pas vrai, mais plutôt parce qu'elle répondante voulait cacher la séduction que son fils et elle avaient pratiquée envers ladite demoiselle?
Au XriII* Siècle 333
A dit que si son fils n'est pas venu à Paris, c'est parce que l'oncle poursuivait, qu'elle ne sait pas d'ailleurs si il n'y est pas venu, qu'elle ne sait même pas où il est présentement, mais qu'elle n'a jamais eu d'autre motif pour ne le point découvrir à M. de Polizy et au sieur Peirenc, et qu'elle n'a jamais participé à aucune séduction de la demoiselle de Moras et ne sait ce qu'on veut lui dire, etc.
Du 20 mars 1738.
S'il est pas vrai qu'elle a su que la dame de Moras avait une fille et que cette fille avait été destinée en mariage au fils du sieur La Mothe-Houdancourt?"
A dit que oui.
S'il est pas vrai que c'est le sieur de Courbon son fils qui le lui a appris ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon, étant retourné au village de Contré, dit à elle répondante que le mariage avait manqué parce que le fils du sieur de La Mothe était mort ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon ne lui a parlé de ce mariage qu'en lui disant en même temps
Un Enlivement
ce qu'il avait fait pour engager la demoiselle de Moras à se marier avec lui sieur de Courbon?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon lui a dit que la mort du sieur de La Mothe fils avait été pour lui une occasion sûre de réussir dans le projet qu'il avait formé de séduire la demoiselle de Moras et de se marier avec elle ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'il lui a dit qu'il était parvenu â engager la demoiselle de Moras i venir an village de Contré pour se marier avec lui ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'il lui a dit encore qu'il avait gagné la gouvernante de ladite demoiselle et que la dame de Moras ayant fait défense que lai sieur de Courbon vît la demoiselle sa fille. Il avait trouvé le secret d'avoir un commerce de lettres avec la demoiselle de Moras et de lui faire trouver de l'argent pour son voyage ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'il lui a encore dit qu'il avait pris des mesures avant son départ de Paris, avec h gouvernante de ladite demoiselle et la nommée Groslay, couturière, pour continuer le commerce de lettres avec ladite demoiselle de Moras ?
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334 ^^^ Enlèvement
ce qu'il avait fait pour engager la demoiselle de Moras à se marier avec lui sieur de Courbon ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon lui a dit que la mort du sieur de La Mothe fils avait été pour lui une occasion sûre de réussir dans le projet qu'il avait formé de séduire la demoiselle de Moras et de se marier avec elle ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'il lui a dit qu'il était parvenu à engager la demoiselle de Moras à venir au village de Contré pour se marier avec lui ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu*il lui a dit encore qu'il avait gagné la gouvernante de ladite demoiselle et que la dame de Moras ayant fait défense que lui sieur de Courbon vît la demoiselle sa fille, il avait trouvé le secret d'avoir un commerce de lettres avec la demoiselle de Moras et de lui faire trouver de l'argent pour son voyage ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'il lui a encore dit qu'il avait pris des mesures avant son départ de Paris, avec h gouvernante de ladite demoiselle et la nommée Groslay, couturière, pour continuer le commerce de lettres avec ladite demoiselle de Moras ?
Au XVIII^ Siècle 335
A dit que non.
S'il est pas vrai qu*il lui a dit qu'à la première occasion favorable, c'est-à-dire au premier voyage que la dame de Moras ferait à la campagne, la demoiselle de Moras et sa gouvernante devaient partir aussi pour se rendre au village de Contré ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon ayant appris par une lettre de la demoiselle de Moras que la dame de Moras était indisposée et qu'elle n'avait pas trouvé l'occasion de partir avec sa gouvernante pour se rendre à Contré, il en fit part à elle répondante ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que ce retardement de la demoiselle de Moras inquiéta le sieur de Courbon et elle répondante dans la crainte qu'ils avaient que le projet fCit découvert et ne réussît pas ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon n'est point sorti de Contré depuis qu'il y a été arrivé, parce qu'il attendait toujours la demoiselle de Moras ?
A dit qu'il est vrai que le sieur de Courbon n'est point sorti de Contré depuis qu'il y est arrivé, parce qu'il tenait compagnie à elle répondante et l'aidait à
faire ses vendanges, mais qu'elle n'a aucune connaissance qu'il y fût demeuré pour attendre la demoiselle de Moras.
S'il est pas vrai que la demoiselle de Moras et sa gouvernante sont arrivées à Contré, dans une chaise de poste à deux, le 3 1 octobre dernier ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai que la chaise de poste était accompagnée d'un laquais à cheval ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai qu'elle sait et a eu connaissance que la chaise de poste, en sortant de Paris, avait été attelée de deux chevaux d'amis conduits par un postillon bourgeois ?
A dit qu'elle a appris par la demoiselle de Moras que son laquais avait été chez un loueur de chevaux pour conduire la chaise jusqu'à la première poste, mais que le loueur de chevaux avait refusé d'en fournir, pour quoi la demoiselle de Moras lui avait donné un billet qu'elle avait signé de Courcelles, mais n'a aucune connaissance si la chaise a été attelée de deux chevaux d'amis, ni conduite par un postillon bourgeois.
S'il est pas vrai qu'elle a eu connaissance à qui appartenaient lesdits chevaux et quel était le postillon ? ^
■SBW?
Au XVIII^ Siècle 337
A dit que non, qu'elle a su seulement par ouïdire que c'étaient des chevaux de louage.
S'il est pas vrai que la demoiselle de Moras et sa gouvernante étant arrivées, elle répondante et le sieur de Courbon ont été les recevoir ?
A dit qu'elle répondante ayant été avertie qu'il venait d'arriver une chaise et deux dames dedans, son fils lui demanda si elle attendait compagnie, lui ayant répondu que non, mais qu'il en pouvait bien venir sans qu'elle les attendit, elle dit à son fils d'aller les recevoir et leur donner la main pour descendre; que pendant qu'il y était allé, elle répondante se mit à la fenêtre et les vit descendre de la chaise.
S'il est pas vrai qu'elle répondante et le sieur de Courbon ne furent surpris de voir arriver la demoiselle de Moras que parce qu'ils avaient été alarmés du retardement et qu*ils n'avaient point reçu de nouvelles précises du départ ?
A dit que non et qu'elle ne les attendait pas.
S'il est pas vrai qu'elle répondante fit un très bon accueil à la demoiselle de Moras, parce qu'elle devint sa bru ?
A dit que lorsque la demoiselle de Moras est entrée en §on appartement, elle l'a embrassée sans savoir qui elle était, et que si elle lui a &it un bon accueil, c'est parce qu'elle est dans l'habitude de
SU cit pE» T» fi'dic Qrx!tuja vxuffatM, èés oc ttwçi^f d pcnucTcat ^*^ ' T p€r<ire pour faire k au r a g e ?
A dit qae ocra; qac Icik voteot pjrfé de nuna^; qœ la enrem eoseiiible, après qoe b Aiiwwlt <&e eut coomieDcé la lectore de la kttze fs'^efie écrite de Poitiers a la dame sa mère et qae k de Qmrboa Tetit achevée, commença par k de Gmrboo, <)oi dit à ladite demotsdk q[a*Eiie vatt revenir de la surprise où il était de îi voir ce ce Heu, et surtotit avec h demoiselle Gorry : « Car voui^ oc savez {>as, mademoiselle^ en parlant à la demoiselle de Moras, que c'est b demoiselle Gony qui a écrit à madame votre mère les sentiments décidés que vous avez pour moi » ; que la demoiselle Gorry, prenant la parole, voulut nier le fût, mai» que le sieur de Courbon lui répliqua : « Vous ne pouvez pas le nier, parce que j'en suis sûr a n'en pouvoir douter; ce n'est pas que je vous en veuille mal, vous avez fait votre charge, et je serais fâché que M"- de Moras vous en sût mauvais gré »;
Au XVIII^ Siècle 339
qu'alors la demoiselle Gorry lui dit : « Eh bien! monsieur, puisque vous le savez, il faut vous l'avouer; mais vous ne savez pas tout, car si vous me saviez mauvais gré de la lettre que j'ai écrite à M"** de Moras, vous m'en sauriez bien davantage, car je vous dirai que quelques jours après la lettre, j'allai chez M»« de Moras pour lui parler, parce qu'elle n'était pas venue au couvent; je ne la trouvai point parce que pendant ce temps elle était venue au couvent où elle ne me trouva pas non plus; mais quelques jours après, je la trouvai dans les rues dans son carrosse, qu'elle fit arrêter, et je lui ait dit que j'avais été surprise de ce qu'elle n'était point venue voir la demoiselle sa fille depuis la lettre qu'elle lui avait écrite » ; que la dame de Moras lui dit de lui raconter toutes ces affaires-là, et qu'après lui avoir dit tout ce qu'elle pouvait lui dire au sujet des sentiments que la demoiselle sa fille avait pour le sieur de Courbon^ la dame de Moras avait mis ses deux mains sur ses deux côtés et s'était mise à rire de tout son cœur, dont elle Gorry parut très surprise de voir la dame de Moras prendre cette affaire aussi gaillardement, ce que voyant, elle lui dit qu'elle la priait de voir la demoiselle sa fille pour savoir par elle-même ses sentiments et de lui dire les siens ; que la dame de Moras n'avait pas été voir sa fille.
que cela l'avait beaucoup inquiétée; pourquoi elle était retournée chez la dame de Moras, i laquelle elle avait dit que la demoiselle sa fille était extrêmement inquiète ; qu'elle ne pouvait demeurer ea place ni s'occuper à rien, et qu'elle lui demandait en grice de finir cette affaire-là; que la dame de Moras avait toujours regardé la demoiselle de Moras comme une enfant , mais qu'elle se trompait , qu'elle avait beaucoup d'esprit et qu'elle était capable de prendre quelque parti violent ; que tout ce qu'elle pouvait faire était de l'en avertir ; que sur cela M" de Moras l'avait querellée et lui avait dit qu'elle l'ennuyait et qu'elle lais'àt faire à sa ftlle ce qu'elle voudrait et qu'elle ne lui en cassât plus la tête ; que depuis ce temps-là 3le n'avait plus rien dit à la dame de Moras au sujet de la demoiselle sa fille; et s'adressant au sieur de Courbon, elle lui dit : « Cependant, monsieur, vous ne savez pas cela, je vous l'apprends »; qu'alors le sieur de Courbon lui dit : o C'est que M°" de Moras savait que je ne voyais plus sa fille, que je ne lui écrivais point et que je n'envoyais même pas savoir comment elle se portait » ; et s'adressant à la demoiselle de Moras il lui dit : < Vous savez, mademoiselle, la vérité, et que je ne vous ai ni vu, ni écrit, ni envoyé savoir de vos nouvelles »; que
Au XVIII^ Siècle 541
la demoiselle de Moras répondit : « C'est vrai. »
S'il est pas vrai qu'elle répondante prit soin d'entretenir la demoiselle de Moras dans les idées qu'elle serait heureuse avec le sieur de Courbon ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le jour même de l'arrivée de la demoiselle de Moras et de la gouvernante, elle répondante et le sieur de Courbon envoyèrent chercher le curé pour lui proposer de feire le mariage ?
A dit que non.
S'il est pas vrai que le curé de Contré étant venu chez elle répondante, il marqua d'abord de la résistance à faire ledit mariage et ne s'est ensuite prêté à le faire que parce qu'elle répondante et le sieur de Courbon lui firent de grandes promesses et l'assurèrent qu'il ne lui en arriverait rien, qu'ils avaient assez de crédit pour l'exempter du séminaire et lui procurer même un bénéfice plus considérable s'il était privé ou obligé de quitter sa cure ?
A dit que cela n'est point vrai.
S'il n'est pas vrai que le jour de la fête de tous les saints, au matin, elle répondante et le sieur de Courbon ont envoyé chercher le curé dudit lieu de Contré, et étant à la fin parvenus à l'engager à £iire le mariage, le sieur de Courbon fut à l'instant en
Élire part â la demoiselle de Moras, qui était dans une chambre particulière avec sa gouvernante ?
A dit qu'elle ni son fils n'ont envoyé chercher le curé ledit jour; qu'il est vrai que le curé est venu, suivant qu'il a coutume de le faire, pour savoir si Ton était prêt pour la messe ; qu'elle n'a point vu le sieur de Courbon parler au sieur curé, et n'a point eu de connaissance si le sieur de Courbon a dit quelque chose à ce sujet â la demoiselle de Moras.
S'il est pas vrai qu'il fut convenu avec le sieur curé que le mariage se ferait dans ledit jour fête de tous les saints, après l'oflSce divin, quand tout le monde serait sorti de l'église et que les portes seraient fermées ?
A dit que le sieur de Courbon lui a bien dit que le mariage se ferait le jour de la fête de tous les saints, après l'ofiice divin, quand tout le monde serait sorti de Téglise et que les portes seraient fermées , mais qu'il ne lui a point dit cela en présence du curé ni de la demoiselle de Moras, et qu'il lui a dit que la raison pour laquelle il se pressait ainsi c'était parce que la demoiselle de Moras lui avait dit qu'il n'y avait point de temps à perdre, parce que la dame de Moras, sa mère, avait laissé à Paris un laquais pour aller s'informer tous les jours de l'état de sa santé, que ce laquais étant allé en campagne,
■Éi
Au XVIII^ Siècle 343
qu'elle avait profité de ce temps pour foire le voyage; que ce laquais pourrait être revenu le jour de leur départ et que la dame de Moras pourrait l'envoyer, et qu'il arriverait peut-être dans un ou deux jours; sur quoi, elle répondante dit à son fils qu'il prît garde à ce qu'il allait faire, qu'il était son maître; que le sieur de Courbon lui répondit qu'il croirait son honneur engagé s'il ne réparait pas celui de la demoiselle de Moras après ce qu'elle avait fait pour lui.
S'il est pas vrai que le jour de la fête de tous les saints , elle répondante fut à l'église , assista aux vêpres des morts et resta dans l'église pour assister à la célébration dudit mariage ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai qu'après l'ofiice divin fini et tout le monde sorti de l'église, à l'exception d'elle répondante, le nommé Pillot, père du curé, ferma les portes de l'église, et fiit ensuite, avec le curé, son fils, qui était en surplis, au-devant du sieur de Courbon et de la demoiselle de Moras pour les avertir ?
A dit que non.
S'il est pas vrai qu'après le sieur de Courbon, et la demoiselle de Moras et sa gouvernante, le curé et le père du curé et le nommé Deschamps entrèrent en l'église par une porte de communication de la
344 ^^ Enlèvement
maison dudit sieur de Courbon, qui donne dans l'église ?
A dit qu'elle ne s'en souvient pas.
S'il est pas vrai qu'elle répondante sortit de son banc et s'approcha avec les autres du balustre, et qu'aussitôt le curé entra dan«! le sanctuaire, prit son étole, et donna la bénédiction nuptiale au sieur de Courbon et à la demoiselle de Moras ?
A dit que oui.
S'il est pas vrai que la cérémonie finie ils se retirèrent tous dans la chambre d'elle répondante, par la porte de communication qui donne dans l'église, et que l'acte de mariage y fut dressé et signé?
A dit que oui.
S'il est pas vrai qu'avant le salut, le curé fut dans la maison d'elle répondante pour y prendre les noms et qualités du sieur de Courbon et de la demoiselle de Moras ?
A dit qu'elle n'en sait rien, parce qu'elle était dans l'église dés les premières vêpres, et qu'elle n'en sortit qu'après la célébration dudit mariage.
S'il est pas vrai que l'acte de célébration du mariage fut inscrit sur deux registres et signé de tout le monde et que la date en fut laissée en blanc?
A dit que oui.
S'il est pas vrai que ce fut le sieur de Courbon
Au XVIII^ Siècle
qui pria le curé de laisser la date en blanc et qu'il lui marquerait celle qu'il lui fallait donner ?
A dit qu'elle a bien su que la date a été laissée en blanc, mais que dans le moment elle ne le savait pas, et qu'elle n'a pas entendu le sieur de Courbon dire au curé qu'il lui marquerait la date qu'il lui fallait donner.
S'il est pas vrai que le sieur de Courbon et elle répondante remercièrent le curé et son père de ce qu'ils avaient bien voulu prêter son concours, et promirent au père du curé de lui donner pour présent de noces une chaudière pour brûler ses eaux-de-vie?
A dit que pour elle répondante, elle n'a rien promis ni donné au curé ni à son père, n'a point eu connaissance que son fils leur ait rien promis ou donné.
S'il est pas vrai qu'il fut convepu entre eux tous de tenir le mariage secret, et qu'en cas qu'il vint à être découvert, on tiendrait tous le même langage?
A dit qu'il est vrai que le sieur de Courbon a dit qu'il fallait tenir le mariage secret, mais qu'il n'a pas été convenu qu'ils tiendraient tous le même langage.
S'il est pas vrai qu'il fut encore convenu que l'on dirait que c'était par hasard que le père du curé s'y
était tiouvé, que le mariage avait été célébré le jour de sa date, et que le curé n'avait célébré le mariage qu'après des sommatioQs verbales à lui faites par le sieur de Courbon et les déclarations faites par lui et la demoiselle de Moras qu'ils se prenaient pour mari et femme et qu'ils allaient consommer le mariage ?
A dit qu'elle n'a pas ouï parler de cela ou qu'elle ne s'en souvient plus.
S'il est pas vrai qu'elle fat charmée de ce que le mariage était fait, qu'elle fit part de sa joie à la demoiselle de Moras et l'assura qu'elle serait heureuse?
A dit que cela est vrai; dit de soi que pendant tout le temps que la demoiselle de Moras a été chez elle répondante, elle répondante était fort inquiète et le cœur très serré, et que quand ladite demoiselle fut partie, elle a ressenti beaucoup plus de tranquillité, daus la crainte où elle avait toujours été qu'il n'arrivât quelque chose de fâcheux en sa maison.
S'il est pas vrai qu'elle répondante et le sieur de Courbon se sont flattés que ce mariage aurait lieu, et que mSme ce serait un moyen sûr pour obliger la famille de la demoiselle de Moras à y consentir et lui imposer silence P
A dit qu'elle n'a jamais pensé que ce mariage
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imposerait silence à la famille de la demoiselle de Moras, mais elle se flattait que la dame de Moras enverrait sa procuration.
S'il est pas vrai que depuis que le mariage a été célébré, elle répondante et son fils se sont entretenus souvent des suites que ce mariage pourrait avoir ?
A dit qu'elle ^n a parlé plusieurs fois avec le sieur de Courbon, et que toutes les suites qu'ils ont prévues étaient ou que M"* de Moras enverrait sa procuration, ou, comme le sieur Peirenc leur avait fait entendre quand il a été à Contré, que ce mariage était convenable et qu'il ferait de son mieux auprès de la famille pour les y faire consentir.
S*il est pas vrai qu'elle répondante et le sieur de Courbon n'ont eu d'autre attention que de faire entendre à la demoiselle de Moras qu'elle devait tout prendre sur son compte, parce que par là les autres se trouveraient déchargés, et que pour elle, elle n'avait rien à craindre ?
A dit que non à son égard , et au surplus n'en a jamais entendu parler par le sieur de Courbon son fils.
S'il est pas vrai qu'elle répondante et le sieur de Courbon ont instruit la gouvernante de la demoiselle de Moras sur ce qu'elle avait à dire pour sa jus-