‹ Un épicurien sous la terreurChapitre 3 sur 29 · CHAPITRE ME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ME

Arrtvée à Monlbard. — HérFiuît de S^chelîes n-i-\] vu HiilTon "? — Enthousiai^me et ironie. — La gouyerniinte et ic chapelain. — lîu futur MoiitesquÎRii. —La Visilc tt Bttffonel les Huit jours chez M, Ht-nan.

Sur les lianes de la col Une, où s'appuie la petite ville de Montbaid, s'étage un des plus beaux parcs de la France. Les platanes ton (Tus, les pins gigantesques, les robustes marronniei's eu cohortes serrées escaladent les terrasses^ que soutiennent les murailles d'un chAteau féodal ; un haut donjon couronne la cime et règne au loin dans le cieL Sons la vcrdtire opulente, ou jouit pendan t Tété d'une fraîehenr délicieuse ; rautomne y répand à |>ro fusion ses ors lumineux. C'est à M. de BufTon que Montbard doit cet ombrage. Sa calme maison est encore assise au bas de la coilinc; chaque matin il gravissait ces terrasses, qu'il avait plantées, contemplait la

vallée somptueuse et s'enfermait dans la vieille tour, que son génie illuminait comme un phare. Buffon n'est plus guère lu que par les enfants, qui apprennent, en bâillant, ces descriptions d'animaux qu'il s'imposait à lui-même comme une tâche. C'est un de nos plus grands savants. Le premier, il a tracé une magnifique ébauche de l'histoire du globe, dont les principaux traits ont demeuré, dont les erreurs mêmes ont été fécondes. Il a créé la science de la vie et Ta fait, du même coup, entrer dans la littérature. Comme Newton avait assigné à la terre son point modeste dans l'immensité, BulTon a replacé l'homme dans le cadre de la nature, en lui laissant le premier rang. Il est encore un de nos grands poètes. Victor Hugo le tenait pour tel. On trouve chez lui, bien plus que chez Rousseau, le grand sentiment de la nature. Tandis que Voltaire et quelques autres guitaristes aniusaient un siècle badin, il chantait tout seul les vastes combats des éléments et les vicissitudes infinies des êtres. Ses contemporains lui rendaient justice. Mirabeau l'appelait le plus grand honime de son siècle. De son vivant, Louis XV lui faisait élever une statue au Jardin

i* HËRAULT DE StGIlELLKS

des Plantes et Louis XVt h rentrée de son cabîneL On y lisait la fameuse inscription : Majes^ tali nafurœ par ingen'mm.

Pour Hérault de Séchelb^s, Bufron est le messie des temps nouveaux. Par lui, la nature et la raison, e'esl-à-dîrc la science, ont détrôné la foi ; elles assurent à Thomme, par Texercice de son intelligence, la conquête indéfinie du monde\ Avant d'entrer ait Parlement, le jeune homme résolut de visiter ce grand solitaire.

L'idée de Fentretenir le transportail d'inquiétude et de joie, et il répétait cette phrase musicale du Télémaqm : « Le vieillard Aristonoùs yiyail seul dans Tîle de Dèlos. Il chantait sur une lyre d'or les révolutions des sphères célestes, les merveilles de la nature, les grâces, ramilié, la vertu », Mis au courant du désir de ce néophyte, le châtelain de Montbard consentit à le recevoir. Hérault lui écrivit aussitôt une lettre

^ rt Tous ces exemples mûdemes et récents prouveut que Thomme n'a counu que tard l'étendue de sa puissance, et que même il ne la connaît pas encore asseï ; elle dépend en entier de rexcrcice An son intelligence ; ainsi plus il observera, plus il cultivera la nature, plus il aura de moyens pouv *e la i^oumettre et de facilités pour tirer de son sein des richesses nouvelles ^ sans diminuer les trésors de son iué[juisahle fécondité, u Dei? Époques de la nature. Ed. Lanessau, t. II ^ p. 135,

OÙ se peignait radraiiation la plus vive ; « Je regarderai cette Époque comme la plus glorieuse de ma vie, si vous voulez Lien m'honorer d'un peu d'amitié, si l'interprète delà nature daigne quelquefois communiquer ses pensées à celui qui devrait être Tinterprète de la société. » C'était là de bien grands mots pour un ironiste.

M. r Avocat général partit pour Montbard, suivi de son valet de chambre. 11 relisait en route les Vues sur la nalure. En arrivant à Semur, sa dernière étape, il apprit que Buffon était malade, qu'il endurait des douleurs de pierre excessives et se refusait même à voir les siens ; mais au bout de trois jours, on lui fit dire qu'on Tattendait. ïl aperçut enfin la tour de Montbard, ses jardins, ses terrasses, ses coteaux verdoyants; dans une rue de la petite ville, voici le château de Buffon, qui ressemble a une maison de Paris; le jeune comte de Buffon vient à sa rencontre, lui fait traverser le salon, <t orné de tous les oiseaux enluminés, tels qu'on les voit dans la grande édition de F Histoire naturelle », et rintroduit dans la chambre de son père. Buflbn parut majestueusement, en ouwant les deux bras, Hérault, pour lui plaire,

fi UÉRACLT DK SÉCHELLES

nsml revêtu un bel habit doré, comme n'en portaient plu^^ que les vieux seîgneui'S ; il prit encore soin de l'appeler : M. le Comte. Le vieillard, malgré ses souffrances, était « frais comme un enfant et tranquille comme en santé M ; ses cheveux étaient soigneusement frisés à cinq petites boucles flottantes; il portait une robe de chambre jaune, parsemée de raies blaoehes et de fleui^ bleues. Telle fut Farrivée d'Hérault de Séehelles, à Monlbard, d'après !e récit qu'il nous a laissé de sa visite. C'est ici que se pose une épineuse question : Hérault de Séehelles a-t-il vraiment vu Buffon ? A't-il été reçu par lui? — Non, répond sans hésitation le neveu du grand homme, M, NadauU de Buffon . Le secrétaire de Butfon, M, Humbert Bazile, n'est pas moins formel ; il affirme qu'Hérault de Séehelles, blessé d'un refus causé par la maladie, passa quelque temps à Semur chez M, Godard, avocat au Parlement, qu'il se rendit ensuite à Monlbard et y écrivit sa Vigile à Bu //on sans avoir jamais vu celui qu'il cherchait. On trouve en effet dans le Journal de Paris, à la date des 4 et 6 mai 1788, un article de Tavocat Godard sur BufTon, où sont

reproduits la plupart des anecdotes et des traits déjà cités par Hérault de Sécliellcs. Mais à Tappui de Topinion contraire existe un document décisif. C'est une lettre du fils de Bu (l'on h M^*^ x^ecker datée du 30 octobre 1785: « M. Hérajult do Séclielles, écrit ce jeune homme, qui vient d'être nommé avocat général, lui ayant demandé la permission de venir passer quelque temps à Montbard, papa avait répondu qu il le verrait avec plaisir ; mais c'était avant de tomber malade. M. Hérault est arrivé ce matin; papa le voit de temps en temps lorsque son état le lui permet, et je tâche de le suppléer et de tenir compagnie de mon mieux h ce jeune magistrat, qui prévient beaucoup en sa faveur et qui est fort aimable et très instruit*. »

Hérault de Séchclles arriva donc à Montbard le 30 octobre au matin ; son opuscule étant daté du mois d'octobre, on doit en conclure qu'il n^y était plus en novembre et qu'il en partit le 31 octobre ou le V^ novembre au plus tard, après avoir demeuré deux jours chez Bufîon, 11 parle d'un dimanche qu'il y passa, et le

1 Corr. de Buffoa, dans l'éd- Lanessan, t. XIV, p. 324.

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30 oclobre 1783 était en effet un dimanche.

Deux jours! C'élaît bien peu pour juger l'auteur de V Histoire naiurelie^ qu'il ne vit que « de temps en temps »- Aussi a-t-il adroitement glissé dans son récit des phrases comme cellesci : f/e dimis un soir à 3L de lîuffon,,. Un jour il me dit... Le premier dimanche que je fus à Monthard.,. Je quittai peu de Jours après ce grand homme. *> Enfui, pour compléter T il lus ion, il a daté la visite elle-même du mois de septembre, comme s'il i'iH arrivéàMontbard un mois avant la publicaSîon de son ccriL H n'y fut que deux jours, dont un dimanche, et Vow peut replacer dans ce court intervalle tous les incidents de sa visite. Mais il s'était abondamment documenté à Semur, près de Tavocat Godard ; lui-même saisit à la volée plus d'une observation et du tout composa son petit ouvrage, qu'il rédigea sous un frais ombrage, « dans l'allée de Bréaux, près du couvent », mais qu'il polit à loisir à Epone ou h Paris.

Dans tout le parc de Montbard régnait une belle et imposante ordonnance; les treize terrasses étaient tapissées de fleurs ; partout on découvrait d'admirables points de vue. Ici des

volières toutes pleines d'oiseaux rares, là des fosses, où Bu (Ton avait élevé des ours et des lions, Hérault vît le cabinet où fut composé V Histoire nalurelh, 11 n'était meublé que d'un mauvais secrétaire et de quelques fauteuils, mais la pensée de Bu (Ion resplendissait sur les murs- Le prince Henri de Prusse avait salué ce sanctuaire, et Kousseau en baisa le seuil à genoux. Voila donc un grand homme ! Comment Test-il devenu? Comment faire pour devenir un grand homme? N'étail-ce pas ce troublant secret qu'Hérault voulait arracher à Montbard?

C'est à lui que le maître dit ce mot demeuré célèbre : « Le génie n'est qu^une plus grande aptitude à la patience. » La vie de Bu (ton tout entière illustrait cette maxime, « J'ai passée dïsait-il, cinquante ans a mon bureau, )> Le travail était devenu pour lui un besoin. Quand il était jeune, il ne rentrait parfois qu'à deux, heures du matin des soupers de Paris ; à cinq heures son domestique avait Tordre de le tîrer par les pieds et de le mettre t^ur le carreau, a J'avais alors^ dit-il àHérault, une petite maîtresse que j'adorais : eh bien ! je m'eflbrçais d'attendre que six heures fussent sonnées pour Taller voir,

m HliRAULT DE BliCJ! liLLE S

souvent même au risque de ne plus la IrôLiver. » Hérault pensait : uSon exemple et see discours m'ont eontirmé que qui \eut la gloire passionnément finit par l'obtenir ou du moins en approche tle bien près. Mais il faut vouloir, et non pas une fois, il faut vouloir tous lesjours,,,. patience pour chercher son objet, patience pour résister k tout ce qui s'en écarte, patience pour souffrir tout ce qui accablerait un homme ordinaire, »

Ces belles résolutions n'allaient pas sane quelque appréhension secrète. Hérault saluait en Budon un précieux professeur d'énergie, mais l'exemple de ce vieillard demeurait redoutable à sa dissipation. SauraiL-il, ainsi que lui, gravir chaque matin la rude montée delagloire ; résister à F ivresse de sa parole ; se détourner des flatteurs; vaincre le goût des plaisirs qui le dominait ? Disciple de Butron par la pensée, sa curiosité des passions, son inquiétude de la vie, toute sa sensibilité l'emportait vers Rousseau. Butïon lui déclara qu'après avoir lu les Confes- \ion.s il avait cessé d'estimer leur auteur. Hérault fut grandement choqué, a Jugement sévère, s'écrie-t-il, je dirai même injuste, car j'avoue

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que les Confessions de Rousseau n'ont pas produit sur moi cet effet. Mais il se pourrait que M. de Buffon n'ait pas dans son cœur Vélê^ ment par lequel on doit juger Rousseau. Je serais tenté de croire que la nature ne lui a pas donné le genre de sensibilité nécessaire pour connaître le charme, ou plutôt le piquant de cette vie errante, de ceile emience abandonnée nu hasard et ûjix passions. *)

11 sentit alors que cette claire intelligence était glacée ; que ce puissant observateur de la nature n'aimait pas la vie. 11 en conçut quelque hostilité. Puis « cette grande patience » l'écrasait ; de courage défaillant^ il cherche une revanche élégante. 11 était accouru à Montbard avec la joie naïve et le pur enthousiasme de ces jeunes Grecs, que Platon nous montre empressés autour de ëocrate. Aux côtés de Buiïon, le Parisien moqueur, le mondain frivole, rintellectuel orgueilleux se réveillent. Lui, qui s'est aiîranchi de tous les préjugés, sera-t-il dupe de son admiration pour un homme ? Il aiguise, il tend son ironie ; U cherche le faible du colosse, et va le eribler de ses flèches.

Voilà donc notre impejtinenl qui rôde, l'œil

aux aguets, dans celte austère demeure. H lait causer le perruquier, (latte la gouvernante, se lie avec le chapelanu Du premier, il apprend que Fauteur de VHUloîre nui ur elle aime aussi les liislorietles, qu'il se fait raconter la chronique scandaleuse de son petit pays et qu'enfin « ce grainl homme est un peu commère ». La gouvernanle, M'^" Blesseau, « qui a dû être assez jolie », dispute Tempire au cliapelaiu, Héraull la soupçonne d'étranges complaisances?. Que pensait BulFon ile Famour? Un habitué de la maison apprit au malicieux enquêteur que ce grand esprit ne voyait que du physique et de Tamour-propre dans cette passion*. A table, où il aimait sesaises^ il disait gravement des polissonneries si fortes que les l'emmes étaient forcées de déserter, 11 avait réduit Tamour à une fonction pour ne pas gêner ses travaux . Héraull put ainsi se convaincre, qu'à la jeunesse près, il s'accordait en somme avec le vieux Buflbu* Le P. Ignace Bougol, chapelain de Montbard,

^ ff C'est c[ii'U n*y a quii le physique de ceUe passion qui soit bon. C'est que» malgré ce que peuvent dire les gens épris, le moral n'en vaut rien, (J n'est-ce eti effet tjue le moral de rumour? La vanitt?. ^ [D'tëQoun èur la nature des animaux).

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possédait émînement « Tart précieux dans son

ordre de se fair£ donner ». Il avait rebaiî ff sa rapiicînîère ». Bu lion Tappelaît « son clier enfant jj, et Ta cité comme son ami dans Tarlîcle du serin. 11 se confessait à lui dans son laboratoire et en recevait k Pâques la communion. Grande surprise pour Hérault ! Mais Buffon lui confia qu'il avait pour principe de respecter la religion^ f/uilen falltàtune au peuple, a Dans mes ouvrages, dit-il, j'ai toujours nommé le Créateur, mais il n'y a qu'a ôterce motetmettio naturellement à sa place la puissance de la nature, qui résulte îles deux grandes lois, l^at- Iraction et Timpulsion ». 11 ajouta qu'à son lit de mort il ne balancerait pas a envoyer chercher les sacrements*, cr On peut juger si cette méthode a réussi à M. de Bu [Ton, conclut Hérault. Il est clair que ses ouvrages démontrent le matérialisme, etcependant c'est à l'imprimerie

ï BuiïLîii mourut à Paris» au jardin du Uoi, h^ 15 avril i788, ix rdge do quatre-viugUun ana. Le P. ïgiiaee Bougotlui porla les secours de la religion : a Vous eorniaîssez^ écrîviî-il quelques jours après à Faujas de Saint-Fond, les circonstances de mon mille fois triste voyage, ce qu*il me dit ii mou arrivée, les mai^ques frappantes de sa religion^ et sa profession de foi qu'il lit sponLaném en I: pour m'honorermoi-mêmep *Hïtnt bien as?ur^ que Je ne la kii aurais pas fait faire. )> Ecîit. Lanessau, XIV, p. 412.

U HTiRAULT DR BfîCïïELLKS

royale qu'ils se publient n. Le dimanche qu'il fut à Montbard, notre Avocat généml s'om pressa de « s'emmesser » et reçut a un million de remerciements »-

De tous les travers du grand savant, le plus sensible était la vanité. Elle était franche et pleine de l)onhomie. Hérault, avec sa finesse d'homme du monde, s'en divertit cruellement.

BufTon le pria de lui lire des vers composés en son honneur. « Quand on rappelait génie, créateur, esprit sublime: Eh ! Eh ! disait-il avec complaisance^ il y a de l'idée, il y a quelque chose là* » Retrouvant un de ses systèmes dans Ariatote : « Pardien^ s'exclama-t-il, c'est ce qu'Aristote a fait de mieux, n Buffon trouvait bien peu de génies dans le monde : « Il n'y en a guère que cinq : Newton^ Bacon, Leibnitz, Montesquieu et moL » Hérault trouva a plaisant i> d'écrire une page surBuiïon et de la lui présenter. Dans un ingénieux parallèle, il le comparail à Houî^seau sous le rajiport de la pensée et concluait ainsi : <t Rousseau a mis en activité tous les sens que donne la nature, et Buffon, par une plus grande activité, semble s'être créé un sens de plus. >j «C'est une page, dit ButTon,

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à mettre entre Rousseau et moi. n Tantôt il parlait de l'envoyer h M""* Necker, tantôt de la faire paraître dans un journal de Paris ', Enfin, ne sachant comment remercier rauteur, il le fait appeler, Tembrasse et lui dit : « Permettezmoi de vous donnerun conseil «. Voilà Hérault tout oreilles, u Vous avez deux noms, continua* t*il, on vous donne dans le monde tantôt Pun, tantôt Tautre, et quelquefois tous les deux ensemble. Croyez-moi, te nez- vous à un seul ; il ne faut pas que Pétranger puisse s'y méprendre. >» 11 lui fit voir ensuite une lettre du prince Henri de Prusse et deux autres qu'il avait reçues dePimpératrice Catherine, Ce conseil fit oublier au jeune homme toutes les beautés de ÏHUiolre nainreile.

La Vmte à Bu flou est un petit chef-d'œuvre de naturel, de grâce et d'ironie, qui suffirait à mériter à Hérault de Séchelles Testime des lettrés. Si pompeux dans ses discours, il est d'une simplicité charmante, quand il écrit. Sainte- Beuve a qualifié P auteur d' « espion léger, infi-

* Lé Paralièle mUe J.-J. Rouueau et M. ik BtiffoUf consi^ itérée SQUJi k rapport de hi pên»éc, parut à part avec la date d'ocLobre nstj, eu même temps que La VUUe d Buffou^

W ni; a A 11 LT DK SI'SCIIKLLES

dèle et moqueur w. Où a dît plus jus terne ni que cei opuscule était le premier modèle de Vintêrview irrévérencieuse des hommes célèbres.

Hérault y rivalise eu efiet de a rosserie » et d'ingénuité avec nos î^eporlers les plus perfides. Mais où trouver dans les ^ aelualilés »> de nos journaux cette pureté de langage, cette exquise impertinence, ce raffinement exempt de toute afi'eetalion, la pointe scclie de Stendhal avec la légèreté du grand monde? De retour à Paris, Hérault s*empressa de lire à ses amis le petit morceau qu'il avait écrit c< pour lui seul >n Cet it éreînlement ïj fut très applaudi et la Vmle à fîtf//on fut publiée, mais sans nom d'auteur ^ Le tirage fut très restreint, lîufîon connut Touvrage et en fut profondément blessé. <t 11 garda, déclare son neveu, M. Nadault de Bufibn, le dédaigneux silence dont il s'était fait une règle en pareil cas ». Son secrétaire Humbert Bazile pensa consacrer sa vie à réfutei' ce petit écrit, qui tachait la gloire du maître; il trouva plus simple de le nier* Mais le P, Ignace et M"'" Blés-

1 Par un dt?rni<?r subterfuge, Héraut qui n'avait pas sigué la Visite, ^]^im le Paralléhy qui parut pu même temps ; mais le Pandléh «tait reproduit en note dans la Vhite ; on no pouvait donc s'y tromper*

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seau se sont trahis, en ^s'indignant de Timpoitanee donnée au perrutiuîer',

La Vmle à Bu/fon ne fut connue qu'en 1801 après sa réimpression par Mi 11 in sous le titre de Voyage à Moufbard. Le nouvel éditeur y avait ajouté, d'après le manuscrit, quelques pages qu'Hérault avait omises à dessein^ car, plus que Bullbo, il y prêtait à sourire : c'est le récit de leur dernièie entrevue',

Hérault consulta Buflbn sur un projet d'ouvrage qu'il avait formé, projel qui occuperait assurément une grande partie de sa vie, peut-èlre sa vietoutentière. « Mais quel plus beau monument pourrait laisser un magistrat? » Admîrablesespoirsde la jeunesse! U s'agissait de « faiit* une revue générale de tous les droits des hommes et de toutes leurs lois de les comparer, de les juger et d'élever ensuite un nouvel édifice jn Bu (Ton écouta avec bienveillance et conseilla lïaternellemenL U exhorta au travail ce futur

* Nadatilt uv^ Rukko\\ CoTVùS'pQïidaRCû inédite dt^ Biiffoii^ Paris, 186(J. — UuMrtKKT Bazile. Bit /fou ^ m fantilte et ses coliaboraleurs, Paris, 1863.

2 Le Voyage à Montbftvd a été édité par Noëllat (avec tins coupures) en 1829 et, en 1890. par M- Aulard, dans la i!oU lection dus Chefs-d'i^^avrc inconnus.

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Montesquieu, délermina sa mëthotle et traça son plan pour découvrir et classeï cette multitude d'institutions et lie lois. « Voilfi un grand effort, disait'il, et digne de tout le coût fige humain >j. HéraïUt était tout plein d'ardeur, rt Je sais, assurait-il, ce qu/il m'en coûtera, maïs un grand plan et un grand but laissent du bonheur dans TAme chaque jour qu'on se met à Tnîuvn^ ". 11 comptait « prendre les choses de haut n et s'aider, comme Buffon du travail d*un secrétaire ; déjtt lui apparaiss^ait « une magnifique conclusion ». Les heures s'écoulaient « dans ces entretiens de gloire et d'espérance ïj* Hérault ne pouvait plus s'arracher à BufTon, quil appelait un nouveau père, et ne le quitta qu'après d'étroits embrassement*^. Cette fois 5on enthousiasme était sans mélange : le grand homme s occupait de lui.

M, Maurice Barrés a écrit sous ce titre, ffuii joun chez M. Ilenan, quelques pages précieuses pour le^ délicats : c'est le même amoureux badinage d'un jeune impertinent avec une grande et très chère intelligence. Chez le créateur de riiistoire naturelle, comme chez celui de Texégèse biblique^ chex le seigneur olyra-

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pîen de Monlbard, comme chez le bourgeois bcnisseur de Tréguîer, deux curieux passionnés ont joyeusement démêlé des infirmités pareilles : UDe vue 1res claire de riiumilile de rhommc et un immense orgueil ; la timidité sociale démentant laudace du génie; le dégoût dés contingences et rattachement à ses aises ; le dédain poli des jeunes gens et le mépris, très peu dédaigneux, de l'amour. Hérault de Séchelles et M. Maurice Barrés ont imité ces amantB cruels qui tourmentent leur maîtresse. Tous deux se sont grandement divertis à bafouer leur idole. H convient d'ajouter qu'à la différence de Bulïbn, Renan prolesta, non sans quelque amertume, dans un diner celtique :

M. Barres, il est vrai, n'avait même pas pris la peine de faire le voyage de Tréguier.

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