LE PARLEMENT
observateurs, un prince de Ligne, un Sénac de Meilhan, craignaient alors pour la monarchie une révolution parlementaire; maintenant Vïùstorîcn pourrait encore s'y tromper et voir dans ees magistrats fougueux Tavanl-garde de la démocratie qui se lève.
Vains décors, gestes d'emprunts, mots prestigieux et vides. Ces a pères de la patrie i^, tout lionfiis d'érudition classique, ne font que répéter des formules latines et des mots grecs. Comme le jeune La Boétie, Tami de Montaigne, quand il invectivait la tyrannie au sortir du collège, ils subissent la suggestion de rantiquito. Une procédure gotliiqne, un chaos juridique, des pratiques inhumaines ne gênaient nullement ces bons apôtres. Ces réformateurs ne viennent-ils pas d'interdire aux non-nobles d'entrer dans leurs rangs? Ces incrédules n'ont-ils pas déclaré, an nom de la religion, une guerre à mort à la philosophie, et condamné sans pitié le Chevalier de la Barre ? La Révolution s'accomplira contre les privilégiés, et le l^irlemcnt est le détenteur et le gardien jaloux des privilèges, partisan de la corvée contre Turgot, adversaire des assemblées provinciales contre
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Necker, LaHévolulion s'accomplira au profit de rÉtal centralisateur, et le Pariemeat s'iosurge pour affaiblir la couronne, il combat ses initiatives le^ pluï^ bienfaisantes, ses premiers et timides essais pour fonder, selon le vœu national, la liberté de conscience et Tégalité devant 1 impôt. Le fantôme parlementaire agite ses longs bras vers F avenir, mais, dans le concert des voix françaises, c'est un mort gui poïie. Il suscite et conduit la suprême réaction aristocratique, qui précède et prépare raction révolutionnaire, comme le reflux précède et prépare le tlu\.
Cependant parce qu'il attaquait le ministère, le Parlement fut applaudi ; parce qu'il avilissait le pouvoir, il parut diriger Topinion. L'orgueil des magistrats ne connut plus de bornes ; le « fanatisme parlementaire i> tint du délire. Les jeunes gens, comme Séclielles et Saint-Fargeau, qui composaient près d'un tiers des membres, f< venaient aux assemblées de Chambres comme s'ilseussent marché au combat n. Ils rivalisaient entre eux de motions violentes, livraient à la foule le secret des délibérations, et se grisaient de ses acclamations. Quelle gloire de s'exposer
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à la disgrâce de la Cour! Quelle magnifique abnégation de déposer leur loutc-puissanne aux mains des Ktats généraux! Au fond de leur cœur parlementaire, ces petits Matliieu Mole comptaient bien tenir les États en tutelle, se grandir encore de leur impuissance, les confisquer à leur profit, et finalement devenir minis- 1res. Leur esprit de corps se nourrissait de la fureur de leurs ambitions particulières et surtout de leurs petiLeî^ vanités.
Les parlementaires , qui confondaient le peuple avec la canaille, jalousaient la noblesse de cour, (t Un jeune magistrat, dit Mercier, ne craint rien tant que de passer pour ce qu'il esL 11 parle chevaux, spectacle, histoires de filles, courses, batailles. Il rougît de connaître son métier et jamais un mot de jurisprudence ne sortira de sa bouche. 11 égayé le plus qu'il peut son habit noit\.. Dans la craintedt^ passer pour robîn, il emprunte le ion et les airs du militaire. » Porter le talon rouge des courtisans, tel était le souci rongeant des bonnets fourrés. Les femmes des magistrats mouraient d'envie dVHre présentées à Versailles. Or ce furent pré* aisément les plus grands noms de France, les
fîivoris do lu i\oui\ gorgés de sc^ faveLirs, les La Rû( liefoLR^iiuld, les d'Ilarcoiirt, les Lu y nés, les d'Aiimont, les Liixembonrg, les PrasUn, « tout t'c qu'il y avait de martj Liant dans la pairie a qui donnèrent au Parlement le signal de la révolte* Ln prince magnifique, le duc d'Orir^ans, ses amis, un Lauzun, « qui avait tous les genres d'éelat m, un vicomte de Noailles, & c lieval ier français dans toute la giAce du roman w, se rallièrent à Pétendard parlementaire, vi. Je ne saurais avoir oublié, déclare Pasquier, combien fut puissant ilans l'esprit des jeunes magistrats Paîtrait qu'ils trouvèrent ù suivre de pareils guides. Us se trouvèrent tout d'un coup en liaison de parti avec ces grands noms, avec ces grandes existences.,. Une intimité si séduisante et si peu accoutumée tourna facilement les têtes. J5 Après le 14 juillet, Pémigration devint pour tout ce monde une mode et une élégance ; un an avant, Penthousîasme pour le Parlement était le supi^éme bon ton. Aux séances solennelles, les femmes de la Cour se disputaient les places; les jeunes seigneurs assiégeaient les portes. Il n'en fallait pas tant pour enflammer (c la faction américaine » du Parlement, dont