‹ Un épicurien sous la terreurChapitre 7 sur 29 · CHAPITRE PREMIRR UN VOYAGE EN SUISSE EN · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIRR UN VOYAGE EN SUISSE EN

A Tassant de la Castillei — Exaltaliou et dilettantisme* — Les soucis du iibâtelaiQ d'Epone. — Alarmes de sa famille.

— Dé'* part pour la Suisse. — Détailii mr la Sociëlé d^OHen^

— Effet produit sur Hérault par la démocriitie suisse. — Les droits de Thomme et les Suisses. — Vers la belle Italie. — Les prisons du mi d? Sardaigne. — Retour à Paris.

(t Faire à son début quelque chose de grand, ou au moins d'étonnant,, écrivait Hérault dans son Codicille, de peur que la première idée ne soit la dernière, d 11 s'était fixé Tàge de trente ans pour inaugurer un grand dessein.

Le matin du 14 juillet, le bruit montant de la foule qui gronde, qui se rue vers la Bastille, rarrache a sa maîtresse ou à ses livres. Sans doute il s'y mêla d'abord en simple badaud. Le Moniteur signale beaucoup de gens paisibles.

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d'abbés, même de gens de cour. Beaumarchais, sur la terrasse de son jardin, contemple la scène à côté du duc (k Chartres et de M^^ de Genlis, Faméla, vêtue de rouge, erre parmi les groupes, suivie d'un piqueur du duc d'Orléans. L*abbé d'Ks(*agnac, conseiller au Parlement, a pris les armes, Dussaulx, de T Académie des Inscriptions, comptera parmi les vainqueurs de la journée, ainsi que Tabbé Fauchel et de nombreux avocats, Pasquier escorte galamment M^'*^ Contât. Descarrosses armoriés attendent au coin des rues de jolies curieuses. Le jeune habitant d'Epone vit- il poindre subitement Toccasion qui devait illustrer sa jeunesse ? Fut-il gagné par rentlmusiasme public, entraîné par Télan des assaillants ? La foule profère des cris de mort contre Marie-Antoinette, sa bienfaitrice, et sa cousine, M^^ de Polignac. II s'y mêle, lui, un des premiers magistrats du royaume 1 II se pousse où il est poussé au premier rang des furieux qui vont escalader les tours; il se lance avec eux. Deux hommes sont tués à ses côtés \ De toute sa carrière révolution-

^ « Au 14 juillet, h la Bai^tille. j*ai eu deux hommes tués à mes cÛLés. » Notes de Topino-Lcbrutt aa procès des dantoimtes^

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naïre, tel fut le seul acte qu'il accomplit spontanément- Sa première îilée détermina toutes les autres, jusqu'à la dernière, L'împrutlent mit son doigt délicat dans Tengrenage, el fut emporté.

Aussitôt son exaltation devint folie et acheva de Tayeugler, Possédu de Fiyresse révolutionnaire, il se crut revenu aux Lem)3S de la Ligue et de la Fronde, quand Té meute faisait et défaisait les ministres. Bellart le vit au parquet, où il continuait tranquillement d'exercer ses fonctions. Il entendit de sa bouche le récit du massacre de Tin tendant Berthier et du vieux. Fou- Ion, son beau-pèi'e, que le peuple avait forcé de baiser la tête de son gendre.

Hérault parlait ce avec une sorte de naturel et de légèreté x». II contait cette aventure f^ presque plaisamment, comme quelque chose qui n'eût été que ridicule.,. Figureï^-vous un peu cette scène, narrait-il en ricanant, et ce malotru présentant la tête au beau-pcrc, comme s'il eût dit au gendre : Daise pa])a, baise papa w, Beliart en eut le frisson, mais il ajoute : a Cet homme n'était pas barbare ; il n'était pas révolutionnaire même, 11 Tétait si peu que quand on lui

demandait de quel parti il était, il répondait qu'il était du parti qui se f,., des deux autres. Et cela était vraî^ »

Son secrétaire privé, Y^^abeau, partageait les idées nouvelles. Hérault se Tatlacha plus étroitement. Par acte notarié du. 6 février 1789, il lui lit une donation tle 60.000 livres, h retenir sur sa succession. Il avait antérieurement constitué une rente viagère de 700 livres à Pigeau, son secrétaire tlu Parlement, qui ne suivit pas le mouvement révolutionnaire, mais continua ses services à la famille de son maître.

Hérault allait bavarder et a ricaner h au cercle de Valois, fondé sous le patronage du duc d'Orléans, dans un riche appartement du Palais-Royal, a (Vêtait le seul club peut-être », dit Pasquier, qui y passait sa vie, ce où la similitude d'opinions ne fut pas une condition rigoureuse d'admission ». On s'y retrouvait entre gens de bonne compagnie, amis des lumières et de la liberté. C'était le rendez- vous préféré de la minorité de la noblesse, composée de brillants jeunes gens, dont les familles avaient

* Bëllaht, loc. dt.

U^" VOTAGE EN SUISSE ËTT 1780 fOî>

été comblées de grâces et d'honneurs, « La grande naissance, dit M"^^ de Chastenay, était un peu Torgueil de cette minorité. « Biron, Talleyrand, le vicomte de Nouilles, Saint-Fargeauy coudoyaient Mirabeau etLafayette, Siéyès et Condorcet, Ghamfort et Laclos, Les soupers étaient excellents, les discussions pleines d'entrain. Par les fenêtres on regardait gaiement l'émeute bouillonner dans le jardin. Hérault, dans son fauteuil, s'enthousiasmait pour la justice, seule passion qui puisse enflammer les sceptiques, à la condition de ne pas troubler leurs aises.

Ce joyeux révolutionnaire eut avec la municipalité d'Epone un démêlé des plus piquants. Il jouissait au village des droits seigneuriaux et rendait justice conjointement avec messieurs du chapitre de Paris, qui portaient le titre de seî^ gneurs d'Epone et de Mézières ; lui-même s'intitulait haut et puissant seigneur de Vélanne, La Villeneuve, des fiefs de Saint-Nicaise, Bréval, Saint-Martin, Cocheret, Sînnt-Béat et Saint- Nicolas, situés en paroisse d'Epone et de Mézières; comme Bufion à Monthard, il se montrait à Téglise au banc seigneurial, La nuit

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du A août mit fin à ses privilèges, dont le droit de chasse était le plus précieux. Le sieur Vignon fut nommé syndic de la municipalité et commandant de la garde bourgeoise. Coursier, garde-chasse d'Hérault de Séchelles, fort de la protection du seigneur, prétendit rester armé au mépris des lois nouvelles et blessa même d'un coup de fusil, à la suite d'une altercation, le propre neveu du syndic. Une patrouille envoyée pour l'arrêter enfonça la porte de sa maison. Coursier se réfugia dans le château; dans la nuit du 12 au 13 septembre, la population ameutée en fit le siège; Coursier n'échappa à la mort qu'en s'évadant.

Pour le coup, notre avocat général cessa de rire. « M. Hérault, écrivit-il à Vignon, qui par ses fonctions doit être le défenseur de la loi, ne soufïrira jamais qu'on ose porter la moindre atteinte au bon ordre et à sa propriété dans tout ce qui dépend de lui. Résolu de maintenir dans tous les temps les principes avec fermeté et promptitude, il a envoyé en conséquence M, Ysabeau, son secrétaire, à charge de faire constater le délit d'une manière authentique et légale,.. }) Après avoir rappelé les faits et

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