UN VOYAGE EN SUISSE EN
sent mou innocence, dont la plupart sont mes parents, resteraient-ils tranquilles, surtout dans un temps où la liberté est réellement entendue? Ne serait-ce pas au contraire un sujet d'animer toute la paroisse contre M. Hérault, ce qui entraînerait peut-être des malheurs infinis et qui me causerait à moi un grand chagrin, et par ma considération pour M. Hérault et tout ce qui lui appartient, et par les troubles publics qui pourraient naître,
« Je supplie donc M. Hérault de vouloir bien entendre la totalité des habitants et de vouloir bien ne pas cesser d'être juste, m'étant inQniment plus agréable, par attachement et par reconnaissance pour M. Hérault, de recevoir de lui-même Terreur dans laquelle on Ta pu jeter, que d'être forcé de l'obtenir parle tribunal de la Nation, seul moyen qui lui resterait. ».
Ayant ainsi donné à M. rAvocat général une bonne leçon de droit révolutionnaire, Vignon transcrivit, de sa plus belle écriture, les deux lettres sur le registre de la municipalité, en face d'un procès-verbal qui applaudissait aux décrets du 4 août et demandait à l'Assemblée Nationale sa protection contre les menaces du châtelain d'Epone et les attentats de son gardechasse*. Au fond, Hérault de Séchelles était persuadé, comme d'Esprémesnil, qu'un arrêt
* Archives municipales d'Epone. (Registre dçs délibérations communales, 17 septembre 1789.)
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du Parlement suffirait à dompter la Révolution, quand elle aurait cessé de lui plaire.
Les événements avaient jeté sa famille dans un trouble profond. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, la duchesse de Polîgnac, haie du public et devenue Fobjet des soupçons les plus infâmes, cédant aux supplications de la reine, quitta Paris avec son mari, sa fille, la duchesse de Guiche, sa belle-sœur, la comtesse Diane de Polignac, et se réfugia en Suisse; le comte d*Artois vint bientôt les y rejoindre avec M"** de Pola&lron ; les Polignac accompagnèrent le prince à Tiiiin. La sœur de M"^^ Hérault, M"' de Saint-Gilles, suivit bientôt cet exemple. Le fils du maréchal de Contades et ses deux petits-fils, tous trois officiers, émigrèrent également. Hérault de Séchelles vit ainsi lever par ses proches rétendard de la contre-révolution.
Dans leur propriété du Grand-Berceau, à Livry, non loin d'Epone, où elles s'étaient fixées, les dames Hérault et le maréchal de Contades contemplaient avec douleur les événements. La conduite du dernier des Séchelles leur donnait les plus vives alarmes. Ainsi cet enfant chéri^ objet unique de leurs joies et de
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leurs espérances, que la nature avait paré de ses dons les plus rares et pour qui leur affection jalouse rêvait les plus brillantes destinées, perdait son avenir en participant à des troubles coupables, et que leur confiance aveugle dans la monarchie estimait passagers; chrétien, il insultait à la foi de ses pères; magistrat, il trahissait son corps et son roi; gentilhomme, il se mêlaità une canaille scélérate et vile. Le grandpère Magon de la Lande, les grands oncles Magon de la Blinaye et Magon de la Balue se joignirent à la grand'mère et à la mère, pour opposer à Marie-Jean les conseils de la raison, Texpérience de l'âge, la voix du cœur. Sans doute on lui cita l'exemple du sage et religieux Dambray. Tout échoua, jusqu'aux emportements du maréchal de Contades, dont le naturel était fort violent. Cette famille désespérée résolut donc de recourir aux grands moyens; elle décida d'éloigner de France le jeune fou, de le faire changer d'air, voyager loin de ce Paris fiévreux. Pour Ty contraindre on le menaça de le priver des dons abondants, qui lui permettaient sa vie brillante et ses plaisirs coûteux. Hérault de Séchelles consentit à ce dé-
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part, qui avait toutes les apparences d'une émigration, La di^^grâce où Topinion tenait les parle m e niai r es, la défaveur qui s'attachait à sa parenté lui rendaient difficile Taccès de la politique. D'ailleurs rassemblée seule devait attirer les regards jusqu a l'achèvement de la Constitution, Loin de ce grand théâtre, il n'eût joué qu'un rôle subalterne. Le Parlement avait été déclaré, le 3 novembre, en vacances indéfinies; Hérault ne faisait pas partie de la chambre des vacations. Enfin l'habile homme n'interrogeait pas Tavenir sans inquiétude; peut-être craignait-il fléjù de s'être à l'excès compromis? Son machiavélisme hésitait; il consultait anxieusement le plan d'action qu'il avait tracé d'une main si sûre. Au lendemain des journées d'octobre, ce grand révolutionnaire se résigna donc à débuter ilans la Révolution par un voyage en Suisse ^
Vêtu d'une simple veste et d'un pantalon de toile bleue rayée, chaussé de gros souliers, il prit en main le bâton du pèlerin pour revoir
i « Maltraité par mes parents, j'ai voyagé, j'ai été incarcévù trois semaine? en Sardaigne et je suis revenu. » Notes de Topiao-Leàrun.