CHAPITRE III
A califourchon. — Le calcul de la guerre. — L'éloquence nouvelle. — Le danger de la pairie. — Président de l'Assemblée. — Les derniers salons. — Eloge de l'abbé Auger. — M""' de Sainte-Amaranthe et M"^" de Morency. — Le 2 septembre. — La Montagne. — Une jolie femme à la Convention.
(( Se tenir à califourchon sur les deux partis opposés; point de bannière de peur de se couper en deux et de faire les seconds rôles » : telle est la règle difficile, que s'était tracée le machiavélique habitant d'Epone.
Elève de Montesquieu, exalté par les circonstances, il se flattait de demeurer un homme d'ordre . Son plus grand souci était de faire marcher sans trop de heurts ni de cahots la lourde machine sans pilote, qui tantôt s'embourbait dans le marais, tantôt se précipitait dans la descente. Il s'y épuisait en efforts touchants. On le voit proclamer la Constitution
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intangible (14 janvier 1792) ; faire instituer, avec candeur, un comité central pour régler d'avance par trimestre, par semaine et par jour Tordre des matières ù délibérer (*26 janvier). Dans son rapport du 2 décembre 1791, il fut en somme le premier et le seul à entrevoir un système de responsabilité ministérielle, telle que nous la pratiquons aujourd'hui. Son projet fut renvoyé au comité de législation et, malgré l'appui de Stanislas de Girardin, n'en sortit plus. Devant rencombrement de la tribune, Hérault propose que chaque orateur lise en débutant son projet de décret, « pour faire tomber les phrases des discours » (7 mars). Il conseille d'accorder des indemnités aux princes possessionnés d'Alsace (l*^'' mars), et Vaublanc le soutient; il presse d'assurer Tordre à Avignon (11 mai), et Mathieu Dumas se joint à lui. Au comité de législation éclate son expérience et son savoir; il s'érige en gardien des principes. Sur l'organisation des tribunaux criminels, de la justice militaire, de l'état civil, du tribunal de cassation, il parle en juriste clair et pratique et mérite les éloges de Bigot de Préameneu.
Mais le côté droit était composé d'honnêtes
idéologues, dévoués à une fiction constitutionnelle. Ce n'est pas Louis XVI qu'ils servaient, mais un roi 'idéal, sans préjugés héréditaires, sans rancunes secrètes. Ils se cachaient la tête pour ne point voir l'abime qui s'était creusé entre le roi et la Révolution. Au centre, quatre cents « ventrus » étaient ballottés tour à tour par les vents contraires. Les Girondins, en combattants résolus, apportaient des vues pratiques. Ils sentaient fort bien que la résignation était impossible à Louis XVI et qu'il importait avant tout de déjouer les complots contre-révolutionnaires de la cour et des émigrés. Hérault, par clairvoyance autant que par sympathie, s'enrôla bientôt dans leur troupe. Ces arrivistes de province étaient jeunes comme lui, infatués de savoir juridique, passionnés d'éloquence, amoureux de gloire et d'aventures ; comme lui, l'esprit antichrétien, la foi dans l'avenir les animent; ils aiment, comme lui, la Révolution en philosophes, en orateurs et en artistes ; leur ambition, comme la sienne, était ardente et calculée. ^
Les Girondins n'apercevaient qu'un moyen de s'emparer du roi et de le séparer des émigrés :
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le contraindre à la guerre. D'instinct ces bourgeois répugnaient à l'esprit militaire , et par avance renonçaient aux conquêtes. La propagande résultait pour eux de la force des idées. L'épée que brandissait Isnard n'était qu'un argument d'avocat. Mais l'état de l'Europe les rassurait ; ils considéraient que la guerre était sans danger, et se croyaient maîtres d'y mettre un terme. La guerre, déchaînée par eux, dura vingt années, bouleversa l'Europe et, tout d'abord, entraîna leur ruine et assit la dictature de Danton, puis celle de Robespierre, qui ne la combattait, en 179:2. que par haine de Brissot. Robespierre ne se doutait pas plus que ses adversaires, que César, un jour, sortirait des camps ' .
Hérault avait éprouvé en Suisse les difficultés de la propagande et la portée réelle des droits de l'homme. Nul n'a développé plus prudemment les contours hypocrites de la pensée girondine. Le 25 décembre 1791 . il fit étendre, contre Brissot. (lu 10 février au l*"'" mars, le délai de
' On lit cette phrase dans un brouillon parmi les papiers saisis chez Hérault de Séchelles : La grande différence entre Home et noux. c'est que nous avons l'enoncé aux conquêtes.
riiltimatum. Son discours du 29 décembre débute ainsi : « Une vaste conspiration contre la liberté de la France et la liberté du genre humain laisse échapper chaque jour quelqu'un de ses secrets. En jetant les yeux sur la carte de l'Europe, partout où il y a un trono nous découvrons un ennemi. » Mais à peine a-t-il efîrayé qu'il s'attache aussitôt à rassurer, à montrer la guerre sans danger. Toutes les puissances, ditil, sont ruinées et « c'est dans leur pauvreté qu'elles se cotisent pour renverser notre Constitution ». Rien à craindre ni de la Russie, ni de la Suède, ni do l'Espagne, ni de la Sardaigne, ni de la Hollande. Un amour commun de la liberté nous garantit l'Angleterre ; le roi de Prusse ne bougera pas. «La paix est une loi pour Léopold. » « Quel est, Messieurs, conclut-il, le résultat que je prétends déduire? Serait-ce de décider que la guerre ne doit pas être faite ? Non ! Messieurs, il faut se préparer. » Après avoir rassuré l'opinion, le voilà qui s'efforce de l'arnier : « Messieurs, déclarez aujourd'hui que nous sommes en étal dliost'iljtés imminentes... c'est chez nous qu'il faut attaquer l'ennemi avant de lui porter la guerre au dehors... C'est dans cet esprit que
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le Sénat romain avait imaginé l'importante formule : Caveant consules ne qu'ul detrimenti respahlka copiât^.. . et, pour me servir de la pensée de Montesquieu, Messieurs, le moment est venu de jeter un voile sur la statue de la liberté. » Voilà le grand mot lâché /La guerre étrangère ne devait avoir d'autre effet que de favoriser à l'intérieur la dictature des Giron dins.yBrissot, qui se croyait aussi compliqué qu'Hérault se pensait machiavélique, disait qu'il était du parti de la guerre « par la force des raisonnements ». Cet enthousiasme généreux, que Lamartine a chanté, cette folie de la propagande, que d'autres ont dénoncée, n'était en somme qu'une intrigue ordinaire de politiciens.
Dans cette assemblée théâtrale Hérault de Séchelles désirait surtout briller par l'éloquence. Mais les petits avocats d'autrefois savaient maintenant lever la tète et hausser le ton. L'àpreté de Guadet, la gravité menaçante de Gensonné, les dédains magnifiques de Yergniaud, les images et la flamme d'Isnard et de Ducos, que de rivalités redoutables à l'ancien avocat général ! Pour emboucher le clairon national, il fallait une poitrine gonflée de l'ouragan ; pour
battre le tocsin, un cœur bondissant de foi démocratique. Où donc le neveu du maréchal de Contades, le cousin de M"^ de Polignac eûtil puisé ses insjDirations ? Dans le demi-jour de sa bibliothèque, cet épicurien n'était pas ébloui par les grandes visions, qui transfiguraient sur la place jusqu'à de pauvres diables et des fripons. Il s'efforçait à la concision de Tacite, quil citait sans cesse, et répugnait aux développements ostentatoires. Il relisait dévotement Démosthène et, s'y admirant lui-même, il vantait « cette perfection continue du langage, ce mécanisme heureux si familier à l'orateur, qu'il ne pouvait même cesser d'être éléf/cmt dans les apostrophes les plus impétueuses dans les sorties les plus véhémentes. » Démosthène aurait pu lui crier, comme Mirabeau à Barnave : « Il n'y a pas de divinité en toi. »
Le sarcasme ou la colère ne tordaient jamais ses lèvres fines ; le grand vent du dehors ne dérangeait pas ses périodes alignées. Dans l'orchestre révolutionnaire il jouait un air de flûte trop pur et trop discret. On le voit stimulé par Vergniaud, poussé par Gensonné,
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empressé lui-même, et cependant terne et peu goûté d'un auditoire toujours ivre.
La majesté de son verbe parlementaire semblait déjà démodée dans le débraillement démocratique. Becquey Tinterrompit un jour dans une de ces récitations, en déclarant, sans doute au milieu des rires, quil les trouvait « longues, diffuses et ressemblant plus à des ci-devant remontrances qu"à un acte législatif. » Si limprudent Hérault se fut mis à l'abri de cette grande tempête, vingt ans plus tard l'histoire lui ménageait sa place naturelle dans les assemblées de la Restauration. Il était fait pour défendre la charte parmi les pairs. 11 eût paré de noblesse et d'élégance le libéralisme ombrageux de Rover-Collard. Son imaa^ination fleurie aurait humanisé les principes et sa pompe eût honoré la liberté aux côtés d'un Barthélémy, d'un Broglie ou d'un Liancourt.
Gomme il s'agitait pour atteindre le succès, il s'enfonçait chaque jour plus avant dans la voie révolutionnaire. Le 22 février, il prononce contre les ministres un réquisitoire menaçant ; le 5 mars, il atteint Bertrand de Molleville ; le 10, Delessard, qu'il ne cesse d'attaquer, tombe
SOUS ses coups. Le ^0 mai, il tourne ses arguments de juriste en faveur de Merlin, de Basire et de Chabot, qu'avait arrêtés le juge Larivière. Le 23, il fait adopter un décret qui menace de la déportation les prêtres, même assermentés, sur la plainte de vingt citoyens actifs de leur canton. Sa faveur grandissait. 11 fut élu, le 17 juin, président du club des Jacobins et dirigea jusqu'au :2 juillet les séances dramatiques, où Danton dénonça la trahison de La Fayette. Le 10 juillet, à TAssemblée, il atteignit enhn au succès. Au nom de la commission extraordinaire des douze et des comités militaire et diplomatique réunis, il vint lire un rapport sur la déclaration du danger de la patrie. Un silence solennel régnait sur l'Assemblée. Hérault sentait s'agiter en lui lame de Démosthène, « cette âme, disait-il, orgueilleuse et sensible, qui porte en elle toute la dignité et toutes les douleurs de la patrie ». Il voulut reproduire la parole « intrépide, accusatrice, victorieuse » de l'orateur athénien. Il fut très pompeux et assez froid. Mais son calme, cette fois, répondait aux circonstances. Dans ce grand frisson national, la pensée publique se plut à se recueil-
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lireii récoutant. Ce bel homme ù l'air si noble incarna aux yeux de tous la cause auguste qu'il défendait. L'élève de W^" Clairon parut sublime quand, la tête haute, les yeux agrandis, le corps d'aplomb sur les hanches, le geste sobre et remontant « ainsi que la perspective de la terre », il imita la fameuse apostrophe du discours Sur la Couronne : « J'en jure par ces phalanges qui vont se rassembler de toutes les parties de la France, et par vous, intrépide Gouvion, par vous, brave Cazotte, et par vous tous qu'une mort si belle et si désirable a moissonnés avant la victoire sous les murs de Philippeville, vertueux citoyens, dont la mémoire présidera désormais à nos destinées et dont les mânes, tressaillant de joie dans le fond des tombeaux, partageront tous nos triomphes^ ! » M"^*^ Julien de la Drôme, grand'mère de M. Edouard Lockroy, sortit de la séance, transportée d'enlhousiasme : Hérault de Séchelles,
' « Non, Athéniens, non, vous n'avez pu faillir en bravant les hasards pour le salut et la liberté de la Grèce; j'en jure par nos ancêtres, qui ont affronté les] périls à Marathon, par ceux que Platée a vus rangés en bataille, par les combattants sur mer à Salamine, à Artemisium, par tant d'autres vaillants hommes qui reposent dans les monuments publics! » Trad. Stiévenart. p. 385.
écrivit-elle, a mirabeauté \ Le manifeste de Brunswick lui répondit.
La guerre précipitait les Girondins dans la voie des coups d'état populaires et des violences dictatoriales. Hérault de Séclielles, dont Timportance ne cessait de grandir, mit au service de son parti son expérience et son habileté de légiste de l'ancien régime, habitué, comme était son grand-père, à se plier devant l'arbitraire du pouvoir. Le 27 juillet, il soutient un décret de Gensonné sur la police de sûreté générale ; il propose d'attribuer aux municipalités le mandat d'amener et le mandat d'arrêt ; l'autorité de sa parole rassura les hésitants et emporta le vote. Les Girondins participèrent au 10 août; ils pensaient proclamer le Dauphin, nommer son gouverneur et s'emparer du ministère.
Contre leur attente le trône s'écroula ; la République sortit de ses ruines ; Danton ravit la dictature et la Commune de Paris maîtrisa Danton lui-même. L'assemblée avilie, désertée des deux tiers de ses membres, assistait impuissante et terrifiée aux progrès de l'anarcliie et à
^ Journal cVune hoargeoiae pendant la Bérolutiun (1791-93), publié par son pelit-fils. Edouard Lockroy. p. 187.
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la marche victorieuse des envahisseurs. Elle essayait timidement d'opposer aux forcenés ce qui restait de la loi. Hérault de Séchelles proposa et fit adopter la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les crimes du 10 août ; c'était élever une fragile barrière contre les attentats que préparait la commune. Membre de la commission des douze, il fait encore voter les mesures intéressant la défense nationale. Le ^2îl août, il fut élu vice-président et présida plusieurs séances les jours suivants. Il répondit courageusement à une députation de la commune qui demandait le transfert à Paris des députés d'Orléans et proposa de déclarer citoyens français les écrivains étrangers, qui avaient défendu la révolution. Il annonça la prise de Longwy et lut une proclamation patriotique pour renforcer de trente mille hommes l'armée de Luckner. Son autorité juridique, la pompe de sa parole, la noble gravité de sa figure l'annonçaient comme un des derniers remparts de la légalité. Le 2 septembre, il fut élu président de FAssemblée par :24:2 voix, sur 257 suffrages exprimés.
Ces fiévreuses années 1791 et 1792 avaient
DE LA lURONDR A LA MONTAGNE lfi:î
été pour Hérault de Séchelles de belles années d'ivresse. Qu'il en préférait les vives émotions aux fades douceurs de l'ancien régime ! « Pour agacer les facultés et les tenir éveillées, il faut, écrivait-il jadis, chercher des ennemis et courir au combat. » Maintenant un discours à l'assemblée, une séance aux Jacobins, une émeute dans la rue fouettaient son scepticisme et donnaient à son àme un essor intrépide. Il fréquentait les salons où les survivants de Tancien régime s'attardaient encore à causer politique et attiraient les hommes nouveaux. C'est dire qu'il parut chez M^^*^ de Staël, dont le salon resplendit alors de tous ses feux. « La vigueur de la liberté et la grâce de la politesse ancienne se réunissaient dans les mêmes personnes ». Corinne, menant de front l'amour et la politique, trônait dans cette académie, et gouvernant de beaux hommes et de beaux esprits, s'imaginait gouverner la France.
L'an d'après, André Chénier, aiguisant ses iambes vengeurs, se rappellera « ce grand brun )), qu'il avait vu « le dos couvert de longs cheveux, dont il poudrait les fauteuils de damas, et ricanant, et ne disant rien, et ambi-
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tioanant le nom d'homme d'esprit ». C'était Hérault :
Réputé Cicéron chez toute la basoche, Et bel esprit chez les catins ! '
Dufort de Gheverny le rencontrait à dîner chez Taimable et spirituelle comtesse Amelot de Chaillou, avec le vieux Dussaulx et Beauharnais. Hérault lui parut « grand, bien fait, et de la plus jolie figure possible ». Il courtisait la comtesse, qu'il effrayait cependant par son exaltation'. Cet élégant allait encore « manger la soupe » chez M"^*^ Roland avec M^- Pélion et tous les grands hommes du jour et du lendemain. Il y accompagnait Bonne-Carrère, comme lui de belle tournure et d'air avantageux. L'austère Manon ne trouvait à ces bellâtres ni la raison de son mari, ni la flamme ardente de Buzot. <( Tous ces beaux garçons, déclarait-elle, me
^ Œuvres, EJit. Becq de Fonquières, III, p. 291. La note d'André Chénier, trouvée dans ses papiers, finit ainsi : « Oh ! qu'il se rend bien justice quand il se met au dernier rang des valets, etc. Tu te croyais trop vil pour avoir rien à craindre.
Et que je ne te verrais pas, Et peut-être en effet il eût mieux valu feindre Et ne pas descendre si bas.
- Dufort de Chevernv. Mihnoires, II, p. 109.
DE LA GIRONDI-: A LA M ON TA G XL 16o
semblent de pauvres patriotes; ils ont Tair de trop s'aimer eux-mêmes pour ne pas se préférer à la chose publique, et je n'échappe pas à la tentation de rabattre leur suftisance, en ne paraissant pas voir le mérite dont ils tirent le plus de vanité. » Il y a bien quelque dépit dans cet aveu ^ Hérault réunissait chez lui ses collègues girondins et quelques amis d'autrefois. Ses déjeuners à Epone ou à Paris étaient toujours fameux. Son vieux maître, l'abbé Auger, mourut le 7 février 179^, au milieu de ses livres et de ses rêves ; il avait envoyé à l'Assemblée, le 21 octobre 1791, une pétition sur les successions à tendances communistes. Ses collègues de l'Académie des Inscriptions ne parurent pas à son enterrement, mais la loge des Neuf-Sœurs tint, le 25 mars, une séance publique en son honneur. Dorat-Cubières lut un éloge en vers. Il exhorta la jeunesse à pleurer l'homme, dont elle eût encore tant profité :
Pourriez-vous en douter, vous de qui le talenL Vient ici lui payer un tribut consolant, Et dont lame à son nom s'agrandit et s'élève, Pourriez-vous en douter : Hérault fut son élève.
i Mémoires de .V™«= Roland, Edit. Perroud, I, p. 246.
Hérault vint alors lire une petite oraison funèbre. Dix jours avant, l'Assemblée avait déclaré la guerre à l'Europe. Cependant le jeune habitant d'Epone avait limé ses phrases, disposé ses antithèses, fleuri sa prose aussi tranquillement qu'à Montbard, à Fombre des grands arbres, ou à Saint-Gall, sur la montagne des roses bleues. Ce sont là les privilèges de Tégotisme ! L'auditoire fut ravi de cette péroraison débitée d'un air grave et d'une voix touchante :
« Homme de la nature ! ami des muses ! toi dont aucune pensée abjecte n'altéra l'àme sereine et naïve, reposestoi sur nos souvenirs. Que les dieux, suivant l'expression de Juvénal, accordent à ta cendre une terre plus légère, des fleurs et un printemps éternel autour de ton urne ; et tandis que ton ombre errante dans l'Elysée, converse sans doute avec les ombres de Lysias, d'Eschine, d'Isocrate, nous conserverons ton image avec une tendre vénération ; nous la placerons entre Démosthène, dont tu reproduisis la gloire, et Socrate, auquel la nature t'avait fait ressembler par les traits du visage, comme par quelques rapports intimes d'une sagesse supérieure ; et aussi longtemps que la candeur, la vertu, l'éloquence seront honorées sur la terre, ta mémoire, ton nom seront chers et sacrés comme elles ^ ! »
^ AuGER. Œuvrer posthumes, l. II (en tête). — Hérault a fait publier à part VElo'ie d'Athanase Auger, lu à la séance
Hérault n'était pas moins habile à oublier les révolutions près des femmes. On ne l'appelait plus alors du nom de son redoutable grand-père, mais plus joliment M. de Séchelles. Il était, en 1792, Tamant de la fameuse M™^ de Sainte-Amaranthc^, une des héroïnes de ce Demi-Monde, qui existait bien avant Dumas tils. Fille d'Etienne-Louis Desmier d'Archiac, marquis de Saint-Simon, commandant [pour le roi la ville de Besançon, elle avait épousé à treize ans un brillant lieutenant de cavalerie, M. de Sainte- Amaranthe, qui gaspilla tout son bien et s'enfuit à Madrid, où, d'après Tilly, M. de Fénelon le rencontra cocher de fiacre. M'"'' de Sainte- Amaranthe, établie à Paris avec ses deux enfants, vécut des libéralités du prince de Conti auquel succéda le vicomte de Pons. M. de Séchelles prit la place du vicomte; mais M'"'' de Sainte-Amaranthe avait l'art de « forcer l'amitié à survivre
publique de la Société des Neuf-Sœurs, le 25 mars 1792 (avec cette épigraphe) :
Hoc memorice amici
Quasi debitum munus exsolvit.
Cau Pllnu, Ep. L III.
'■ Consulter sur les dames de Sainte-Amaranthe une brochure très rare : La famille Sainte-Amaranthe , par M'"'" A. R. (leur amie). Pari.s. 1864.
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à l'amour », et M. de Pons ne la quitta pas. Elle avait alors quarante ans et. sans avoir jamais été belle, était toujours infiniment désirable. « Imagine-t-on, disait-elle qu'avec mon teint jaune, mes yeux verts, mes cheveu.v gris, on m'ait créé et l'on me conserve l'existence d'une jolie femme. » Cette charmeuse avait une fille, Emilie, dont la beauté parfaite a transporté d'admiration tous ceux qui l'ont vue. Dans leurs salons de l'hôtel de Boston, rue Vivienne, la mère et la fille vivaient entourées d'une foule d'adorateurs, du meilleur monde pour la plupart, et fort bons royalistes ; c'était Lajard de Cherval, Tilly, Champcenetz, Rivarol, j\LM. de Fagan , de Maupeou et de Miromesnil. On y voyait encore Félix Lepeletier de Saint-Eargeau, frère de Michel, ancien officier de cavalerie et fort joli homme, qui s'annonçait en démocrate sous la mise d'un petit-maitre '. Eu riche créole de la Martinique, M. Aucane, était iami passionné de M"'® de Sainte-Amaranthe. Il dirigeait une des plus somptueuses maisons de jeu du
'■ Un l'apiiehiil YAlcibiadc parisicii. « Jl fera couper la queue de sou chien, disait M""' de Sainte-Amaranthe; c'est ce qui lui sera le plus facile pour ressembler à son modèle. »
Palais-Royal, le n" oO. On l'appelait « le Bayard des tapis verts ». Moyennant, « des avantages fabuleux », M'"' de Sainte-Amaranthe consentit à faire tous les soirs les honneurs du salon et à présider le souper. Elle y entraîna son cortège. Le 50 vécut si heureux ([u'il iguora le 10 août, resta royaliste, n'émigra guère et adoucit plus d'un farouche tribun. La jeune Emilie, tiancée à M, lie Sartines, aimait en secret le chanteur Elleviou ; sa mère brillait de tout l'éclat de sa maturité aux côtés de M. de Séchelles.
Cette liaison nous est connue grâce aux confidences d'une autre « honneste dame », de moins haute lignée, qui, pour notre divertissement, nou^ a laissé ses confessions \ M™^ de Morency (c'était son nom de guerrej s'appelait, à dire vrai, Suzanne Giroust, étant u(''e à l*aris,
^ llhjriae ou l'Ecueil de V Inexpérience', par (i. jje Murexcv, 3 vol., Paris, au VII, chez tous les marchands de iioweautés. — Mouselet. [Oubliés et dédaignés, II, p. llo. la Morency) (luis MM. J. Glaretie, Aulard, E. Daudet n"on,t pas douté de l'authenticité des lettres d'Hérault de Séchelles qui y sont rapportées. Nodier, qui fait figurer « lUyrine l'évaporée » dans le dernier banquet des Girondins, assure que plusieurs de ces lettres ont été en autographe entre ses mains. Enfin j'ai, quant à moi, vérifié avec succès une foule de détails de ce récit désordonné, mai.s presque toujours sincère, d'une jolie femme, dont l'histoire des mœurs ne saurait rejeter le témoignage.
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rue Saint-Denis, d'honnêtes commerçants, et l'aînée de douze enfants. Toute la famille s'en fut habiter près de Soissons. Suzanne, élevée au couvent des Ursulines, reconnut de bonne heure que son seul dieu serait l'amour. A seize ans, elle épousa d'enthousiasme un avocat nommé Quinquet, usé par la débauche et guetté par la faillite. Elle en eut une fille qu'elle appela Clarisse, la destinant à la vertu; elle-même aimait à se parer du nom de Julie, dont elle faisait Liii : Saint-Preux et Lovelace tour à tour hantaient ses rêves. A l'en croire, elle soutint sans faillir les compliments d'un vicomte, les assiduités d'un abbé et les entreprises d'un colonel ; le marquis de Limon, intendant du duc d'Orléans, et distributeur de ses bienfaits, fut éconduit plus mollement. Le héros de sa défaite fut l'avocat Quinette, qui avait « les formes d'Hercule et les grâces d'Adonis. » On était alors en 1790. Julie étonna de ses extravagances la tranquille Picardie ; on la vit sur les grandes routes, tantôt dans une amazone couleur de pensée, qui avait un collet queue de serin, avec un chapeau à la Henri IV et une petite canne en main ; tantôt dans des robes
villageoises, ù la turque, à la Coblentz, enfin dans un petit habit d'homme assez leste et en bottes.
Lors d'une fugue à Paris, cette provinciale fort éveillée fut invitée à souper chez une riche amie, au coin de la rue du Bac et du quai. M'"nie Sainte-Amaranthe fît une entrée majestueuse. M. de Séchelles, « qui se fait toujours attendre », la suivit de près. Suzanne Giroustfut éblouie. A Soissons, elle n'avait jamais rêvé d'un pareil chevalier. De son côté, M. de Séchelles ne parut pas insensible aux cheveux cendrés, aux yeux langoureux, à la bouche aux coins abaissés de la belle. Sa timidité lui sembla piquante. A table il eut « des petits soins aimables », leva « ses yeuv divins » sur sa voisine rougissante, et dont le cœur battait. C'était Saint-Preux, et c'était Lovelace. Lili s'en alla conquise.
Quinette et Quinquet se présentèrent ensemble à l'Assemblée Législative. Quinquet était devenu procureur-syndic et Quinette administrateur du département. Comme ils se ressemblaient de nom et de figure, bien « des Jeannots d'électeurs » votèrent pour Quinette, croyant voter pour Quinquet, et Quinette, qui avait déjà pris à Quinquet sa femme, lui ravit encore « le pre-
il'2 HERAULT DE SECHELLES
mier poste de France )>. Fidèle au succès, M"^® de Morency laissa Quinquet dans sa disgrâce et suivit à Paris Quinette triomphant. Ils se rejoignirent à Ermenonville et s'embrassèrent dans Tîle des Peupliers, devant le tombeau de Rousseau. Plus d'une fois dans les tribunes de l'Assemblée, Lili aperçut Hérault de Séchelles, qu'accompagnait M™' de Sainte-Amaranthe. C'était « sa sultane favorite », mais elle pensait que « le sérail était nombreux. » Sa riche amie lui écrivait :
« Je ne connais pas d'autres défauts à Séchelles que l'inconstance, la légèreté près des femmes, aussi un peu orgueilleux; mais il a un cœur excellent, une âme sensible, bon, noble, généreux, loyal, probe, délicat : voici bien, je crois, de quoi contrebalancer le goût de varier ses plaisirs en changeant de maîtresses. Puis, tant de femmes charmantes lui font des avances qu'il ne pourrait, même sans injustice, être fidèle à une aux dépens des autres. La reine, la voluptueuse Antoinette en a voulu ; comme il était avocat de la noblesse, qu'il était célèbre alors, tant par ses talents que par sa beauté, la reine lui donna un jour sa ceinture à l'œilde-bœuf, à Versailles , mais les Polignac ont fait une cabale pour le déjouer... »
Le dimanche ^2 septembre, à six heures du soir, quand Hérault de Séchelles, par un
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insigne honneur, depuis si longtemps convoité, fit son entrée dans la salle du Manège, précédé des huissiers, et])rit place au fauteuil présidentiel, un silence de mort pesait sur l'Assemblée. Des ombres de députés, terrassés parla terreur, gisaient sur leurs sièges. A l'Abbaye, au Chàtelet, à la Force, àBicetre, le massacre commence ou va commencer, méthodiquement et en vertu de la loi. Premier magistrat de France, Hérault représentait Tonh-e. Des patriotes, des pétitionnaires, des étrangers défilent à la bari'e. Le président répond par quelques mots sonores et, d'un geste mécanique, accorde à chaque députation les honneurs de la séance. Des envoyés de la commune viennent annoncer les horreurs qu'elle a laborieusement préparées. Le président, pour la forme, nomme des commissaires chargés de calmer les assassins. Entre temps, l'Assemblée s'occupe d'objets futiles. Elle vote cependant un décret de Gensonné qui transfère au château de Saumur les prisonniers d'Orléans, pour les soustraire au massacre. Les députés se déclarent prêts à mourir, mais sur leurs bancs. Cette séance lugubre se prolonge jusqu'à minuit: elle recommence à une heure
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du matin pour entendre le rapport des commissaires, mais le président, exténué de fatigue, est à peu près seul aies écouter. La tuerie dura six jours et cinq nuits. Le 3 septembre, à neuf heures du matin, Hérault, qui n'a pu prendre que quelques heures de repos, remonte au fauteuil et continue de jouer sa comédie lamentable dans l'anarchie ; il s'inquiète des mesures prises pour la sécurité de la famille royale, enfermée au Temple. Il préside encore le ï, à la séance du soir, et fait aux applaudissements de l'assemblée, une réponse humaine à l'abbé Sicard, pour lequel il a obtenu du comité d'Instruction publique, avec Romme et Pastoret, un arrêté formel qui l'arrache à ses bourreaux. Le 5, le 6, il préside les séances du matin ; jusqu'au 16 septembre, où Cambon le remplace, il se résigne à sa magistrature. Comme Danton, (( qui cache ses larmes sous ses rugissements », pour échapper à sa misère, il s'étourdit de ses phrases. A la députation des citoyens de couleur, il déclare que la France va devenir la capitale du monde libre et le tombeau des trônes de l'univers ; aux femmes de Sceaux, que le patriotisme a rendu leur sexe intrépide et guer-
rier; à Cloolz, que « l'Assemblée recherchera religieusement l'urne de Gutemberg )>; il donne lecture d'une lettre vibrante quil vient d'écrire à la veuve de l'héroïque Beaurepaire ; il cherche à tourner les esprits vers In résistance à l'étranger.
Le 13 septembre, Hérault lut élu en Seine-et- Oise ; le ii. dans la Sommet Lepeletier, qui venait de passer six mois dans son château de Saint-Fargeau, fut élu dans rVonne. Au commencement d'octobre, Hérault entre dans la plupart des comités. Depuis le 10 août, il marchait visiblement sous l'influence de Danton. La logique des événements continuait de l'entraîner. Jadis feuillant, puis girondin, il se range du côté de l'homme qui vient d'incarner, devant l'ennemi, la France et la révolution. Lepeletier de Saint-Fargeau l'imita et, comme dit un contemporain, « cacha son mortier sous
^ Il refusa l'élection dans la Somme. 11 accepta en Seineet-Oise et écrivit au président de l'assemblée électorale une lettre qui se trouve dans ses papiers (A. N. FU742). Il y disait une fois de plus qu'il n'avait jamais varié : « Heureux d'avoir été pendant toute la durée de l'Assemblée Législative du petit nombre des patriotes qui n'ont jamais varié, je suis attendri d'en devoir la récompense aux électeurs de Seine-et-Oise. »
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un bonnet rouge ». 11 disait au duc d'Orléans : « Quand on a si\ cent mille livres de renie, il faut être à Coblentz ou sur la Montagne. >' Le !2;2 octobre, Hérault fait décréter d'accusation deux ambassadeurs . Moustier et Choiseul- Gouflier, « qui cependant, dit-il, étaient à la cour les plus avancés peut-être dans les idées philosophiques, à cette époque, digne du souvenir de l'histoire, où des courtisans spirituels se montraient à leuvi les amis de la liberté, sous la condition tacite d'en être toujours les protecteurs. » Le :28, il vient déclarer aux Jacobins, que Danton préside, que le Comité de Sûreté générale ne veut agir qu'avec eux. On lui propose de succéder à la mairie à Pétion ; il refuse de présider à de nouveaux assassinats et désigne Antonelle'. Renommé, le 16 septembre, commissaire à la Cour de Cassation, il avait refusé de même et désigné Abrial. Le "2 novembre, la Montagne le pousse à la présidence de la Convention ; il l'emporte après deux scrutins contre Rabaut Saint-Etienne. Grégoire, Barère et Jean Debry remplacent au bureau Kersaint.
^ AuLAKU. Jacobins, IV, pp. 439 et 440.
Sieyès et Buzot. Le 5, il défend Robespierre contre Louvet et Barbaroux et se fait insulter par la Gironde. Le 9, il félicite Renard, valet de chambre de Dumouriez, qui vient annoncer la victoire de Jemmapes, lui donne Taccolade et lui remet une épée.
Les deux partis furieusement déchaînés attendaient l'heure de se mettre Tun ou l'autre hors la loi. Le procès de Louis XVI allait commencer. Hérault jugea prudent de laisser passer l'orage. Il cherchait à être envoyé en mission dans la Savoie, que Montesquiou venait d'occuper. Il avait soif de l'air des montagnes et trouvait déjà la Révolution plus belle à la frontière que dans l'enceinte de la Convention. Le ^8 octobre, il assiste à un banquet ofi'ert par trois cents Savoisiens de Paris à des députés, et, « pour finir la soirée », les conduit, au son de la musique, au club des Jacobins, où Danton les reçoit ^ Le 10 novembre il félicite à la Convention les envoyés de l'assemblée des Allobroges, qui demandent leur réunion à la France. « Quel beau spectacle, s'écrie-t-il ; la
^ IbicL, p. 436.
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France embrassant la Savoie ! Le drapeau tricolore flottant sur les neiges du Mont-Ce nis ! Les gouvernements, les Sénats et les rois fuyant dans le lointain, et les peuples assis dans l'ombre se relevant partout au flambeau delà philosophie. » Le 14, il salue Kellermann, qui va commander Tarmée des Alpes. Le 127, F Assemblée vote eniin l'annexion de la Savoie et désigne Hérault, Simond, Grégoire et Jaeot pour organiser le nouveau département du Mont-Blanc. Hérault se rendit le 2 décembre aux Jacobins et y annonça son départ pour le lendemain. Saint-Fargeau. qui jadis publiait qu'il ne serait jamais membre du fameux club, présidait la séance. « Frères et amis, s'écria Hérault,... il est peut-être assez piquant que l'homme qui fut, il ya quelques années, arrêté, emprisonné auprès de Turin, interrogé ensuite militairement et très bêtement, expulsé ensuite comme accusé de démocratie, et expulsé pour la vie de tous les Etats de Sardaigne par le cidevant roi de ces contrées, se trouve aujourd'hui nommé pour aller établir les lois françaises elle rèûne de l'égalité dans cette même Savoie, dont j'ai eu le plaisir de prononcer moi-même, comme
présidant alors la Convention nationale, la réunion à la France. » Il promit de revenir pour la constitution nouvelle'.
Avant de parlir, il fit ses adieux à .M""' de Morency, réunie trop tard et après bien des aventures à l'homme de ses rêves. Elle avait quitté Paris au mois de juillet avec Quinette, envoyé en mission à l'armée de Lafayette. L'armée lui fit f'ète et la para de rubans tricolores. Biron la traita comme une favorite d'ancien régime. Tombée aux mains des Autrichiens, avec le butin de guerre, elle fut mise « en dépôt » chez un officier du nom de Bénack, qui ressemblait au dieu Mars, et voulut laimer sous l'uniforme bleu de ciel des chasseurs tyroliens. Le lieutenant Lubin l'enleva de vive force à l'ennemi. Lu jour, elle vit entrer chez elle « un petit homme brun, l^eil pétillant de feu, le front martial, l'air nol)Ic » : c'était Dumouriez. De retour à Paris, elle dina chez Quinette avec Hérault: du coup, toutes ses fatigues furent oubliées. Elle visita l'appartement de la rue
^ Ibid., [). 541 .
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Bassedu-Rempart, admira la bibliothèque et faillit s'évanouir dans le boudoir. Le i novembre, elle coiirl à la Convention, demande Hérault à la porte. « Je vais lui dire qu'une jolie femme le demande, répondit Fhuissier, et sûrement qu'il viendra tout de suite. » il vint « avec toutes ses grâces », la fit placer dans une tribune et rentra pour être élu président. M""" de Morency remit à son beau président une pétition en faveur du divorce et celui-ci la lut à l'assemblée, « où elle fut applaudie généralement )). Hélas! à quelques jours de là, un billet d'Hérault lui annonçait son départ. Il y disait que M°^^ de Sainte-Amaranthe était la plus perfide de toutes les femmes, qu'on l'appelait la perfide Amaranlke, quelle n'avait que trop fait souffrir la jalousie, dont il s'avouait affecté comme dune maladie ; enfin il emportait le portrait de M"^^' de Morency et tandis qu'on le croyait « nationalement occupé », il assurait n'être plein que de son souvenir.