LEDRU-ROLLIN
Ledi'U-Kollin, né eu 1807, est âgé de Zi2 ans. Sa taille est au dessus de la moyenne. Il porte toujours la tête haute, et son regard fier semble indiquer un homme de résolution. Tout son physique, son air, son geste, sa parole le désignent tout d'abord comme un tribun populaire , vocation qu'il rechercha, comme avocat, dans les causes populaires, qu'il mit ensuite en évidence à la tribune, comme député, et qui s'est enfin énergiquement déclarée en lui à la révolution de Février, dont il a été, en quelque sorte, le premier ministre.
Après ses éludes de droit, il prit la carrière du barreau, et pour échapper plus vite à l'ennui d'un nom inconnu , il déserta de bonne heure les causes civiles, pour défendre les journaux de l'opposition démocratique la plus avancée, dans les nombreux procès de presse que la révolution de Juillet ne larda pas à faire naître. Une chose digne de remarque , c'est que les révolutions ne tiennent jamais ce qu'elles promettent, et cela peut provenir de ce que dans les premiers moments de leur victoire, par une lutte qui emporte tout comme un torrent, les révolutions obtiennent plus qu'elles ne l'espéraient durant la longue conspiration qui les préparent. Quand on conspire , on se met d'accord pour renverser , mais
quand on a triomphé, on se divise pour reconstruire, tant bien que mal "et comme on peur. Arrive alors la curée des places. Les prétentions surgissent, les amitiés s'oublient, tout le monde court à l'assaut des traitements et des grades, et Ton ne s'entend plus; puis, pour couronner l'œuvre, les meneurs, qui ne se sont pas battus, mais qui ont fait battre les autres, escamotent la révolution faite à leur profit, sous la triple devise de liberté, égalité et fraternité; et au lieu d'une république belle et bonne, avec tous ses citoyens heureux, vous avez, d'un côté, l'oligarchie de quelques membres d'un gouvernement vivant dans l'opulence du trésor public , et, de l'autre côté, un brave peuple, se mordant les doigts dans la misère , et las de vaincre et de crier : Vive la République démocratique et sociale ! Cela s'est vu en 1330, cela se voit en 18^8, cela se verra toujours; et, ceci dit à titre de simple observation morale , nous revenons au citoyen Ledru-Rollin.
Nous le reprenons au barreau. Il y obtient des succès. Son talent est reconnu, incontestable ; mais il y a tant de grands talents à notre barreau de France, que le sien y restait honorablement en seconde ligne. Ce n'était pas un rang digne de son ambition. Il le comprit , dit adieu à ses confrères de première instance et de la Cour d'assises, et acheta une charge à la Cour d'appel et au conseil d'État.
C'était un plus grand théâtre, judiciairement parlant, et qui avait, en outre, l'avantage de lui laisser plus de loisirs à donner à la pohtique. Sous la Restauration, il fallait quarante ans pour être admis à la Chambre législative ; mais, à la révolution de Juillet, la condition d'«1ge avait été abaissée de dix ans.
En 1841 , Ledru-Rollin avait 3Zi à 35 ans. Il se trouvait, pour l'âge, dans la condition voulue, et il fut nommé député par le deuxième collège du Mans, en remplacement de Garnier-Pagès qui venait de mourir. Garnier-Pagès était un franc libéral , un républicain honnête et consciencieux, plein d'esprit et de savoir, et gui voulait la Uberlé, mais la liberté avec Tordre, l'ordre
pour tous, ce que Ton appelle l'ordre enfin, sans circulaires ni bulletins. Aussi Garnier-Pagès a-t-il été estimé et regretté de tous les partis, qui rendent aujourd'hui la même justice à son frère.
Une fois à la Chambre , Ledru-Rollin consacra toute son éloquence aux questions démocratiques. 11 ne prenait la parole que sur ces questions-là. En 1833, il avait rédigé une consultation contre le régime des conseils de guerre créés par la mise en état de siège de la ville de Paris. 11 pubha, en 183Û, un Mémoire sur les massacres de la rue Transnonain. M. Thiers doit en savoir quelque chose ; il était alors ministre de l'intérieur, et le maréchal Bugeaud commandant de la force armée , ce qui peut, dès à présent, servir à constater que si, par hasard, M. Ledru-Rollin pensait quil est très légal de faire des barricades et de se battre dans la rue contre un gouvernement établi , quand il est monarchique , bien entendu, MM. Bugeaud et Thiers ne sont pas de son avis. Même en république, pourvu qu'on soit bon républicain, comme nous le sommes tous, toutes les opinions honnêtes sont permises.
Dans la session des chambres de 18Zi7 , le député du Mans eut deux occasions de se distinguer démocratiquement. Dans l'une, il s'agissait de l'organisation du travail. — Nous eu sommes fâchés pour M. Louis Blanc ; mais l'initiative de cette pensée, si féconde en richesses pour l'ouvrier, comme chacun sait, appartient bien à M. Ledru-Rollin, et non au président des séances du Luxembourg, en mars ISZiS. — Voici le fait : On bâtissait alors un grand nombre de maisons. On bâtit toujours beaucoup à Paris. Or, en ce temps-là, les ouvriers charpentiers se mirent en grève. Ils voulaient déjà une augmentation de salaire et une diminution dans les heures de travail. — Vous voyez que c'est encore une idée qui ne paraît pas être de l'invention de ^I. Louis Blanc. — Qu'arriva-t-il ? Les maîtres charpentiers refusèrent l'augmention et la diminution. Les ouvriers se mirent en grève. La suspension d'immenses travaux est un événement grave dans une capitale comme Paris. D'une grève à une émeute, il n'y
a pas loin. Le gouvernement constitutionnel s'en émut, le conseil des ministres en délibéra , et décida que pour donner aux mutins le temps de réflécliir, on enverrait les soldats de la garnison faire des charpentes. Ce qui fut dit fut fait.
j\I. Ledru-Rollin ne laissa pas échapper celte occasion d'adresser des interpellations au ministre de la guerre. 11 s'agissait des ouvriers; on eut dit qu'il prévoyait qu'il serait un jour leur ministre dirigeant. Ce fut le ministre de l'intérieur qui répondit. Ce pauvre M. Duchâtel avoua que la question de l'organisation du travail lui paraissait , à lui , très difficile , qu'il l'avait étudiée souvent et très sérieusement ; mais qu'il n'avait rien pu trouver pour la résoudre, et le débat en resta 15. Il est probable que le député ne fut pas satisfait de cette solution négative du ministre ; mais il n'insista pas, dans l'espoir, sans doute, d'apprendre plus tard à M. Duchâtel que la chose était très possible avec l'aide de M. Louis Blanc.
Cependant le ministère Guizot perdait tous les jours du terrain, on lui demandait depuis longtemps la réforme, la réforme électorale et parlementaire ; ce à quoi et pour bonne raison le gouvernement faisait la sourde oreille. Le suffrage universel l'effrayait, et tout prouve aujourd'hui qu'il avait tort. En désespoir de cause, que fit l'opposition de gauche, y compris M. Ledru-Rollin, composant à lui seul l'extrême gauche ou la Montagne de la fin du règne de Louis-Philippe? Ce qu'elle fit, ce qu'on fait encore dans un pays où tout finit par des chansons. En France, on mange, on boit, on chante et l'on rit la veille pour mieux se battre le lendemain. Ou fit donc des banquets.
Les banquets de Lille et de Dijon, dans lesquels Ledru- IvoUin porta si haut la bannière démocratique, sont présents à toutes les mémoires, et dans la discussion de l'adresse, au mois de février dernier, l'orateur grandit encore sa renommée par une chaleureuse improvisation qui tint toute la Chambre haletante d'attention , et qui réduisit à néant l'éloquence de procureur de l'ex-ministre
Hébert , qui trouvait dans la Charte un texte pour Tinterdiction des banquets.
Interdire les banquets!., mais c'était vouloir une révolution! Aussi, elle n'a pas manqué, et pour y arriver, on décida, séance tenante, qu'un dernier banquet aurait lieu à la barrière de l'Étoile. C'était, ma foi, un bon tour à jouer à M. Hébert, et Ton a très bien tait de remplacer cette cbarte avec laquelle on ne pouvait pas vivre, par une constitution qui non seulement n'interdit pas les banquets, mais qui les permet en ville, hors la barrière, partout et à tout prix, depuis 5 fr. jusqu'à hO centimes. Rien n'est plus Français et plus patriotique- 11 faut que tout le monde vive, même sans payer ou en payant peu. Le vrai type du peuple parisien, c'est le gamin devenu mobile : ce gamin-là se ferait tuer pour un banquet, dutil n'en avoir que les miettes.
C'est ce fameux banquet, qui pourtant n'eut pas lieu, et précisément à cause de cela, qui décida la révolution. On était alors au 22 février.
Avant d'entrer dans le récit de ce qui s'est passé le 23 février, en ce qui concerne seulement M. Ledrii- Rollin, — ne vous effrayez pas, — il nous prend envie de vous conter... un vrai conte bleu sans doute, mais qui a sou côté piquant.
A ce banquet de la barrière de l'Étoile, un grand nombre de députés de l'opposition devaient s'asseoir et fraterniser en l'honneur de la réforme ; M. Odilon Barrot était un des convives obhgés. Assurément M. Barrot était loin de prévoir où ce banqnet du 22 février pourrait le conduire, puisque son collègue, M. Crémieux, a dit à la tribune, en juillet dernier, que le 23 février à midi, il n'en savait rien non plus.
On dit donc que M. Barrot fut prévenu la veille, par la police du château, qu'on avait décidé dans un club que, pour motiver une émeute au grand complet, on devait, en se rendant processiounellement à la barrière de l'Etoile, d'après le programme, amener une bagarre comme par hasard, et que, dans la mêlée, on couperait deux têtes pour ameuter ensuite tout Paris en les por-
tant sur des piques. Or, la tête de M. Barrot devait être une de ces deux têtes, et vous pensez que cet incident lui donna fort à refléchir, si bien qu'il se dispensa de faire partie de cette promenade à la barrière. Est-ce vrai, est-ce un faux bruit ou une ruse de la police? nous n'en savons rien. Demandez-le à M. Barrot; et de la veille du banquet passons au lendemain.
Le lendemain, 23 février, la révolution commence, les rues sont pleines de monde, des groupes nombreux chantent la Marseillaise. On crie : Vive la réforme! L'agitation marche. Les abords du Palais-Royal, des Tuileries, les boulevarts, les Champs-Elysées sont encombrés de troupes. La bataiUe commence sur quelques points.
Le 2/i, le danger s'accroît d'heure en heure. Louis- Philippe, averti, n'a pas le temps de terminer son déjeuner à peine commencé. Il abdique en faveur du comte de Paris, et bientôt après il est obligé de fuir avec une partie de sa famille.
A la Chambre des députés, la séance s'ouvre à une heure. La duchesse d'Orléans s'y rend avec son fils. Elle doit prononcer un discours. MM. Dupin, Odilon Barrot montent a la tribune. Le nouveau ministère est formé. On va proclamer la Régence. Mais les tribunes, déjà envahies par des hommes du peuple envoyés par les clubs, reçoivent un renfort d'environ 50 blouses armées de sabres ou de fusils. Un bataillon de ligne, qui garde la grille du palais, reçoit l'ordre d'un général de ne pas s'opposer au passage des nouveaux venus (c'était, disait-il, l'ordre du roi). Ils entrent dans la salle, tirent quelques coups de feu. La Régence est écartée. On protège la fuite de la mère et du fils. Ledru-Rollin monte a la tribune et dit :
« Je demande au nom du peuple qu'un Gouvernement provisoire soit nommé.
Le peuple. Oui, oui.
Ledru-Rollin. Voici les noms : Dupont (de l'Eure), Arago, Grémieux, Lamartine, Garnier-Pagès et Ledru- Rollin (acclamations). — INous sommes obligés de lever la séance pour nous rendre au siège du gouvernement.
— SO- DE TOUTES PARTS. A l'Hôtel-de- Ville ! Vive la République !
Et Ton part pour l'Hôtel- de- Ville. La révolution est faite, et faite par et pour deux journaux : h Nalionaf ol la Réforme.
Ledru-Rollin était depuis longtemps le chef du journal la Réforme.
C'est donc la Réforme qui compose d'abord un gouvernement provisoire.
Mais à l'Hôtelde-Ville le rédacteur en cliQÏ du iVfltional ïéddime sa part du pouvoir. M. Marrast est admis avec Flocon et Albert, — et ici commence le règne du Gouvernement provisoire, ^ous avons cru devoir en poser nettement le point de départ. L'histoire dira le reste.
Suivons Ledru-Rollin. On se partage les ministères. 11 prend celui de l'intérieur. Il prend le haut du pavé. Il veut républicaniser les provinces, et malgré les sages remontrances de quelques-uns de ses collègues, il envoie dans les départements des commissaires extraordinaires, choisis parmi les hommes les plus exaltés, et leur donne des pouvoirs illimités pour destituer les juges, les généraux, les financiers et tous les employés suspects d'incivisme. Les provinces réclament contre cette terreur. Ses collègues se fâchent et font une proclamation contre cette guerre qui viole tous les principes de la souveraineté du peuple. Ledru-Rollin persiste, et publie chaque jour des circulaires et des bulletins qui soulèvent les populations contre une pareille République renouvelée du Robespierre de 93,— mais cette fois c'est un Robespierre en gants jaunes et de I8/18. Autres temps autres mœurs.
Et qui le croirait ? Cette épuration générale et violente, ces innombrables destitutions, proposées par ses commissaires en mars et avril, s'opèrent encore aujourd'hui, tous les jours, tant le nombre en est grand 1 C'est sans doute ce que Ledru-Rollin a appelé la conciliation dans un de ses discours à la chambre, en juillet. Cette manière de la pratiquer ne convient pas à la France qui, depuis, a pris son nom comme le drapeau de la Repu-
bliqiie rouge et du communisme. Le peuple est si peu savant qu'il confond ces deux doctrines. A-t-il tort?
On sait le reste , et tout le monde connaît tous les détails du rôle dictatorial et révolutionnaire de Ledru- Rollin pendant Texistence du gouvernement provisoire, il s'y est fait, pendant deux mois et qîîelques jours, une renommée qu'on n'oubliera pas. Tous les moyens sont bons quand on veut écrire son nom dans l'histoire d'un peuple.
Mais voilà que son étoile va pâlir. Le suffrage universel a nommé les représentants. L'Assemblée nationale se constitue le h mai. Pensera- t-elle comme la France qui l'envoie? Un scrutin significatif va nous l'apprendre.
Le règne du gouvernement provisoire a cessé. Le scrutin est ouvert pour nommer une commission executive. La noble conduite de Lamartine lui a valu près de trois millions de voix, magnifique récompense de son énergie sur la place publique et de ses principes modérés, dans le conseil de l'Hôtel-de-Ville : popularité immense qui le désigne d'avance comme le chef providentiel qui doit sauver la France.
Mais, hélas! que la ^ïopularité est fragile! Lamartine déclare à la tribune qu'il ne veut rester au pouvoir qu'avec Ledru-Rollin, et la chambre nomme Arago, Garnier-Pagès, Marie, membres modérés du gouvernement provisoire, et Lamartine en quatrième auprès de son ami Ledru-llollin. — Quelle leçon pour le grand poète! c'est tout ce que l'Assemblée nationale peut faire pour lui et pour le punir du secours imprudent qu'il prête à l'homme que l'opinion publique repousse à l'unanimité comme gouvernant.
Dans la commission executive et jusqu'au jour de la chute de ce second gouvernement, Ledru-Rollin s'efîace en apparence. Mais il domine encore au dehors par ses amis Caussidière, Sobrier, Blauqul et autres frères et amis, et bientôt arrivent le 15 mai , et puis les terribles journées de juin. Un instant on a cru qu'il était compromis dans la première affaire , et qu'il irait rejoindre P>arbès et Haspail à Vincennes. Il paraissait sérieuse-
ment incriminé par des dépositions énergiques rapportées par la commission d'enquête. Mais, allant au devant de raccusation , il l'a provoquée à la tribune avec un véritable talent d'improvisation, il faut le reconnaître; un incident imprévu a empêché l'attaque de se produire. Dans la seconde séance, à minuit, le pouvoir exécutif est venu apporter un réquisitoire qui ne déclarait la conviction acquise de culpabilité que pour Caussidière et Louis-Blanc. Quant à Ledru-Rollin , le réquisitoire n'en dit mot. Qu'il soit innocent ou nom, il Ta échappé belle ! Mais Dieu préserve la bonne République de son retour à la tête des affaires du pays.
Et , certes , c'est un vœu qu'on peut faire quand on songe que sous son ministère Caussidière, préfet de police, chargé de veiller au repos des habitants de Paris, et procédant à l'ordre par le désordre , ainsi qu'il l'a dit lui-même à la chambre, envoyait tous les soirs dans les rues, pêle-mêle comme un troupeau de moutons, des bandes en blouse, crier à tue-tête : Des lampions!.,. Système d'intimidation nécessaire à la tranquillité de la ville. — Et le 15 mai, comme dans les journées de juin, quel était le mot d'ordre donné à l'insurrection ? — Encore Caussidière! toujours Caussidière!... 0 grand Caussidière !... A toi le grelot de la police et des émeutes ! — Quelle triste comédie !
Aujourd'hui, grâce au ciel, le représentant du peuple, élu par le deuxième collège du Mans en 18/il, ne gouverne plus la France. Redevenu tribun, comme devant, il continue à faire de la propagande dans les nouveaux banquets. Le discours qu'il a prononcé au Chêlet est à la fois un appel aux doctrines du socialisme et une déclaration de guerre contre le gouvernement actuel. Ledru- Roilin reproche à ceux qui occupent le pouvoir de ne pas donner le droit au travail et de n'avoir rien fait pour le peuple.
Ceux-ci ne peuvent-ils pas lui renvoyer l'accusation avec tout autant de justesse? Ledru Rollin a été dans le gouvernement investi d'une influence prépondérante, du 2Zi février au 23 juin. Ou'a-t-il donc fait lui-même?-
Où sont ses litres à la reconnaissance du peuple? N'estil pas lin de ceux qui ont le plus contribué à agiter les esprits et à soulever des inquiétudes dans l'opinion publique? Ses grandes mesures révolutionnaires, plagiats inintelligents d'une époque qu'il idolâtre, et que la Frane juge avec beaucoup moins d'enthousiasme, n'ont fait que le déconsidérer, en excitant la défiance universelle et en jetant la discorde là où régnait d'abord l'union la plus sincère. Ce qui lui est propre dans les actes du gouvernement provisoire ne lui donne pas le droit d'avoir le verbe haut à Tégard des autres. Mous en attestons les souvenirs de tout le monde : n'est-ce pas lui, ne sont- ce pas ses allures proconsulaires qui ont créé les premiers embarras et les premières difficultés?
Enfin, Ledru-RoUin est un des candidats à la Présidence, celui de la République rouge, et l'on dit que la France, ruinée par une immense crise dans les affaires et une lourde surcharge dans les impôts, sera encore assez riche en partisans de la démagogie, pour lui fournir un appoint de k à 500 mille voix. Si donc la majorité absolue des suffrages n'est à personne, son nom figurera sur la liste des cinq candidats parmi lesquels l'Assemblée nationale doit choisir le président. Tout le monde sait d'avance qu'elle ne nommera pas Ledru- Rollin. — Et Dieu sauve la France !
[Maintenant tout est dit sur l'ex-dictateur du Goirvernement provisoire, oublions-le ; et pour compléter cette biographie, nous ajouterons ici, pour mémoire, une petite anecdote assez gaie. Il est bon qu'elle ne soit pas perdue pour l'histoire des destitutions en masse. La voici :
Quelques jours après la séance du 2Zi février, dans laquelle on devait proclamer la Régence, M. Crémieux, ministre de la justice, dit à M. Dupin, procureur-général de la Cour de cassation :
— a Tu sens bien, mon cher ami, qu'au train où vont les choses, je serai forcé de te destituer. J'en serai désolé pour toi ; mais eu conscience, je ne puis pas faire autrement.
— « Je le regretterais d'autant plus pour toi-même, répondit, avec un sourire narquois, M. Dupin en tirant un papier de sa poclie, que si madame la ducliesse d'Orléans avait pu, dans la séance du 2:^ février, prononcer je petit discours que lu avais composé pour elle, et que voilà, tout entier écrit de ta main , il est probable que l'idée de ma destitution ne te serait pas venue. » — A bon entendeur, salut !
M. Crémieux se tint pour averti, et M. Dupln est resté procureur général de la première cour de la Uépublique.