‹ Un épisode de la Révolution de 1848Chapitre 19 sur 66 · IV. PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

IV. PROPRIÉTÉ

Tous les socialistes, il faut le reconnaître , ne blasphèment pas avec F audace de Proudhon , tous n'ont pas , en matière de mariage, le cynisme de Fourier et de Saint-Simon.... mais tous attaquent plus ou moius le principe de la propriété : peccadille en vérité , en comparaison des énormités que je viens de flétrir.

Proudhon, Contradictions économiques, tome II , page 328. — i La propriété c'est le vol. Il ne se dit « pas en mille ans deux mots comme celui-là. Je n'ai « d'autre bien sur la terre que cette définition de la « propriété : mais je la tiens plus précieuse que les « millions des Rothschild , et j'ose dire qu'elle sera « l'événement le plus considérable du règne de Louis- « Philippe. »

Mais si la propriété c'est le vol , nous sommes en France 25 millions de voleurs, qui devrions aller bien yUç remplacer, au bagne et dans les maisons cen-

traies, les cinquante mille martyrs de la propriété, comme les appellent les socialistes.

§ 2. — Des principales formes du socialisme.

Je l'ai dit plus haut , il est un point , un seul , sur lequel sont d'accord toutes les sectes socialistes. A les entendre , rien de plus mal ordonné , de plus inique , de plus infâme que le régime sous lequel nous vivons. L'homme exploité par l'homme , le pauvre par le riche , le faible par le fort ; des classes entières vouées par la misère à la corruption , au vice, au crime... Et comme cet ordre social repose tout entier sur la famille et la propriété , les novateurs en concluent qu'il faut supprimer la propriété , détruire la famille.

Mais , ô grands réformateurs, votre tableau est faux, absolument faux pour nos campagnes, c'est-à-dire pour les deux tiers de la nation : nos paysans sont presque tous propriétaires, ils ont les 19/20^^ du sol ; et ils seront bien surpris en apprenant que vous les considérez comme voués à la corruption, au vice et au crime. — Votre tableau n'est vrai , et seulement sous certains rapports , que pour les ouvriers industriels qui s'accumulent si malheureusement dans nos grandes cités manufacturières ; et ces ouvriers s'élèvent à peine à im million sur 35 millions d'hommes dont se compose la nation française.

Encore, même pour cette classe de citoyens , votre tableau est-il indignement exagéré : oui, dans les5

temps de chômage qu'entraînent les crises commerciales ou politiques, oui la misère y est grande, grande a déchirer le cœur. Mais la société est-elle donc coupable de tous ces maux? — N'est-il pas vrai que ces misères proviennent aussi , en partie du moins , des imperfections inhérentes à notre pauvre humanité , et dont les ouvriers ne sont pas plus exempts que les autres? N'est-il pas vrai que les ouvriers industriels , si admirables d'intelligence , de dévouement , de patriotisme , manquent en général de prévoyance , d'ordre et d'économie? N'est-il pas vrai que , dans les temps prospères, ils songent peu à économiser pour les temps de chômage ou de maladie; qu'ils se laissent entraîner trop souvent aux dépenses du cabaret et aux jouissances coûteuses qu'offrent les grandes villes? — N'est-il pas vrai enfin que ceux qui savent résister à ces malheureux défauts , arrivent presque tous à un état meilleur? N'est-il pas vrai que les plus riches industriels de France ont commencé par être de simples ouvriers , seulement ouvriers plusjaborieux, plus économes que les autres? Et combien ils seraient plus nombreux , ces favoris de la fortune , si , malgré des causes de misère trop réelles , les ouvriers des villes avaient la frugalité et l'économie des gens des campagnes !

Voila la vérité : mais vous vous gardez bien de la dire aux ouvriers ; vous préférez verser le vitriol sur leurs blessures , égarer leur raison , et les pousser au désordre qui tue, avec le travail, le pain du travailleur. Vous flattez les ouvriers, comme les courtisans Hatteut les rois, non ])ourcuX; mais pour vous, pour

satisfaire, qui sa vanité d'auteur, qui son ambition politique ; vous les poussez aux barricades , et, pendant qu'ils se battent en braves , vous vous tenez à l'écart.

Au surplus, voyons les remèdes que vous proposez.

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