‹ Un épisode de la Révolution de 1848Chapitre 23 sur 66 · M. PROUDHON. — M. LEDRU-ROLLIN · texte numérisé non relu

M. PROUDHON. — M. LEDRU-ROLLIN

Aucun des socialistes anciens ou modernes n'a escaladé la célébrité avec autant d'audace que M. Proudhon ; aucun surtout n'a possédé à un degré égal le génie du sophisme.

En 1 840 , pour son début , il entre dans la carrière par son Mémoire : Qu'est-ce que la propriété ? La propriété c'est le vol. — Puis , estimant sans doute lu propriété morte et hien morte de ce seul coup, il clierche une thèse plus retentissante encore , et s'attaquant à DIEU même, il affirme l'avoir écrasé.

Reste à savoir comment il comblera le vide assez considérable , il faut en convenir, que sa double victoire va faire dans l'univers.

Cela n'est pas facile à dire; car, si M. P. Leroux est peu clair, M. Proudhou est bien changeant. C'est la contradiction faite homme.

Le premier ouvrage de M. Proudhou se terminait par une touchante prière adressée à la Divinité contre les propriétaires ( 1840). — Dans ses Contradictions économiques , vous savez comment il blasphème la Divinité (1846). Première contradiction.

Bans ce même traité des Contradictions économi-

ques , M. Proiidhon avait flagellé , avec une verve et une âpreté incomparables, tous les systèmes socialistes; il avait flétri le Communisme comme une absurdité, \e phalanstère comme une bêtise et une turpitude, la république démocratique comme une œuvre d'impuissant... Et aujourd'hui, dans le journal le Peuple, il se proclame le champion de la république démocratique et socialiste. — Seconde contradiction.

Dans son premier Mémoire, M. Proudhon avait dit: « Pour moi , j en fais le serment . je serai fidèle à mon « œuvre de démolition ; je ne cesserai de poursuivre « la vérité à travers les ruines et les décombres. . . Que « mimportent à moi le repos et la sécurité des riches? « Je me soucie de Tordre public comme du salut des « propriétaires. » — Et puis, dans le Prospectus de la Banque du Peuple (février 1849), M. Proudhon proteste contre le reproche d'avoir attaqué la propriété : « Je proteste qu'en faisant la critique de la propriété, « ou pour mieux dire de l'ensemble d'institutions dont « la propriété est le pivot, /e n'ai jamais entendu, ce ni attaquer les droits individuels reconnus par les « lois antérieures, ni contester la légitimité des pos- « sessions acquises , ni provoquer une répartition arec bitraire des biens , ni mettre obstacle à la libre et (c régulière acquisition, par vente ou échange, des procc priétés , ni même interdire ou supprimer, par décret ce souverain, la rente foncière et lintérèt des capi- « taux. » — Troisième contradiction.

Le système foudamental de M- Proudhon. prêché

par lui, sous toutes les formes, dans ses livres comme dans les journaux , c'était la proscription du capital , de l'argent ; plus de numéraire , plus de vente. Spécifique souverain, V échange devait suffire à tout. — Puis, quand il s'agit de fonder sa fameuse Banque d'échange, décorée du titre pompeux de Banque du Peuple , comme le plus vulgaire banquier, M. Proudhon s'adresse très-humblement k ce même capital si conspué, à ee numéraire si dédaigné. — Quatrième contradiction.

Enfin , car il faut en finir, dans son Prospectus de la Banque du Peuple , M. Proudhon avait dit :

« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'égale, « qu'aucune n'égalera jamais... Je veux changer la « base de la société , déplacer l'axe de la civilisation , « faire que le monde qui , sous l'impulsion de la vo- « lonté divine , a tourné jusqu'à ce jour d'occident en « orient , mû désormais par la volonté de l'homme , « tourne d'orient en occident (Journal le Peuple, n°du « 19 février 1849). — Je fais serment devant Dieu « ( devant Dieu ! ! ! ) et devant les hommes, sur l'Evan- « gile et sur la Constitution , que je n'ai jamais eu ni « professé d'autres principes de réforme sociale que « ceux relatés dans le présent acte , — et que je ne « demande rien de plus , rien de moins que la libre et « pacifique application de ces principes et de leurs « conséquences logiques, légales et légitimes. — Je « déclare que , dans ma pensée la plus intime , ces « principes , avec les conséquences qui en découlent , « sont tout le socialisme , et que ; hors de là , il nest

« qu'utopie et chimère — Ceci est

(( mon testament de vie et de mort. A celui-là seul

« qui pouiTa mentir en mourant, je permets d'en soup-

« çonner la sincérité. — Si je me suis trompé, la rai-

« son publique aura bientôt fait justice de mes théo«

« ries; il ne me restera qu'à disparaître de Va-

« rêne révolutionnaire, après avoir demandé pardon

« à la société et à mes frères du trouble que j'aurai

« jeté dans leurs âmes , et dont je suis , après tout , la

« première victime. — Que si, après ce démenti de

« la raison générale et de l'expérience, je devais cher-

« cher un jour, par d'autres moyens , par des suggcs-

(.(. tions nouvelles, à agiter encore les esprits, et e/i-

« tretenir de fausses espérances , y 'appellerais sur

« moi , dès maintenant , le mépris des honnêtes gens

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