‹ Un épisode de la Révolution de 1848Chapitre 28 sur 66 · IV. Quels sont les moyens et les agents de la propagande · texte numérisé non relu

IV. Quels sont les moyens et les agents de la propagande

rouge. ,

Habitants des campagnes, vous qui formez la grande ' masse de la population française , c'est surtout auprès i de vous que la propagande anarchiste redouble ses ef- i forts, épuise toutes ses manœuvres, toutes ses ru- j briques. j

Vous n'avez guère à votre portée d'autre librairie que ' le colportage: c'est lui qui vous fournit l'image accompagnée de récits ou de chansons qui orne la muraille de ; votre demeure ; l'almanach que vous consultez pour vos : occupations, et qui remplit, en hiver, les heures de la ; veillée; le livre d'office et de prières qui élève votre âme vers le ciel ; c'est le colportage, enfin , qui vous apporte j la nourriture de l'esprit, car l'esprit a besoin d'être ali- j mente comme le corps.

Eh bien ! le Socialisme s'est dit qu'il aurait partie gagnée s'il empoisonnait cette nourriture , et il a pris le colportage pour son agent.

Par cette voie , il inonde les campagnes de ses mensonges, de ses calomnies, de ses provocations incendiaires. Souvent , ces productions détestables sont déguisées sous un titre qui n'en laisse pas soupçonner la nature. Le colporteur se présente à la barrière de la cour, au seuil de la maison; il offre sa marchandise. L'honnête cultivateur croit acheter un écrit utile, ou du moins inoffensif, et c'est le poison socialiste qu'on lui vend.

Les Ravageurs savent bien que , pour ouvrir la porte aux idées subversives , rien n'est tel que la corruption des mœurs. Aussi, ont-ils soin de mettre dans le ballot

du colporteur force livres, couplets et images obscènes : ils tâchent d'inoculer aux campagnes la lèpre morale éclose dans la fange des cités.

Ces turpitudes seront ainsi glissées dans les mains de votre jeune fils, de votre femme, de votre fille; elles souilleront leurs regards et leur imagination ; elles feront entrer sous votre toit l'inconduile, le désordre , l'infamie.

Puis viennent tous les malheurs, souvent tous les crimes qui en sont la suite ; il n'en est aucun, sans exception, où les mauvaises mœurs ne puissent conduire.

Il est une police de moralité qae tous les honnêtes gens, et, en particulier, tous les chefs de famille ont le droit de faire. S'il se présente chez vous un colporteur, n'achetez rien sans avoir soigneusement examiné ce qu'il vous propose. Si le maire de votre commune n'est pas trop loin et mérite votre confiance, invitez le colporteur à vous suivre chez ce magistrat pour faire vérifier ses papiers et le contenu de sa balle. En cas de refus, soyez sûrs qu'il a ses raisons pour répugner à cet examen.

En pareil cas, c'est faire l'œuvre d'un bon citoyen que de seconder l'action de la loi.

Mais les colporteurs de profession ne sont pas les seuU agents que le Socialisme emploie : il a des dépôts dans des cabarets mal famés, chez des individus équivoques ; il a des adeptes qui se font ses distributeurs , comptant bien se récupérer plus tard de leurs peines.

Pour juger ce que valent les doctrines , étudiez un peu ce que valent les hommes; interrogez les antécédents , l'existence de ces apôtres socialistes.

Voyez si ce sont d'estimables pères de famille, tout à leur ménage et à leur état ; des hommes laborieux , de bonne conduite , des travailleurs dans le sens légitime du mot.

Si vous trouvez en eux (comme c'est fjrt probable) de mauvais sujets vivant dans la débauche , des piliers de café, d'estaminet, de cabaret, des ambitieux subalternes qui ont jeté d'avance leur dévolu sur quelque bon emploi, vous aurez l'explication toute simple de leur zèle à pousser au bouleversement général.

Un certain nombre d'instituteurs primaires se sont mis au service des Ravageurs. Ceux qai remplissent honorablement leur utile mission ne peuvent souffrir de l'énergique flétrissure encourue par d'indignes collègues. Quant à ceux qui, trahissant la confiance des familles, forment au mal les enfants remis à leurs soins, et abusent de leur instruction pour pervertir l'esprit d'une commune, ceux-là commettent un véritable crime; et le conseil municipal qui userait de faiblesse envers eux deviendrait leur complice.

Si vous douiez que la Montagne cherche parmi les instituteurs primaires ses auxiliaires les plus actifs, méditez ce passage d'un des pamphlets socialistes qui sont répandus à pleines mains dans nos campagnes :

« Instituteurs, mes amis, la révolution est votre mère, ne l'oubliez jamais ; n'oubliez jamais que vous êtes sortis des flancs de la Montagne; n'oubliez jamais que vous êtes des soldats actifs et puissants de la révolution. Oui! oui, vous êtes des hommes révolutionnaires, essentiellement révolutionnaires. L'instruction est terrible aux riches et aux puissants; la lumière est terrible à ceux qui s'engraissent de l'ignorance et du mensonge ; la lumière est terrible à ceux qui pressurent le peuple, et le nombre de ceux-là en est grand sur la terre. Instituteurs, mes amis, faites-vous conspirateurs par la propagande de la vérité ; faites-vous conspirateurs en prêchant sans cesse, partout et toujours, je ne saurais trop le répéter, faites-vous conspirateurs en enseignant la

liberté, l'égalité , la fraternité ; oui, organisez dans toute la France la grande conspiration de la fraternité ; faitesvous conspirateurs pour le bien public, pour le bonheur de l'humanité, pour le bonheur du peuple, etc., etc. »

Ce que les Ravageurs appellent V instruction, c'est la science du mal; quant à l'instruction véritable, celle qui élève et ennoblit l'homme, celle qui Téclaire en le rendant meilleur, ce sont eux qui sont ses plus grands ennemis.

Faut-il rappeler le régime de la Terreur supprimant les Académies et toutes les sociétés savantes, écrasant, dans sa haine, toute supériorité intellectuelle sous le plus ignoble et le plus brutal niveau?

Faut-il rappeler le Gouvernement provisoire proclamant, dans une circulaire, que Vignorance n'était pas un obstacle aux fonctions législatives, c'est-à-dire que l'on pouvait être un excellent représentant sans savoir ni lire ni écrire?

Et les rouges osent encore parler de leur amour et de leur zèle pour les lumières !

Ah ! les hommes d'ordre veulent l'instruction pour les classes populaires, ils la favorisent de tout leur pouvoir, mais non pas comme un instrument de corruption publique et privée.

Pères de famille, ce n'est pas à des conspirateurs qu3 Yous entendez confier vos enfans.

Quand on aura inculqué à leur jeune intelligence les principes les plus subversifs, croyez-vous qu'ils seront pour vous des fils respectueux, tendres et soumis? N'en doutezpas, votre intérieur, votre foyer éprouvera, tout le premier, les funestes effets de ces doctrines. Vos enfants s'essaieront chez vous à la rébellion contre toute autorité divine et humaine j ils vous feront de la république

démocratique et sociale à domicile, et les chagrins les plus amers abreuveront vos vieux jours.

L'intérêt de la Famille n'est-il pas étroitement uni à celui de la Société tout entière?

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