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V. y ouveau prétexte d'agitation exploité par les Ravageurs

Dans chacune des périodes que nous avons parcourues depuis la révolution de février, les rouges ont eu leur prétexte d agitation à exploiter dans les masses.

Au 15 mai, c'était la Pologue.

Pour les barricades de juin, ils mirent en œuvre la question du travail. C'est en invoquant ce mot fallacieux qu'ils inondèrent de sang le pavé de Paris. Cette menteuse enseigne resta ensevelie sous les cadavres entassés par leurs mains.

Hélas! peu s'en fallut que le travail aussi n'y pérît sans retour.

Plus lard, les Ravageurs inventèrent autre chose : ce fat la restitution de lindemnité des émigrés. Ils chauffèrent leurs journaux à triple vapeur; ils firent circuler partout des pétitions pour réclamer celte prétendue restitution.

L'on n'eut pas de peine à démontrer que l'indemnité, en effaçant des distinctions malheureuses, avait élevé considérablement la valeur des anciens biens nationaux, et profité bien plus aux nouveaux propriétaires et à la richesse de la France en général, qu'aux émigrés euxmêmes: — que la reprise de cette indemnité, légalement acquise depuis vingt-quatre ans, frapperait, par ricochet, des milliers de propriétaires actuels, grands et petits, et causerait une perturbation incalculable.

Dans les coulisses de leur Ihéâlre, les socialistes, ces mauvais comédiens, se moquaient de leur propre invention : ils savaient parfaitement qu'une pareille monstruosité n'avait aucune chance; mais ils voulaient agiter les esprits. — L'agitation leur fil défaut.

Il se trouva encore, Dieu merci ! du sens commun en France.

Le prétexte de l'indemnité une fois tombé dans l'eau, nos comédiens roujçes pp.sscrent à un autre exercice, à une nouvelle attrape : ce fut l'affaire de la République romaine.

Oh ! certes, on eut là de quoi priser à sa juste valeur le patriotisme montagnard.

A Rome, nos républicains rouges s'unissaient aux soldats de Mazzini contre l'armée française, et vomissaient sur elle balles et mitraille. À Paris, ils faisaient ouvertement des vœux pour nos ennemis; ils célébraient avec enthousiasme de prétendus désastres essuyés par nos troupes; ils étalaient avec emphase Iss pertes énormes que, suivant eux, nous avions subia?; ils dansaient la Carmagnole sur les cadavres de nos soldats.

C'est au nom de la République romaine que fut faite la journée du 13 juin, comme celle du 15 mai 18i8 au nom des Polonais.

Hélas! la déroute du boulevard des Italiens servit de prélude à la déconfiture de Mazzini. Infortunés patriotes rouges qui eurent la douleur de voir le triomphe de nos armes! Le National (son titre était singulièrement justifié: faillit en prendre la jaunisse.

A présent, il n'est plus question de la République romaine. Aussi bien, nos populations, même celle de Paris, s'étaient fort peu émues en sa faveur. Que la République romaine dorme dans sa tombe avec la République de Savoie, qui a duré vingt-quatre heures; avec la

République de Bade, la République de Florence, la République de Sicile, et toutes ces parodies démagogiques suscitées par nos commis-voyageurs en barricades !

A présent , quel est le nouveau prétexte d'agitation mis en avant par les Ravageurs? Le voici :

L'impôt des boissons.

VL Dans quelles vues cet impôt fut supprimé par la Constituante»

On se rappelle dans quelles circonstances l'Assemblée constituante supprima cet impôt.

Après s'être cram.ponnée tant qu'elle put au pouvoir qui lui échappait, elle avait dû se résoudre abattre en retraite. Une grande partie de ses membres étaient bien certains de ne pas r. venir, et c'est avec une amère douleur qu'ils disaient adieu à leurs chers vingt-cinq francs.

Dans l'espoir de se refaire un peu de popularité, et puis par esprit de vengeance, pour léguer un grave embarras à leurs remplaçants, ces moribonds parlementaires supprimèrent , en un tour de scrutin, une des principales branches du revenu public, un produit de 103 millions.

Comment combler un pareil vide, surtout dans l'état où les révolutions ont réduit nos finances?

Mettre la nouvelle Assemblée entre un déficit énorme et l'impopularité que l'on espérait jeter sur elle si elle maintenait l'impôt, préparer ainsi les éléments d'une secousse, d'une catastrophe peut-être ; voilà qpel était le calcul des constituants congédiés.

Sous peine d'une banqueroute publique, il a bien fallu, comme affaire d'urgence,; maintenir l'impôt, et là des-

— IS- SUS, les Rouges ont procédé selon l'ordre et la marche arrêtés.

Avant la discussion de la loi , ils avaient, suivant la recelle et la formule ordinaire, poussé tant et plus aux pétitions, mis en campagne le ban et l'arrière-ban de leurs fidèles pour recruter des signatures par tous les moyens, par la surprise, l'iraportunité, l'appel à désintérêts mal compris; ils avaient posé cetle question de finance comme une question sociale débattue entre le riche et le pauvre, entre le privilège et les masses. Depuis le vote, ils travaillent à outrance pour ameuter les passions, ils sonnent à toute volée le tocsin de la haine, en vue d'une nouvelle révolution.

Nous , c'est à la raison et à la vérité que nous ferons appel.

VII. A qui profiterait tabolition de l'impôt sur les boissons.

Certes, il faut chercher à soulager le plus possible la classe pauvre, la classe ouvrière, à augmenter son bienêtre; mais l'abolition totale de l'impôt sur les boissons atteindrait-elle ce but si désirable?

Si l'on s'en rapporte aux déclamations des journaux et des orateurs de la Montagne , il semble qu'en cette circonstance, le parti modéré se soit montré insoucieux des besoins populaires : il ua été que prévoyant. D'abord, tout le monde, sans exception, se ressentirait d'une catastrophe comme la banqueroute de l'iitat; et puis réfléchissez.

On n'a pas oublié ce qui arriva quand le Gouvernement provisoire, voulant se rendre populaire, et entassant décrets sur décrets , sans calculer l'avenir, suppri-

ma, d'un trait de plume, le droit sur la viande. Payaiton cet aliment meilleur marché? Non. Tandis que le revenu public souffrait, le consommateur ne réalisa aucune économie : il n'y avait de profit que pour les bouchers. Bientôt, il fallut remettre le droit, et l'on ne s'al>erçut pas de son rétablissement, car on ne s'était pas aperçu de son abolition.

Eh bien, si l'impôt des boissons était supprimé, il en serait de même, surtout pour la classe ouvrière. Celte mesure, soutenue parla Hépublique rouge, soi-disant au profit des citoyens pauvres , profilerait non pas à eux, mais aux personnes riches ou aisées, et vous allez le voir.

La classe riche ou aisée achète le vin en pièce. A Paris, qu'un particulier fasse venir de Bordeaux ou de Màcon une barrique de vin, il paie tant pour le liquide, tant pour l'entrée , deux articles bien distincts. Naturellement, si le droit d'entrée était supprimé, il ne le paierait plus.

Mais l'ouvrier n'achète du vin que chez le cabaretier, chez le détaillant : or, pour le vin vendu en détail, il arriverait comme il est arrivé pour la viande, qui se vend également au détail. Croyez-vous, bonnes gens, que le cabaretier vous ferait sur la bouteille, le lilre, le canon, qu'il vous vend, la diminution proportionnelle de l'impôt supprimé?

C'est lui qui profiterait de l'abolition des droits , et non pas vous.

Si la vendange venait à manquer totalement , le cabaretier pourrait bien invoquer ce motif pour faire payer le vin plus cher, et cela s'est vu; mais jamais on n'a vu qu'en considération d'une récolte fort abondante, ce même cabaretier diminuât le prix du lilre, de la bouteille ou de la chopine.

îl ne faut pas s'clonner si les détaillants étaient les plus ardents apôtres des pétitions contre l'impôt , si la plupart de ces pétitions se signaient au cabaret, et, comme de juste, après boire. Les cabaretiers plaidaient là pour leur cause. Ils devaient trouver un profit tout net à payer le vin moins cher, sans le vendre moins cher a leurs pratiques.

VIÎI. Effets qu'aurait pour la classe ouvrière la suppressimi totale de l'impôt des boissons.

Comme les cabaretiers, par l'abolition de l'impôt sur les boissons, gagneraient bien davantage, enverrait, sans aucun doute, se multiplier encore les cabarets, déjà beaucoup trop nombreux , les cabarets qui sont la ruine du peuple , sa plaie physique et morale.

Avec le désordre des mœurs, le cabaret est la cause qui contribue le plus à peupler les bancs des tribunaux , les prisons et les bagnes; le cabaret est une cause active et incessante de misère.

L'ouvrier qui s'en va boire bouteille sur le comptoir, au lieu d'apporter ce:lc bouteille chez lui pour en arroser paisiblement son repas de famille et en faire profiter sa femme et ses enl'anls, cet ouvrier trouve des amis qui l'invitent , qui l'excitent; après une bouleilk^ vient une autre ; le via du cabaret est presque toujours altéré , sophistiqué; l'eau-de-vie , ce funeste poison , se met de la partie: la santé, la raison comme l'argent, restent au fond du verre.

Trop souvent , pendant ce temps , il n'y a pas de pain au lo^is.

Le mari revient ivre et trébuchant. Sa malheureuse

femme lui adresse des reproches ; il y répond par l'injure, et pire encore. De là, les querelles de ménage, les %'iolences, les plus détestables exemples donnés aux enfants.

Dites si j'ai tort , si les choses ne se passent pas trop fréquemment de !a sorte.

Eh bien! les cabarets se multipliant, les résultats funestes se multiplieraient pareillement.

En tenant compte de la malheureuse habitude du lundi, est-ce trop d'évaluer à trois cents francs par an la rente que beaucoup d'ouvriers des villes paient auK cabaretiers? Et supputez la somme que , dans un seul jour de foire ou de marché, les cabarets de village et de bourgadvi prélèvent sur le prix des grains el des bestiaux vendus !

Onvriers , et vous habitants des campagnes , il y a un impôt volontaire plus lourd à lui seul que tous les impôts forcés, et, celui-là, il attaque à la fois la bourse, le corps et l'àme : c'est Vimpôt du cabaret.

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