‹ Un épisode de la Révolution de 1848Chapitre 40 sur 66 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

LEDUU-nOLLIN JUGÉ PAR RASPAIL ET PAR LUI-MÊMF.

Reconnaissez l'artiste à des preuves certaines, Et le sang des Cornus qui coule dans ses veines !

Cornus était , dit-on, un grand escamoteur!... Il est douteux pourtant qu'il fit mieux que son petit-fils, à qui Ton ne peut du moins contester l'avantage d'opérer devant un public bien plus nombreux et sur un théâtre de proportions bien différentes!...

Qu'escamotait d'ailleurs le grand-père de M, Ledru ? une muscade , une montre , un mouchoir , un oiseau... Quand le petit-fils se retrousse les manches, c'est autre chose!... gare à l'Europe-, il s'agit d'une révolution!...

Malheureusement il faut , pour garder son prestige, bien cacher ses fils et bien choisir ses compères!... et, sur ces deux points d'une importance si évidente , le petit-fils a commis des fautes irréparables!... Aller donner sa recette en plein tribunal , et prendre pour compère un bavard comme Longepied! voilà de ces étourderies que n'eût jamais faites Cornus^ on ne laisse pas voir ainsi le fond du gobelet!...

Il y a quinze jours a peine, devant la haute cour de Bourges , M. Ledru-Rolliu , appelé en témoignage , prétendait n'avoir pas deviné l'intention des émeutiers qui venaient envahir l'Assemblée , sous prétexte de lire une pétition pour la Pologne ! . . . puis, comme cet envahissement du palais Bourbon lui rappelait un événement de même nature auquel il se glorifiait d'avoir pris sa bonne part, il oublie tout a coup la prudence du témoin pour se laisser entraîner par l'amour-propre de l'artiste , et , avec l'aplomb d'un docteur en fait d'émeutes, le voila qui explique naïvement à la cour comment il convient de s'y prendre pour escamoter un trône, une régence , ou un gouvernement provisoire !

« Croyez-vous donc , dit-il , que les révolutions se fassent en disant le mot pour lequel elles se font?... pas le moins du monde ! On s'empare de toutes les circonstances qu'on juge propres à émouvoir l'opinion publique , et à t'aide d'un tour de main, le gouvernement est renversé!... »

La phrase est textuellement extraite , on peut nous croire, de la déposition de M. Ledru-Rollin -, nous nous serions fait scrujiule d'y changer une syllabe I il y a de ces choses qu'on ne peut que gâter en y touchant !

L'effet fut prompt et général sur l'auditoire, et le témoin, qui s'en aperçut, s'arrêta!... queldom-

magel il avait tant d'exemples personnels a citer!...

Puis , comme , ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure , il avait eu le tort de mal choisir ses compères , voici ce que la maladresse de l'un d'eux permit a Raspail de révéler a la cour !

« Lorsque nous avons été conduits à Vincennes, pendant trois jours nous sommes restés couchés par terre sur la paille, sans couverture presque, et pourquoi? c'est parce que nous connaissions les coupables et qu'on avait peur que nous ne les nommions.

» Je vais vous les nommer cependant.

» Ainsi, je demanderai ce que c'était que le Club des Clubs , le club centralisateur dont on a tant parlé , le savez-vous ? Il appartenait à M. Ledru-Rollin, M. Ledru- Rollin, qui lui avait donné 100,000 francs appartenant à l'État, et l'avait chargé d'influencer les élections. Longepied et Huber étaient à la tête de ce club ; il était officiel en quelque sorte. Longepied a été saisi avec nous ; on l'a conduit à Vincennes , puis il a été mis en liberté. Si on ne me croyait pas, je vais vous en donner la preuve.

» Longepied était détenu à la Conciergerie ; un jour il écrit à Lamartine et à Ledru-Rollin : a Je veux sortir de prison. « Sa letlre reste sans réponse. Il en écrit une autre, dans laquelle il dit à Lamartine et à Ledru-Rollin : « Si dans deux heures je ne sais pas sorti, je parlerai, et dans quatre heures vous occuperez ma place. » Deux

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heures n'étaient pas écoulées, que Longepiecl et Danse étaient mis en liberté. »

M. Raspail ajouta : Je n'accuse personne 5 je dis ce que je sais ; et vous laisse le soin de juger î

Ce qu'il disait k la cour, nous le disons au public , et le jugement n'est pas difficile h prévoir.

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