HUBER JLGÉ PAR LA POLICE DE CACSSIDIÈRE
Partout où l'on conspire en culottant des pipes le nom d'iluber est en profonde vénération. Chez les gargotiers et les logeurs a la nuit , Blanqui luimême, Blanqid n'est pas plus populaire î Au 1 5 mai, tout Paris Ta pu voir, comme nous, guider sur les boulevards, du haut de son tilbury, les clubistes marchant a la prise de l'Assemblée! et ceux qui ont eu le bonheur de l'entendre a la tribune prononcer la dissolution de la représentation nationale, ceux-là seuls peuvent avoir une idée de l'empire qu'il exerçait sur ses bataillons en guenilles !
Et comment ne l'eût-il pas exercé cet empire? — Quel républicain de la veille ou de l' avant-veille avait donné plus de gages a son parti ? quelle âme avait fait preuve d'une haine plus profonde pour ces monstres sauvages que l'on appelle rois ?
Condamné une première fois a la suite d^un complot, il avait obtenu, de la clémence royale, la remise de cinq années de détention. Mais avait-il hésité , dès le lendemain, a conspirer de nouveau contre la vie de Louis-Philippe.^ ne marchait-il pas au premier rang des patriotes que les lauriers deFieschi empêchaient de dormir, et n'é-
tait-il pas ailé jusqu'en Angleterre pour y confectionner, sans craindre la police, une machine infernale a Fusage du tyran ! . . . Si de pareils exploits ne l'eussent pas mis en faveur, il eût fallu désespérer a tout jamais de la justice et de la reconnaissance des montagnards ! mais , grâce au ciel , elles ne lui avaient pas fait défaut!
Voyez pourtant ce que peut la rage d'imitation ! M. Taschereau se donne-t-il le malin plaisir de démasquer publiquement le citoyen Blanqui , c'en est assez pour donner a un secrétaire de Caussidiere l'envie de faire aussi sa révélation ! et comme il faut toujours , ainsi que chez Nicolet , s'arranger pour aller de plus fort en plus fort , le voila qui prétend faire du fameux Huher mieux qu'un révélateur à la façon de Blanqui -, il le pose en bel et bon agent provocateur et se permet de produire des preuves à l'appui!...
11 est vrai , nous devons nous empresser de le reconnaître, qu'aussitôt que maître Huber se fut vu contester ses droits si légitimes au titre d'assassin , il se hâta d'accourir pour les revendiquer, et nous espérons bien le voir prouver a la cour, que c'était le plus sérieusement et le plus loyalement du monde qu'il voulait faire sauter, avec toute sa famille, l'infâme tyran (|ui s'étail permis de le gracier ! . . .
En attendant cette réparation d'honneur, notre impartialité nous force à publier les pièces qui furent produites devant la cour de Eourges, et dont les originaux sont a la préfecture.
M. MONNIER (Michel) , trente-sept ans , ex-secrétaire général de la préfecture de police.
Je ne sais rien sur le 15 mal. J'ai trouvé à la préfecture de police un dossier relatif à Huber, je l'ai ouvert ; il y a quelques jours, M. Raspail fiis est venu me demander si j'en avais des copies , j'ai dit que oui.
RASPAIL. — Je renonce à l'audition de ce témoin , par cette raison que Huber n'est pas présent. S'il avait été ici, j'aurais eu besoin de M. Monnier.
M. LE PRÉSIDENT. — Témoin , expliquez-vous.
LE TÉMOIN. — En 1838, Huber avait trempé dans le complot Grouvelle, qui avait pour but d'assassiner le roi. Le dossier dont je vous parle contient deux lettres et un rapport. Huber déclare dans le rapport que le complot ayant pour but d'assassiner le roi a été organisé par lui , afin de se faire acheter par la préfecture de poUce.
J'ai là des copies de ces lettres , et une analyse du rapport de Huber ; les originaux sont à la préfecture de police.
D. A quelle époque avez-vous découvert ces pièces ? — R. Trois mois après le 15 mai. J'en ai parlé de suite au préfet, M. Ducoux.
Le greffier, sur l'ordre du président, donne lecture de ces lettres et de l'extrait du rapport.
Première lettre.
(Signée Huber et adressée au préfet de police.)
Monsieur le préfet ,
Avant mon départ de Paris , je vous prie de m'accorder une audience particulière, mais surtout que mes communications avec vous ait {sic) lieu dans une autre prison que celle de mes coaccusés , afin qu'ils ignorent complètement nos relations.
Deuxième lettre.
Beaulieu, le 10 août 4 838.
iMonsieur le préfet ,
Grâce à la réponse du ministre qui m'accorde l'autorisation d'écriie, j'ai terminé le travail que je vous avais promis ; il y a plus que la preuve de ce que je vous ai avoué et de ce que vous m'avez demandé à notre dernier entretien. Je n'ose le confier à la poste. Veuillez donc avoir la bonté de m'enseigner un autre expédient plus sûr, afin que je puisse vous l'envoyer de suite.
Résumé d'un rapport mentionné dans la lettre datée de Beaulieu, le \0 août 1838, et adressée, sous la signature de Huher, au pré et de police.
Après avoir autérieuremeut obtenu une rouiise de cinq années de prison, Huber part pour Londres , < «,
pour rendre , dii - il , service au roi , s'engage dans le complot Steuble, GrouvelIe,'etc.; à la fin d'août 1837 , au moment où les plans de la machine étaient terminés , et où le complot allait prendre une certaine consistance, Huber, sans en donner avis à la demoiselle Grouvelie, et malgré les sollicitations de Steuble, qui ie prie de ne pas le quitter, part pour la France.
( Le préfet averti n'avait pas agi , voulant le laisser aller jusqu'au moment de l'exécution pour le prendre en flagrant délit. L'arre:3tation aurait donné l'éveil à Steuble, qui était encore à Londres avec ses plans.)
Un mois plus tard, Huber, rappelé par Steuble, repart pour Londi'es et en informe le préfet par une lettre.
Cette fois encore, il ne fut pas arrêté et il s'en plaint au préfet ( on a vu plus haut pourquoi le préfet différait : la police devait attendre , pour agir, de pouvoir saisir le principal coupable avec les plans et sa machine). •
Quelque temps après, Steuble part pour Amsterdam. Huber revient à Paris, laissant à Londres les plans qu'il avait enlevés à Steuble , sans donner avis cette fois de son retour au préfet , pensant , dit-il , que le complot était anéanti.
Steuble revient à Pai'is. Huber, sur l'invitation de la demoiselle Grouvelie, retourna à Londres pour en rapporter les plans. Arrivé à Londres , il écrit, en date du 2 décembre, au maréchal Sébastiani, une lettre signée Vailet, par laquelle il le prévient que le nommé Huber part le lendemain pour Boulogne. Arrivé à
Boulogne , il s'étonne de n'être pas arrêté. Il laisse alors tomber son portefeuille qui contenait une lettre à Leproux , laissée exprès pour éveiller les soupçons de l'autorité.
Il est enfin arrêté et écrit de la prison qu'il adresse au préfet de police les explications qui précèdent. Le rapport se termine ainsi :
« Je n'ai pas oublié un seul instant ce que je devais au roi, et la preuve, c'est que, depuis l'amnistie, je lui ai sauvé deux fois la vie. Je n'ai fait que remplir un devoir, il est vrai , mais je l'ai fait par gratitude quand d'autres l'auraient fait par calcul; fiiaintenant je pense que le roi n'oubliera pas non plus ce que j'ai fait ])our iui. »