Contre-torpilleurs Foxhound, Mosquito, Racoon, BasiUsk
Ces mesures de précaution étaient devenues indispensables en raison de l'attitude de la Turquie. L'arrivée du Goeben et du Breslau à Constantinople, le il août, constituait pour la politique germanique un immense succès, et il était à craindre que le gouvernement jeune-turc ne cédât prématurément à la pression de TAllemagne, enflée par cette victoire. La Sublime-Porte essaya, il est vrai, de sauver les apparences. Les navires allemands passèrent sous pavillon turc, mais ce n'était qu'un trompe-l'œil, et l'amiral Souchon, entré au service du Sultan, prenait en réalité la haute main sur la flotte turque. Le 16 août, il réclame à Berlin pour cette flotte et la défense des Dardanelles et du Bosphore deux amiraux, dix officiers, dix ingénieurs et six cents hommes. Le 18, il rend compte que les travaux sont en pleine activité : Tamiral instruit la marine turque, travaille aux défenses des détroits, crée des divisions de dragueurs de mines et des stations de signalisation ^ De son côté, le général Liman von Sanders, chef de la mission militaire allemande, ne restait pas en arrière. Dès les premiers jours d'août, un accord passé. entre En ver Pacha et Wangenheim décidait en principe qu'en cas de guerre, la mission militaire allemande possé*
i. Voir les lettres de l'amiral von Pohl, dans la Bévue marilime d'août 1920.
derait « une influence effective sur la conduite de Farmée ' ». La mobilisation était ordonnée et ses opérations commençaient à la fois dans toutes les parties de l'Empire, la mission militaire et TÉtat-major général turc travaillant en parfait accord à la réalisation d'un projet qui comportait la formation de plusieurs armées. Dans la seconde quinzaine d'août, Enver Pacha réunit en conférence Wangenheim, Souchon, von Sanders, les attachés militaire et naval allemands et quelques officiers supérieurs turcs, à Teffet d'examiner s'il convenait, au cas où la Turquie entrerait en guerre, de tenter une action contre le canal de Suez. Les marins se prononcèrent avec la plus grande chaleur pour cette action et rallièrent à leur point de vue tous les membres présents, qui se déclarèrent convaincus que l'opération pouvait être conduite rapidement et offrirait le grand avantage de transporter le théâtre de la guerre en Egypte. Seul, Liman von Sanders fit exception. En raison de la poussée vigoureuse exercée à ce moment par les Russes en Galicie, il pensait devoir donner à l'intervention turque la forme d'un débarquement important sur les côtes russes de la mer Noire, entre Odessa et Âkerman. Invité à faire connaître ses vues au Chancelier d'Empire, Liman von Sanders s'exécuta : deux jours après, le 17 septembre, il recevait du chef d'étatmajor allemand des armées en campagne un télégramme l'informant que « dans l'intérêt commun,
i. Liman von Sanders, FûnfJahre in Tûrkei, chap. iv.
Tentreprise contre TÉgypte était d'une importance capitale », et Tinvitant en conséquence à taire ses objections et à subordonner son point de vue à ces nécessités d'ordre supérieur *. Ainsi l'attaque du canal de Suez, conçue dès le mois d'août, fut décidée irrévocablement vers le milieu de septembre.
Les ambassadeurs de l'Entente s'efforçaient, par leur diplomatie, de retarder une rupture qu'ils pressentaient fatale. Il s'agissait pour eux de gagner du temps, de ce temps si précieux qui permettrait aux Alliés d'arrêter en France l'offensive brusquée de l'Allemagne et de se prémunir en Egypte et en Orient contre les extensions que l'Allemagne comptait y donner à la guerre. Dès le 7 août, le gouvernement anglais avait pris l'engagement de ne pas toucher au statut de l'Egypte, « si la Turquie demeurait neutre et l'Egypte tranquille' ». L'Entente pouvait offrir encore à la Turquie une compensation pour prix de sa neutralité : à savoir la promesse de garantir l'intégrité de son territoire. La Turquie n'avait-elle pas d'ailleurs d'excellentes raisons de rester neutre? Sortant à peine de deux guerres qui l'avaient épuisée, ne risquait-elle pas une ruine complète en se laissant entraîner dans un nouveau conflit? Les États-Unis appuyaient officieusement, pour des motifs humanitaires, ces conseils de modération '.
Comme aux heures tragiques de son existence si
i. Voir notei, p. 20.