‹ Un épisodes de la guerre mondiale;Chapitre 15 sur 46 · Ibidy chap. u · texte numérisé non relu

Ibidy chap. u

3. D*où la persécution des Grecs, la destruction des Arméniens^ r^imination des Arabes.

sur le fait que le régime jeune-turc ne pouvait se soutenir sans un appui étranger qui l'aidât à organiser Tarmée et la marine, à relever les finances du pays, à reconstruire son système industriel, et qui le protégeât contre les empiétements des nations environnantes. Seulement, tandis que Talaat et Enver penchaient vers les Allemands, Djemal, qui les détestait, tournait ses regards vers la France. Il avait donné des preuves de ses sympathies françaises au cours du voyage qu'il avait entrepris au printemps de Tannée 1914; venu en France, il assista aux exercices de notre flotte et fit à notre gouvernement des ouvertures que l'orientation de notre politique et le réseau de nos alliances ne nous permettaient pas d'accepter.

L'Allemagne restait donc sans concurrent. Aussi bien était-elle la seule des grandes puissances européennes qui ne se fût pas approprié quelque gros morceau du territoire turc; elle avait les mains nettes, sinon pures, et c'est à elle que Talaat et Enver avaient décidé de faire appel.

Tous deux ne considéraient pas d'ailleurs l'Allemagne avec les mêmes yeux. Enver Pacha avait été conquis par la « Kultur ». L'empire germanique, son armée et sa marine, sa langue, son gouvernement autocrate, tout exerçait un charme profond sur lui; il devint et resta le plus ferme soutien des Allemands. Talaat consentait bien aussi à s'étayer des Allemands, mais, en politique plus avisé, il comptait se débarrasser au plus vite de ce tuteur, une fois son rôle

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accompli*. Pour l'instant les deux hommes marchaient d'accord, et sous l'impulsion de leur volonté énergique qui dominait le parti de la neutralité, la Turquie peu à peu rompait en visière aux puissances de l'Entente.

Aussi l'ambassadeur d'Angleterre, sir Louis Mallet ', et ses collègues alliés enregistraient-ils échec sur ^chec. Us avaient naturellement protesté contre Tadmision du Goeben et du Breslau. La Porte avait répondu que les navires étant achetés par la Turquie seraient remis à l'amiral Limpus, chef de la mission navale anglaise, et comme ce dernier témoignait le désir de reprendre du service actif, le Grand Vizir insista pour que la mission fût autorisée à rester. Il va de soi que les navires allemands ne furent jamais remis à l'amiral anglais ; bientôt même Limpus et ses ofiiciers furent brusquement remplacés dans la flotte par des officiers turcs et invités, « s'ils restaient », à continuer leurs services au ministère de la Marine. Djemal, le ministre de la Marine, promit, il est vrai, à sir Louis Mallet d'admettre dans le Bosphore des navires britanniques si les officiers et les équipages allemands ne quittaient pas Constantinople, mais à peine les forces en faveur de la neutralité, groupées sous l'égide du Grand Vizir, paraissaient-elles gagner ^iu terrain, qu'on risquait, par contre-coup, de voir

1. Le livre du D' Harry Stuenner, Deux ans de guerre à Constantinopley est tout à fait significatif à cet égard.

2. Sir Louis Mallet était en congé quand la guerre éclata ; il rallia :8on poste vers le 20 août.

Ënver Pacha brusquer les événements et commettre un coup d'État avec l'assistance du Goeben etde la mission militaire allemande. La promesse de Djemal ne fut pas tenue : tout au contraire, nombre d'officiers allemands, de marins et de soldats de marine traversaient sans cesse la Bulgarie pour rejoindre le Bosphore et grossir les effectifs allemands à Oonstanlinople. La lutte diplomatique se concentra ensuite sur la mise en liberté de plusieurs navires anglais qui avaient été retenus dans les Dardanelles sous le prétexte que la sortie en était minée; bien que le Grand Vizir eût donné Tordre de les relâcher, la faction allemande l'emporta, car l'ordre ne fut pas obéi^ Au même moment les canonnières turques en mer Rouge montraient de l'activité, et en Syrie les mouvements de troupes vers le Sud ne discontinuaient pas. Sans être désespérée, la situation était devenue très critique, et puisqu'on devait renoncer, en raison de la situation générale, à prendre aux Dardanelles une offensive qui en eût imposé à la Turquie, au moins fallait-il, sans perdre un instant, se prémunir contre une attaque et organiser la défense de l'Empire. L'Egypte passait ainsi au premier plan des préoccupations.

Nul n'était plus que Kitchener averti de la nécessfté de doter l'Egypte de moyens de défense adéquats.

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