Sir George ArUiur, Ouvrage cité
territoriaux anglais East Lancashire\ Débarquées à Suez le 9 et le 13 septembre, les troupes indiennes relevaient aussitôt le bataillon d'infanterie anglaise et Tescadron de cavalerie qui avaient fait leur apparition à Ismaïlia le 1" septembre, tandis que les navires de transport transitaient le canal et se rendaient à Alexandrie pour embarquer à destination de l'Angleterre l'armée anglaise d'occupation.
Maxwell arriva en Egypte le 17 septembre. La situation intérieure du pays était assez confuse. Le Khédive, malgré les invitations pressantes de son premier ministre, refusait obstinément de quitter son palais du Bosphore et de revenir parmi son peuple; sa conduite ambiguë, sa coquetterie à l'égard des Allemands et du gouvernement jeune-turc' encourageaient dans leur attitude les éléments indigènes qui, ne s'étant pas ralliés à la domination britannique, escomptaient des événements actuels ce qu'ils croyaient être leur libération. « Le peuple d'Egypte, la masse des fellahs musulmans, avait accueilli la guerre avec son indifférence ordinaire pour tout ce qui ne touche ni à l'Islam, ni à son gagne-pain de chaque jour. Tout au plus s'étonnait-il un peu d'apprendre que les Français et les Anglais se trouvaient dans le même camp; cela déroutait ses idées ordinaires. Bientôt, cependant,
i. La division East Lancashire arriva à Alexandrie le 25 septembre 1914.
2. Le Khédive avait assisté h. la revue militaire qui fut passée à Gonstantinople, en juillet 1914, et qui marqua le triomphe de l'emprise germanique sur Tarmée turque (Voir les Mémoires de Marge nthau).
cette indifférence fit place à une partialité de plus en plus marquée en faveur de TÂllemagne, sous Tinfluencedes pachas, des beys et des cheikhs religieux. La guerre avait chassé les premiers de leurs villégiatures européennes et, dès le courant du mois d'août, il& rentraient, contraints, forcés, en Egypte, apportant avec eux les nouvelles de l'invasion de la Belgique et des premières victoires allemandes. En vrais Orientaux habitués à s'incliner avec admiration devant la force brutale, ils racontaient merveille de la puissance irrésistible de nos ennemis. Et puis, des émissaires venus de Turquie, commençaient à répandre le bruit que Guillaume était <( bon musulman », qu'il était même « hadji », protecteur de l'Islam et l'allié du Commandeur des Croyants. Aussi les musulmans d'Egypte priaient-ils au fond de leur cœur pour le triomphe d' « Hadji-Guilloum »*. Conclure toutefois de cette disposition des esprits à une révolution imminente, c'était là une conséquence que sir John Maxwell n'était point disposé à tirer. « Il y a plutôt un peu plus de nervosité en Egypte, écrivait-il quelques semaines après son arrivée, mais tout est calme. Cela fait partie de la propagande allemande de déclarer qu'une révolution en Egypte est imminente et qu'il y a partout dans le pays des agents travaillant à soulever les indigènes contre les Anglais. Nous ne trouvons que de faibles indices de la vérité de cette assertion '. » Une politique pru-
i. Lecarpentier, L'Egypte moderney chap. xviii. 2. Maxwell à Kitchener, 16 octobre 1914.
dente et une main ferme permettraient sans doute de maintenir Tordre dans le pays.
Les nouvelles venues de l'isthme de Suez et des provinces turques limitrophes de TÉgypte n'étaient pas aussi rassurantes. La Compagnie du Canal de Suez, fidèle à sa mission, s'était préoccupée, dès l'ouverture des hostilités, d'organiser à Port-Saïd un service de surveillance et de dragage du chenal d'entrée, dans le but de maintenir, conformément aux obligations stipulées dans son acte de concession, le canal et ses accès librement ouverts aux navires de guerre et de commerce du monde entier. Il lui paraissait maintenant que le danger le plus immédiat contre lequel on devait sans tarder se prémunir était une tentative venant soit du désert, soit de la mer Rouge, par voie d'Akaba, pour poser subrepticement des mines dans les eaux du canal et amener ainsi son obstruction en coulant le premier bateau qui passerait*. Une pareille opération, dans son opinion, pouvait être parfaitement tentée par un petit groupe d'hommes déterminés qui atteindrait le canal de nuit, et le seul moyen, selon elle, d'empêcher cette violation probable de la neutralité du canal était d'organiser un service de surveillance efficace des abords du canal. Les personnalités dirigeantes de la Compagnie eurent l'occasion d'exposer leurs vues au général en chef dans une entrevue qui eut lieu le 26 septembre
1. Archives de la C^ du Canal de Suez^ rapport Béret, 28 septembre 4914.
au Caire. Sir John Maxwell, de son côté, avait été avisé qu'un parti de Turcs fortement encadré d'officiers allemands était débarqué à Alep avec tout un matériel de mines et d'engins destructeurs *. Une tentative d'obstruction était à craindre. Toute une série de mesures furent arrêtées de concert : surveillance serrée du canal, spécialement de nuit, dans les régions où il est facilement accessible du désert, réunion de moyens de dragage, contrôle rigoureux des barques à l'entrée du canal du côté de Suez', et des barques de pèche circulant sur le canal, dispositions relatives au matériel flottant de la Compagnie en service sur le canal maritime.
Deux incidents survenus quelques jours plus tard montrèrent que ces mesures de protection ne sauraient sans danger être plus longtemps différées. Le 4 octobre au soir, le colonel Walker, qui commandait les troupes indiennes stationnées dans la zone du canal, reçut une information télégraphique lui signalant la présence dans le désert, entre El Kantara et El Arish, d'un groupe de dix-huit chameaux et huit Bédouins se dirigeant vers le canal. Comme on savait que huit Européens, déguisés en Bédouins et munis d'explosifs, cherchaient à atteindre le canal, il eût été naturel d'être sur ses gardes. Or ce groupe suspect pouvait dans la nuit même atteindre
i. Archives de la O* da Canal de Suez, lettre de Tarent supérieur à la Direction.
2. Les barques venant de la mer Rouge empruntent le canal maritime sur une certaine longueur, pour gagner la ville de Suez.
la berge du canal, sans trouver sur sa route un seul poste de surveillance pour Tarrôter.
Le transit fut interrompu, par précaution, dans la nuit du 4 au 5 octobre, et le lendemain, une reconnaissance poussée dans le désert jusqu'à une quarantaine de kilomètres du canal n'ayant rien révélé, la navigation fut reprise dans la matinée.
A la même époque, l'autorité militaire arrêtait un Allemand, espion avéré d'Enver, officier de police à Alexandrie, qui portait sur lui, au moment de son arrestation, un code secret, des cartes du canal de Suez et deux boîtes de détonateurs *. C'était le moment où le premier grand convoi venant des Indes arrivait à Suez, et où 38 navires portant près de 25.000 hommes de troupes destinées au front français se présentaient pour franchir le canal. La coïncidence était significative. Il importait de se prémunir au plus vite contre les ennemis du dedans aussi bien que contre ceux du dehors. Maxwell fit savoir à tous les sujets austro-liongroîs et allemands résidant en Egypte qu'ils eussent à se faire inscrire avant le 12 octobre au gouvernorat de leur province. « Il y a trop de réservistes aptes à faire campagne, écrivaitil le 16 octobre, tant Allemands qu'Autrichiens, répandus dans toute l'Egypte. Je viens de finir l'immatriculation générale de ces individus et, quoique je n'aie pas encore les chiffres exacts, il doit y en avoir au moins six cents, et il peut y en avoir deux cents