‹ Un épisodes de la guerre mondiale;Chapitre 18 sur 46 · Maxwell à Kitchener, 46 octobre · texte numérisé non relu

Maxwell à Kitchener, 46 octobre

autres parmi les équipages des navires capturés. C'est un danger. » Maxwell proposa de les interner tous à Malte, où ils ne pourraient plus faire aucun mal.

En même temps il suggérait au Foreign Office une politique habile tendant à gagner à la cause alliée les Bédouins du désert et les Arabes du Hedjaz. « Les Turcs, disait-il, font des avances à nos Bédouins du Sinaï et leur offrent des robes d'honneur, des bakchich et des promesses d'armes; ils s'efforcent également d'entrer en relations avec les Senoussis. Je pense que nous devrions faire nous-mêmes quelque chose, essayer avec de l'argent d'en maintenir le plus grand nombre possible dans la fidélité et promettre que nous nous occuperons d'eux quand les difficultés actuelles seront passées. Je ne sais pas quelle est la politique du Foreign Office, mais je pense que les Arabes des environs de la Mecque et du Yémen devraient être approchés et soulevés contre les Turcs. »

Vers le milieu d'octobre, le gouvernement britannique se décida à mettre fin à la situation des navires allemands et autrichiens qui étaient restés dans les ports de Suez et de Port-Saïd après l'ouverture des hostilités. Le 13 octobre, ces navires furent occupés par des garde-côtes. L'administration des Ports et Phares leur fit faire de Teau et du charbon; elle y embarqua le monde nécessaire pour que les navires pussent prendre la mer. Ainsi les équipages de prise se trouvaient déjà à bord, et les navires n'étaient plus pratiquement sous le commandement de leurs capi-

taines réguliers, quand Tordre leur fut donnée le 15 octobre, de quitter le port *. Les navires appareillèrent néanmoins sous leurs pavillons nationaux* Arrivés au large de Port-Saïd, ils furent capturés par le croiseur cuirassé Warrior et conduits à Alexandrie. Cet acte ne manqua pas de susciter de vives réclamations de la part des armateurs intéressés, qui se retournèrent contre la Compagnie de Suez et lui firent un grief de cette prétendue violation de la neutralité du canal. Avec beaucoup de raison, la Compagnie leur répondit quelle ne pouvait que « s'incliner devant l'action publique » et qu'elle croyait, en pareil cas, « remplir entièrement ses obligations en se bornanl à s'abstenir de toute coopération à ces mesures ». La responsabilité incombait évidemment au gouvernement britannique, qui ne tarda pas, d'ailleurs, à donner une explication franche et loyale de ses actes. Le 23 octobre, le Foreign Office remettait aux représentants des puissances maritimes étrangères à Londres une note disant que « quelques-uns des navires appartenant aux puissances ennemies et restés dans le canal de Suez ont été détenus par le gouvernement égyptien pour avoir commis certains actes hostiles dans le canal ; d'autres, parce qu'il y avait des raisons de craindre qu'ils ne méditassent des actes hostiles; d'autres, enfin, quoique parfaitement libres, ont refusé de quitter le canal, malgré l'offre d'un laisser-passer, dévoilant ainsi leur inten-

1. Archivez de la O* du Canal de Suez, rapport Béret du 48 octobre 1914.

tion d'user des ports du canal simplement comme de ports de refuge, mesure qui n'a pas été prévue par la Convention du Canal de Suez.

« Le gouvernement de Sa Majesté n'admet pas que le droit de libre accès et de libre usage du canal, accordé par la Convention aux navires de commerce, implique le droit d'user du canal et de ses ports d'accès pendant un temps indéfini pour éviter la capture, puisque le résultat évident de cette façon de faire serait de rendre très incommode l'usage des ports et du canal par d'autres navires, voire même de les bloquer, et le gouvernement de Sa Majesté pense qu'en conséquence le gouvernement égyptien est pleinement fondé à prendre les mesures actuellement en cours pour éloigner du canal tous les navires ennemis qui ont séjourné assez longtemps dans les ports du Canal pour montrer clairement qu'ils n'ont pas l'intention de partir, comme on le fait d'ordinaire, et qu'ils utilisent le canal et ses ports d'une façon qui ne cadre pas avec l'usage qui en est généralement fait par les autres navires *. »

1. Cette interprétation de la Convention de 1888 fut consacrée dans la suite par le jugement rendu, en février 191B, par la Cour des prises d'Alexandrie. Il est vrai que les magistrats ne s'en laissèrent pas imposer par la mise en scène imaginée par les autorités anglo-égyptiennes. Hésitant sur les règles applicables aux ports d'accès du canal, ces autorités n'avaient fait sortir les navires des ports que pour sortir elles-mêmes d'embarras en posant la question de la saisie en mer. Le» magistrats, qualifiant de sophisme l'argumentation présentée par la Couronne h cette occasion, ont assimilé l'expulsion des ports à une smie dans^ les ports.

Jugeant ensuite la question au fond, la Cour déclara que les ports d'accès ne sont neutralisés par la Convention de 1888 que pour les

Ces mesures à rencontre des navires ennemis étaient prises au moment où la Turquie allait joindre son sort à celui des Empires centraux.

Longtemps hésitant dans sa politique, soumis aux fluctuations de la situation militaire en Occident, le gouvernement jeune-turc, sous la pression d'En ver et de Talaat, se laissait maintenant forcer la main par les Allemands. Le 27 septembre, il avait pris la grave décision de fermer les Dardanelles, ou plutôt les Allemands l'avaient prise pour lui, s'il est vrai que c'est Weber Pacha, général allemand de garde au Détroit, qui, sans consulter les Turcs, donna l'ordre de clore les Dardanelles *. Le 1" octobre, le gouvernement jeune-turc abrogeait les Capitulations. Il rappelait ses bâtiments de la mer Rouge et, dans les premiers jours d'octobre, on voyait défiler dans le canal de Suez un grand nombre de navires et de canonnières turcs remontant vers le nord; ce retour précipité annonçait l'orage. Le parti de la neutra-

seuls besoins du passage, comme condition nécessaire du transit^ pour que les navires puissent entrer et sortir. Au delà de ces besoins, ces ports ne sont pas neutres d'une manière générale. Us gardent leur nationalité propre; ils restent égyptiens, c'est-à-dire ennemis. Ce sont des ports de transit, non des ports de refuge. Les navires ennemis qui s'en servent autrement que pour entrer dans le canal ou pour en sortir n'y trouvent pas un droit d'asile; aucune neutralité ne les protège (Voir Journal des Débats du 7 mars 1915, article signé G. Devin).

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