Morgenlhau, Mémoires^ chap. xv
LES PRÉPARATIFS MILITAIRES 4a
perspicacité intense; un rire déplaisant et bestial; la taille, plutôt petite, dissimulait une vigueur peu commune : sa main serrait la vôtre comme un étau *.
Le moral était hideux : vaniteux et orgueilleux^ faux et cruel, le « féroce » Djemal, ainsi qu'on Ta surnommé, ne connaissait qu'un moyen de gouvernement, l'assassinat. Son caractère était inflexible, et comme sa vie désordonnée, sa passion du jeu engendraient sans cesse des besoins d'argent, cet homme qui ignorait la pitié était aussi d'une cupidité sans bornes.
Avec cela très indépendant. Ce dernier trait de son caractère le mettait fréquemment en conflit avec Enver et Talaat. Pour cette raison, ces derniers étaient contents de le voir partir. En. l'éloignant de Constantinople, comptaient-ils réellement sur lui pour s'emparer du canal de Suez et chasser les Anglais d'Egypte? Cela paraît douteux. Le Grand État-major allemand, dont les espérances fondées sur l'entrée en lice de la Turquie étaient cependant vives, n'attendait, lui non plus, si l'on ajoute foi aux dires de son chef, aucune action décisive de l'emploi des troupes turques contre l'Egypte; mais il espérait a couper temporairement le canal de Suez ou tout au moins tenir éloignées du principal théâtre de guerre des forces anglaises importantes, tandis que les ressources de l'Allemagne n'étaient employées pour les entreprises en Asie que dans une mesure ne pouvant