‹ Un épisodes de la guerre mondiale;Chapitre 25 sur 46 · Liman von Sanders, chap. vr · texte numérisé non relu

Liman von Sanders, chap. vr

avaient été rassemblés dans ce but à Damas, et la réquisition ordonnée de tous les moyens de transport, voitures, chameaux, bœufs, mulets, chevaux, &nes, ainsi que des tuyaux de conduite d'eau de toute nature.

De quelles forces Djemal disposai t*-il en Syrie? Les premières estimations faites par les Alliés étaient manifestement exagérées : 90.000 hommes, disaient des renseignements venus par la voie de Pétrograd *. Les Turcs ne pouvaient au début de la guerre réunir en Syrie une pareille quantité de troupes. Leur principale offensive était dirigée contre les Russes, dans le Caucase, où se réunissait la IIP armée. La l'^ et la IP armées étaient réservées à la garde, de Constantinople et des Détroits, où Ton pouvait craindre à tout moment une brusque offensive de TEntente. Dès lors, la IV' armée ne devait guère être constituée que par les troupes locales renforcées d'éléments recrutés sur place : le VHP corps, dans la région de Damas, fort de 35.000 hommes environ répartis en trois divisions, et le XIP corps, entre Mossoul et Alep, comprenant 15.000 hommes répartis en deux divisions. Au total : 50.000 hommes*.

Avec des effectifs aussi limités, Djemal devait à la fois assurer la garde de la côte de Palestine et de Syrie, et former le corps expéditionnaire destiné à

1. Télégramme de l^ambassadeur de France, M. Paléologue, en date du 5 novembre 1914.

2. (Test le chiffre donné, en décembre 1914, par le lieutenantcolonel Maucorpe, attaché militaire à Gonstantînoide.

1 attaque du canal de Suez. Pour donner à ce dernier une force raisonnable, il deyenait nécessaire de limiter strictement les troupes destinées à la défensive. A Beyrouth on ne laissa qu'une garnison très faible. Les autres villes de la côte furent simplement gardées par des gendarmes de la territoriale, qui avaient Tordre d'abandonner la côte sans résistance si une flotte venait à poindre. Il existait d'ailleurs fort peu de batteries pour défendre le littoral. On prit soin de faire évacuer les ports par la plupart des Turcs et des musulmans, et par mesure de précaution, la voie ferrée de Caïffa fut détruite vers l'intérieur.

En opérant toutes les réductions, Djemal réussit à consacrer 30.000 hommes à l'opération contre le canal de Suez, et comme, sur ce total, près de la moitié des troupes étaient employées aux services de l'arrière, ce n'est guère qu'un corps de 15.000 hommes qui aborda les rives du canal en février 1915.

Les difficultés à vaincre pour porter ce corps en Egypte étaient immenses. Tout d'abord se présentait celle des communications à l'intérieur même des frontières de l'Empire turc. Il existait bien des voies ferrées reliant Constantinople au sud-est de l'empire, mais la Porte ottomane n'avait jamais eu de politique générale des chemins de fer, et ce long réseau ferré manquait d'homogénéité. A travers le plateau d'Anatolie courait le chemin de fer de Bagdad. Il était à voie unique. Sa construction avait été inspirée par des considérations économiques et financières et non par

des considérations militaires; il ne possédait qu'un nombre restreint de locomotives et de wagons et son rendement était faible. Arrivé au pied du Taurus, on devait transborder le matériel soit sur des charrettes soit à dos de chameau pour atteindre le tronçon ferré qui traverse la plaine d'Adana; puis, comme TAmanus n'était pas encore percé, un' nouveau transbordement s'imposait avant d'atteindre le troisième tronçon de voie ferrée en construction vers Alep et l'Euphrate. A partir d'Alep, la Syrie offrait bien plusieurs tronçons de voie ferrée reliés entre eux. Mais leur construction, confiée à des Compagnies différentes, n'avait été régie par aucun plan d'ensemble; la largeur des voies était différente, et quelques améliorations qu'on pût leur apporter, ces lignes n'étaient pas susceptibles d'une exploitation rationnelle. Toutes souffraient d'un dénuement excessif en matériel roulant, en matériel de la voie, en combustible et en personnel spécialisé à la construction et à l'exploitation*. La voie ferrée s'arrêtait par ailleurs à bonne distance des confins sud de la Palestine, et il fallait, à partir d'El Afuleh, organiser des transports sur route par Naplouse et Jérusalem, pour atteindre Bir Seba, point choisi pour la concentration.

On se trouvait en ce point à la limite du désert, qui constituait le second obstacle à une entreprise militaire contre l'Egypte. La vaste région qui s'étend

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