The Timei History ofthe War, n^ du 20 juiUel
tratif de la péninsule du Sinaï, situé à mi-distance environ d'Akaba et de Suez.
Deux routes traversent cette vaste région désertique. Au nord dans la zone des sables, c'est la route côtière, route traditionnelle des caravanes et des armées d'invasion, qui longe la Méditerranée de Rafa à El Arish, passe ensuite à Bir el Mazar, Bir el Abd et Katia, pour aboutir sur le canal à Kantara. Au sud, traversant la zone des plateaux, se déroule le Darb el Hadj ou route des pèlerins * ; elle part du fond du golfe d'Akaba, s'élève rapidement jusqu'à 600 mètres, redescend ensuite sur le plateau qu'elle traverse par Bir Themed et Nakhl et aboutit dans la plaine de Suez au bac de Koubri. Quelle est la valeur de ces routes au point de vue militaire? Si la route côtière est bien pourvue en eau, elle offre le grave inconvénient d'être exposée, dans le voisinage d'El Arish, au canon d'un ennemi qui est maître de la mer. Pour se garer d'une telle attaque, les troupes d'invasion devraient faire un crochet vers le sud dans une région où le sable est particulièrement mou, et cet obstacle, joint à la nature du sol tout le long de la route, la rend impropre aux transports sur roues, à moins de consentir à des sacrifices énormes en bétes de somme. La route des pèlerins, elle, ofîre un sol résistant propre au passage de l'artillerie ; par contre, elle est très pauvre en eau. D'Akaba à Maan, point le
i . Route suivie jadis par les caravanes de pèlerins qui se rendaient du Caire à la Mecque.
plus rapproché du chemin de fer du Hedjaz, on compte trois journées de marche, dans un pays désolé, où la route descend du plateau d'Arabie par une tranchée profonde et d'une pente si rapide que les transports y deviennent d'une extrême difficulté. Cette route présente d'ailleurs le même danger que la première, car Akaba est absolument ouvert à une attaque navale.
En dehors de ces deux routes principales, le désert du Sinaï n'est traversé que par des pistes fréquentées par les Bédouins. La principale d'entre elles part du poste frontière d'El Auja, traverse le désert de Sirr, passe par Bir Hamma, Bir el Gifgaffa, rejoint rOuadi Um Muksheib et débouche sur le canal aux environs dlsmailia. Cette piste tracée sur le plateau offre un terrain ferme et consistant, à l'exception d'un trajet de quelques milles dans le sable, entre le Maghara et le Yelleg; elle peut livrer passage à l'artillerie et aux voitures lourdement chargées, mais la question de l'eau y acquiert une suprême importance, car les puits sont peu nombreux le long de la route, et l'eau tout à fait insuffisante à moins que des précipitations atmosphériques ne viennent remplir le lit des ouadis.
Le désert franchi, l'armée turque arriverait sur les berges du canal de Suez, suprême et dernier obstacle qui, d'une mer à l'autre, creuse son lit dans le désert sur plus de 160 kilomètres. D'une profondeur moyenne de 12 mètres, le canal offre dans ses parties les plus étroites une surface d'eau d'environ 100 mètres de
largeur. En divers points de son parcours^ les eaux de la mer ont rempli de vastes dépressions naturelles, qui forment de véritables lacs : le lac Timsah, les lacs Amers, larges de plusieurs kilomètres, impossibles à franchir sans Taide d'une flottille. Ainsi, l'obstacle n'est abordable, pour une armée venant du désert, qui peut tout au plus amener avec elle un équipage de pont, que dans les régions situées en dehors des lacs : au nord, de Port-Saïd à Ismaïlia, sur une longueur de 75 kilomètres; au centre, entre Toussoum et le Déversoir, sur 12 kilomètres; au sud, entre le petit lac Amer et la lagune de Suez, sur 18 kilomètres. Ces trois secteurs d'ailleurs n'offrent pas les mêmes facilités d'approche. Jusqu'aux abords de Kantara, le secteur nord présente, en Asie, un terrain plat, d'un niveau inférieur à celui de la mer et du canal; c'est l'ancien fond du lac Menzaleh, desséché à la suite des travaux du percement de l'isthme. Au sud de Kantara, le canal traverse la dépression de Ballah, puis s'engage dans une région mamelonnée et traverse par une tranchée profonde le seuil de Guisr, qui se prolonge dans l'est par une série de hauteurs : le Kataib el Darb au nord, le Kataib el Kheil à hauteur du lac Timsah, et plus au sud, devant Toussoum et le Serapeum, le Djebel Habeita et le Katib el Habachi. Enfin, dans le troisième secteur, le sol s'exhausse avec régularité pour aller rejoindre dans l'est du canal les premières pentes des hauteurs qui bordent la zone des plateaux. Il résulte de ce relief du sol que l'attaque devrait, dans le secteur sud et la
LES PRÉPARATIFS MlUT AIRES »
majeure partie du secteur nord, s'avancer en terrain découvert en s'exposant à de lourdes pertes et que la seule région où une colonne assaillante puisse avec quelque chance de succès dérober ses mouvements dans les replis de terrain, est située au centre de risthme, à hauteur d'El Ferdane et du lac Timsah, ainsi qu'entre Toussoum et Serapeum.
L'absence de réseau ferré stratégique en Palestine, le désert, le canal et ses approches, tels sont les obstacles qui s'opposaient à la marche du corps expéditionnaire. Connus d'avance, ils pouvaient toutefois, par une préparation minutieuse, être surmontés; en fait, ils le furent. Mais ces obstacles franchis, il restait encore aux Turcs à vaincre les troupes britanniques; or, il était bien certain que ces troupes ne resteraient pas inactîves et qu'elles s'emploieraient à renforcer l'excellente ligne de défense que leur offrait le canal par tous les procédés et ressources de l'art militaire. Là était l'inconnu, et dans cet inconnu résidait pour les Turcs tout le hasard dfr l'entreprise.
L'invasion des bandes armées en territoire égyptien (26 octobre) avait mis les Anglais en devoir d'agir immédiatement. Sur mer, le Warrior^ qui se trouvait à Alexandrie, reçut l'ordre de se présenter devant El Arish, d'arrêter les troupes qui s'avanceraient par la route littorale et, d'une façon générale, d'agir à la place du poste frontière ramené en arrière. Le
Minerva arrivé à Suez le 30 octobre, avec les troupes indiennes, reçut Tordre d'aller àÂkaba pour remplir une mission semblable. Deux contre-torpilleurs furent envoyés à Port-Soudan en vue de patrouiller contre les mouilleurs de mines, et les torpilleurs de Malte partirent à destination du canal, afin d'y relever les contre-torpilleurs de patrouille appelés à un service plus actif*.
A l'intérieur de l'Egypte, le général sir John Maxwell prenait ses dispositions pour assurer la tranquillité de son arrière-front. Le 2 novembre, il plaçait le pays en état de siège. Le peuple égyptien apprenait par une proclamation que l'Angleterre assumait désormais le contrôle militaire de l'Egypte, afin d'en assurer la protection, et les particuliers étaient avertis qu'ils « serviraient mieux la cause commune en s'abstenant de toute action de nature à troubler la tranquillité publique, à susciter des mécontentements ou à aider les ennemis de S. M. britannique et ses alliés' ». Le 6 novembre paraissait une nouvelle proclamation annonçant l'état de guerre entre la Grande-Bretagne et la Turquie. « Reconnaissant le respect et la vénération qu'inspire le Sultan, en sa qualité religieuse, aux Musulmans d'Egypte, lisait-on dans ce document, la Grande-Bretagne prend sur elle tout le poids de la présente guerre, sans demander l'aide du peuple égyptien; mais elle s'attend de son