I. Fragment édité par M. C. Trochon
Madame de la fayette
MADAME DE LA FAYETTE
Adieu ; vous pourrez compter encore cette lettre-ci au nombre de celles qui sont à la glace ; mais j'ai la migraine.
repasserez encore. Si je n'avois point eu mille affaires, j'aurois été vous rendre une visite pendant votre maladie. Je vous prie de croire que je suis votre servante et votre amie d'une manière dont je ne le suis de gueres de gens.
Par P. S. — Servez-vous de crayon rouge, on ne voit pas le noir.
(En cnvoj-ant à Huct le manuscrit de' Zahydc ').
Sans date.
Je vous envoyé le troisième et le quatrième cahier (de Zahyde)-,Ce dernier n'est point du tout corrigé ni revu; aussi vous y trouverez bien à mordre; mais ne vous amusez guère aux expressions et prenez seulement garde aux choses : car quand nous l'aurons corrigé, vous y
1. Cette lettre et celle qui suit prouvent incontestablement que M'"^ de La Fayette avoit composé cet ouvrage, malgré les doutes que l'on a élevés à cet égard, et que Segrais n'avoit fait que lui prêter son nom. Ce fait est encore attesté par une lettre du 27 août lyoS, que l'évéque d'Avranches écrivoit à mon ayeul, dans laquelle il luidisoit : « Qiii peut mieux être informé de la vérité que moi, qui ay été dans une étroite liaison avec cette dame, qui lui ay vu composer ce livre, et à qui elle l'a communiqué pièce à pièce et à mesure que son travail s'avançoit? Je vous ferai voir quand il vous plaira. Monsieur, des lettres de M'"'-' de La Fayette par lesquelles elle me mande qu'elle m'envoye quelques parties de Zahyde, qu'elle me prie de le lire, de lui en dire mon sentiment, et d'y faire des remarques avec le crayon. » Plus loin il ajoute : « p]st-il présumable que l'auteur de Zahyde ait fait imprimer cet ouvrage avec mon Traité des Romans, sans que j'ay sçu qui étoit l'auteur de Zahyde^ M. de Segrais a ouï souvent M"'<^ de La Fayette me dire que nous avions marié nos enfans ensemble. » — Interpolée dans le manuscrit, cette remarque est barrée.
2. C'est ainsi que d'abord M»'c de La Fayette écrivoit le titre de son roman, et le nom du principal personnage. (L. d'A.)
(Sur Zahyde, envoyé par Ménage)
Fragment de lettre sans date.
Que la paresse ne vous prenne pas, ce seroit une honte de ne pas achever d'embellir Zahyde. Adieu; je suis tout à vous.
( Et de la main de Ménage).
Je vous crois parti, néanmoins j'envoye ce billet chez vous à tout hazard. Je suis à vous, mon très cher.
MADAME DE LA FAYETTE
MADAME DE LA FAYETTE
Ce lo janvier i 664 * .
Il est vrai que vous avez tort. Ne pensez pas le dire en plaisanterie; je vous le maintiens sérieusement. Quoy, Monsieur! vous m'aurez écrit une lettre, et vous bouderez parce que je n'y aurai pas fait réponse ? Ne savezvous donc point qu'il faut pour le moins trois lettres de Caen pour une de Paris .'^ Vous vous arrêtez à la première. Seigneur Dieu! vous faites bien l'entendu pour un Normand; encore si vous étiez Gascon, on vous le souffrirait; mais ceux qui sont sur les bords de l'Orne n'ont pas les mêmes privilèges que les habitans des bords de la Garonne. Vous m'en devez de reste, vous dis-je, de vous avoi. écrit au bout de quatre mois, sans que vous m'ayez fait souvenir de vous écrire. Vantez-vous encore que je vous dois quelque chose pour m'avoir renvoyé M. Ménage. Il est vrai, vous me l'avez renvoyé en bel étai; je vous conseille d'en prétendre de grandes reconnoissances;vous me le renvoyez bourru, chagrin, dégoûté du monde au point qu'il l'a abandonné, et moi avec lui. Voyez que vous avez fait un beau chef-d'œuvre! Enfin, il est très vrai que je ne le vois plus du tout, et que je n'entends parler de lui que quand j'envoye savoir de ses nouvelles.
A vous parler sérieusement, je suis sensiblement touchée de l'avoir perdu; je suis même fâchée, pour l'amour de lui, qu'il se soit jette dans une si 'grande retraite et avec si peu de nécessité. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'en dissuader; mais mes efforts et mon éloquence ont été inutiles. Mandez-moi si vous ne voulez point venir faire un tour ici : vous devriez mourir de honte d'aimer tant le séjour de votre ville.
J'ai rouvert ma lettre exprès pour vous dire que vous l'avez deviné; j'ai quasi jette ' le portefeuille dans le feu. Sérieusement, bien loin de profiter, j'oublie tout ce que j'avois appris.
Ce I 2 février 1664.
Vous avez raison de croire que j'ai quitté le portefeuille, car cela est tellement plaisant que je ne vous ai point parlé de l'ode que vous m'avez envoyée, qu'il n'y a sorte de jugement que vous n'en deviez faire. Mais, comme vous savez, les jugemens les mieux fondés en apparence ne le sont pas toujours en eff'et. Quoique j'aie quitté le portefeuille, ce n'est pas à l'égard de l'ode , car je l'ai lue et entendue, et qui plus est sans le secours de