‹ Un érudit [microform]Chapitre 36 sur 43 · FÉNELON · texte numérisé non relu

FÉNELON

A Cambray, ce 22 septembre 1709.

Je ne puis m'empècher, Monseigneur, de répondre à la lettre que vous avez écrite au P. de Vitry, comme si vous m'aviez fait l'honneur de récrire à moi même. Rien n'est si flatteur que l'approbation d'un prélat qui joint à la plus vaste érudition, une si exacte critique, avec l'imitation de la plus pure antiquité. Mais je me borne à me réjouir pour le seul intérêt de la religion, de ce qu'un juge si sincère, si éclairé, croit que mon travail ne sera pas inutile à la deffense de la bonne cause. Je ne manquerai pas, Monseigneur, de vous envoyer les autres ouvrages, que le parti me contraindra de faire contre les siens. Je prévois que nous passerons aux principales questions sur la grâce, et à l'examen du texte de saint Augustin, dont le système est très différent de celui de ses prétendus dis-

ciples. C'est avec un vrai respect que je serai parfaitement toute ma vie,

Monseigneur.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

F., Arch. duc de Cambray.

A Cambray, 21 novembre 1709.

Monseigneur,

Je suis trop bien payé de mon petit présent par vos louanges. Rien n'est plus flatteur que d'être approuvé par un juge qui a perfectionné sa critique dans une connoissance très familière de tout ce qu'il y a de meilleur dans l'antiquité. Mes adversaires vous donneront longtems le plaisir dont vous désirez la continuation, car ils ne cesseront jamais d'écrire. Ils ont cité la relation du cardinal Rospigliosi sur la paix des quatre évêques, et je tirerai de cet écrit une preuve décisive contre eux. Je ne manquerai pas, Monseigneur, de vous envoyer au plutôt ce que je prépare la dessus. Mais je dois vous représenter que je ne prête qu'à usure, cum tua velox merce veni; non ego te meis^ immiineni medltor tingere pocidis, plena clives ut in clomo.

J'ai vu, ces jours passés, lampiris ' ; rien n'est plus pur, plus élégant, plus gracieux, plus semblable à Virgile, sans le copier. Jugez, s'il vous plaît, par là, de ma curiosité pour le recueil de vos poésies. Mais c'est de vous. Monseigneur, que je voudrois le recevoir, parce que je serois encore plus touché du prix de cette marque de votre bienveillance que de celui de tout Touvrage. Ces fruits me paroîtront venir non de la mer Morte, comme vous le dites par modestie, mais du terroir fortuné dont parle Virgile NamquesubOebaliœ memini me turnhus altis, etc. Ils viendront, pour moi, du lieu qu'Horace dépeint. ///e terrarum mihi prxter omnes angulus ridet ; uhi non Hymetto mella décident viridique certat bacca venafro. J y ajouterai: Certantem et uvam purpura. Je croirai goûter des fruits du jardin d'Alcinoûs. C'est avec le respect le plus sincère que je suis pour toujours,

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray, 3o décembre 1709.

Quoique nous soyons. Monseigneur, dans cette malheureuse frontière, bien loin du doux loisir des muses.

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