LETTRE VINGT-DEUXIEME
Albertine à Adèle.
Paris, 7 juillet 18..
J'ai bien peu de temps à te consacrer, chère Adèle, et pourtant je ne voudrais pas laisser passer ta dernière lettre sans réponse. Reçois donc mes sincères compliments. Tu es une excellente historiographe. Rien d'omis, pas un détail perdu !
J'ai pu suivre pas à pas les hauts faits de ton vilain singe d'avocat. Qu'eût-ce été, bon Dieu ! si la bougie ne se fût pas éteinte !
Ce n'est que partie remise, après tout ; ta vigilance et ton œil de lynx me sont connus; aussi je compte avant peu sur la savante description de quelques ébats peu gazés, selon l'expression de ton Lucien.
A propos, que devient-il, ton Lucien? J'espère que le jour de son triomphe approche; voilà plus d'un grand mois que tu lui refuses impitoyablement ce que tu grilles de lui accorder ;
c'est assez, l'honneur est satisfait! Je demande grâce pour lui ; que dis-je, je demande grâce pour vous deux. S'il ne manque à l'accomplissement de la cérémonie que mon consentement, je vous l'envoie, accompagné de ma bénédiction; tâchez de savoir vous en servir.
Il nous est arrivé — je pourrais dire il m'est arrivé, puisque c'est moi qui reçois les clientes maintenant — une pensionnaire nouvelle, dont je te dirai l'histoire dans ma prochaine lettre. Qu'il te suffise de savoir en ce moment que c'est une ravissante jeune personne de dix-sept ans; elle doit passer deux ou trois mois seulement au pensionnat; elle n'en sortira que pour se marier.
Sur ce, je t'embrasse et te dis adieu. Ne sois pas trop fâchée contre moi si je te quitte déjà : ma prochaine lettre sera moins écourtée, je te le promets.
Albertine.
îït r s h r ? m ** it r vn r * à ™tf5*¥*> ÎV* *ïi'c 'ii r vn r ' ii r "» il ™ :ïi 'Tiï r 'ï™ ii r