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douce violence, lui enleva l'une après l'autre la camisole et la chemise, seules pièces de sa toilette de nuit, de telle sorte qu'au bout d'un instant elle s'était vue forcée d'adopter, dans sa rigoureuse simplicité, le costume d'Eve avant le péché.
Sa chevelure blonde, dénouée par hasard et flottant jusqu'à mi-corps, complétait sa ressemblance avec la mère du genre humain.
Quel spectacle s'offre alors à l'émerveillé M. J...1
On croirait voir descendre de son cadre une de ces riches et puissantes natures que se complaisait à reproduire le vigoureux pinceau de Rubens.
Ce n'est assurément ni la finesse d'attaches, ni la délicatesse d'extrémités, ni la rectitude de lignes, ni la pureté de galbe si remarquables chez ma tante ; mais quels contours ! quelles épaules ! quelles hanches ! Des cuisses et des jambes taillées en plein marbre, comme les colonnes d'un temple ! Et tout cela ferme, résistant ! C'est à peine si la gorge, malgré son poids énorme, incline sa rose extrémité !
Aussi l'avocat n'était-il plus un homme ; c'était un satyre, moins les pieds de bouc et les cornes. Il rugissait d'admiration ; ses mains erraient çà et là, à tort et à travers; ses lèvres s'imprimaient sur tout ce qu'avaient touché ses
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mains ; semblable à l'ogre des contes, il se plongeait dans une gigantesque orgie de chair fraîche 1
Bientôt ces préliminaires ne lui suffisent plus : en face d'une Eve si attrayante, il veut user des prérogatives d'Adam, et, se débarrassant de sa robe de chambre, il se trouve, lui aussi, dans le costume de notre père commun.
Ah ! ma chère, comment te dire ce que je vis alors? Je ne trouve pas de termes propres à rendre ma stupéfaction. Je voyais se dresser devant moi la formidable réalité dont le consolateur de ma tante n'était que l'infime reproduction.
Quelle feuille de figuier il eût fallu à M. J... pour se présenter décemment devant le Seigneur irrité !
Je m'expliquais maintenant les gémissements de la pauvre Rose ; vraiment, on se plaindrait à moins !
Tu ris en me lisant, chère Albertine, et tu te représentes M. J... ridiculement laid, grotesque même ! Eh bien ! non : sa laideur avait disparu ; ses yeux flamboyants, ses narines dilatées, l'ardente passion qu'exprimait son visage enflammé, l'énergie de son attitude, tout cela l'avait transfiguré. Il était presque beau ainsi. Il m'inspirait deux sentiments assez difficiles à concilier: une sorte de vague désir, mêlé d'effroi.
Je te le confesse, j'en étais venue à jeter un œil d'envie sur sa victime !
Quant à elle, la bonne fille, toujours protestant, toujours contrainte de céder, elle était en ce moment sur le lit, livrant, bien malgré elle, aux regards avides de son persécuteur, tous les secrets de sa luxuriante beauté.
A cet aspect, le délire du petit homme ne connaît plus de bornes : il s'élance d'un bond, con furia francese, vers l'autel sur lequel il la tient longtemps et étroitement embrassée.
Rose ne songe plus ni à g-émir ni à pleurer : de voluptueux frissons parcourent son beau corps ; toutes les interjections heureuses de la langue française voltigent tour à tour sur les lèvres entr'ouvertes par le plaisir, et lorsqu'enfîn, quittant sa position anormale, le vaillant petit avocat, plus redoutable que jamais, consomme le sacrifice, elle accepte avec résig-nation, sans rancune, l'instrument de son martyre et lui fait fête de son mieux.
La pièce terminée, on baissa la lampe.
Les acteurs s'endormirent-ils sur leur myrtes? M. J... accomplit-il de nouvelles prouesses?
Je ne m'en inquiétai point ; je ne me sentais plus l'envie d'écouter. Il me tardait d'étancher, tant bien que mal, la soif de jouissance excitée en moi par ce que j'avais vu. Ce n'était plus du sang-, c'était du feu qui coulait dans mes veines 1
Ah! si Lucien avait été là!... Hélas! il n'y était pas ; il fallut me suffire à moi-même.
Que veux-tu, chère Albertine, le sage doit se contenter de peu.
A toi.
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