‹ Un été à Meudon (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · LA LAMPE DB SAINT^JUST. H · texte numérisé non relu

LA LAMPE DB SAINT^JUST. H

sur la soL Les soldats remportèrent hors de la maison, ainsi que le vieux Lubiano.

— Adieu^ ma fille ! adieu I criait le vieillard, devais-tu mourir avant moi!

A ce mot^la jeune fille se releva, et, mesurant Jean d'un, œil de mépris, répondit à son père d'un ton calme et assuré :

— Mon père, je ne veux plus mourir !

Jean ne comprit pas le sens de ces paroles, et le vieux marchand n'y vit qu'une, vaine menacSe. On les sépara.

A quiifze mois de ce jour, Jean de Lille-Jourdain était assis sur un coussin aux pieds de la belle Rasselinde de La Baume. Elle écoutait avec amour les récits qu'il lui faisait de ses premières courses aventureuses ; et la mère de Jean, la superbe Isabelle de Levis, les considérait tous deux en souriant. C'était un groupe charmant que cette jeune fille, blonde et frêle, couchée dans un large fauteuil d'ébène, où sa robe blanche et souple -la dessinait mollement) et ce beau jeune homme, presque à genoux devant une sainte image ) elle, les yeux inclinés sur lui;. lui, les yeux levés sur elle ; Rasselinde, souriante et heureuse d'être aimée, l'écoutant parce qu'il parlait, et non par ce qu'il disait; l'écoutant par sa voix,*et non paf ses paroles ; Jean, heureux de la voir, et dont le regard pensait plus loin qu'à l'heure présente, car le lendemain ils devaient se marier; et à côté d'eux, comme un ange gardien, la dame de Lille-Jourdain se contemplant dans son ouvrage, car c'était elle dont les soins finissaient» par cette union, les vieilles querelles des sires de Lille-Jourdain et des seigneurs de La Baume.

Le jour commençait à baisser. C'est l'heure où les fleurs donnent tous leurs parfums, où les fades chaleurs du printemps vibrent à l'horizon en larges et pâles éclail*s; c'est le temps où la nature est si abondante en enivrements, qu'on se plaît au repos et au silence» de crainte de la troubler : aussi Jean et Rasselinde étaient-ils devenus silencieux. Jean, la tête appuyée sur les genoux de Rasselinde ; elle, la main dans les cheveux de Jean ; tous deux ivres de la même âme, ainsi que du mêoie air et de la même lumière; tous deux oublieux de toute autre vie que la leur, ne pensant même plus aux dévorantes dévastations de la peste qui depuis quelques mois abât-

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