CO LA LAMPE DE SAINT-JUST
tait comme un ardent faucheur les tremblantes populations de la langue d'oc. C'était un de ces moments ineffables qiû font de la plus folle et de la plus pau'vre jeunesse un meilleur ' temps que de la vieillesse la plus riche et la plus prudente. A ce moment, la porte de la salle gothique s'ouvrit, et une femme voilée s'y présenta. Jean se leva vivement, et, désagréablement interrompu dans ses longues pensées, demanda rudement à cette inconnue ce qu'elle voulait.
— Jean de Lille-Jourddin, lui dit-elle presque solennellement, cette belle enfant n'est-elle pas Rasseiinde, ta fiancée?
A celte voix, la jeune fille tressaillit, et, d'un œil inquiet, parcourut le visage troublé de Jean. Prévoyant quelque triste confidence d'un amour délaissé', elle se prit de peur pour son bonheur, et des larmes lui vinrent aux yeux. Jean répondit brièvement :
— Oui, elle est ma fiancée !
— Bien, dit la femme voilée avec quelque chose d'un vœu satisfait. Et aussitôt elle retourna vers la porte, et, l'ayant fermée soigneusement, revint se placer devant Rasseiinde. Elle parut la considérer attentivement à travers son voile; puis laissant tomber ses paroles une à une, comme si elle réfléchissait tout haut :
— Oh! ceries, elle est belle, plus belle que je n'avais espéré. '
— Que vous importe? s'écria l'impatient jeune homme.
— Ce qu'il m'importe ? reprit l'inconnue avec un légor tressaillement, c'est que je suis assurée, en la voyant si belle, que l'amour qu'elle t'inspire n'est pas une de ces affections frivoles qui se brisent sans déchirenients. Ce qu'il m'importe ? continua cette femme en élevant la voix et en se tournant vers Jean, c'est que ce sera un effroyable supplice pour toi que la pensée de la quitter.
— La quitter! s'écria violemment le sire de Lille- Jourdain. Que nous veut cette femme, et qui l'a laissée entrer au château?
— Ce que je te veux? reprit-elle; je veux t'avertir d'un danger qui -vous menace, toi et ta belle fiancée; d'un projet de vous séparer, qui a été conçu par un implacable ennemi.