‹ Un été à Meudon (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · LA LAMPE DE SAINT-JUST · texte numérisé non relu

LA LAMPE DE SAINT-JUST

— n a'est pas d'enoemis qui puissent m'atteindre ou que je craigne, répondit fièrement le chevalier, à Tabri de mes remparts et de mon épée ; fût-ce le comte de Foix, fût-ce Armagnac, fût-ce le roi de Frabce lui«-roême.

— Cet ennemi, reprit l'inconnue, n'est cependant qu'une pauvre femme, et, malgi'é tes remparts et ton épée, elle tient en ses mains sa vengeance aussi inévitable, aussi sûre que celle de Dieu.

En disant ces mots, elle s'avança vers Rasselinde, et Jean de Lille-Jourdain se jeta entre elles, la main sur son poignard. Un efiroi singulier se glissa dans son cœur; et, bien qu'il ne parût pas raisonnable de craindre une femme seule et sans* doute insensée, c^pendant un triste pressentiment l'agita, et sa voix tremblait lorsqu'il s'écria :

— Enfin, qui es-tu? que veux-tu?

— Qui je suis? répondit-elle gravement, je suis Diana Marrechi ; ce que je veux ? c'est ta vie.

Rasselinde, à ces paroles, poussa un cri d'efijroi, et Jean, tout à fait- rassuré et honteux du mouvement de crainte qui l'avait agité, la mesura avec un sourire dédaigneux; mais elle, continuant, s'écria avec un amer enthousiasme :

— Oui, je suis Diana Marrechi, qui s'est tr^née à tes genoux en te demandant de lui laisser attendre son fiancé, nue sous la pluie et le vent, nue sur une pierre; je suis Diana Marrechi, que tu as repoussée du pied.

~ Assez, assez! reprit le sire de Lille- Jourdain; sortez, eu je vais vous faire jeter hors de ce château par mes valets. ~ Ils n'oseraient, répondit amèrement Diana.

— C'est donc moi qui le ferai! s'écria le chevalier; et ausâtôt il s'avança vers Diana, et, la saisissant par le bras, il voulut Tentraîner hors de la salle ; mais elle, à son tour, prenant la main de Jean, la serra avec une rage convulsive,. et, la froissant entre les siennes, sembla s'attacher à lui. Cependant Jean étçdt près de la faire sortir, lorsqu'elle s'arrêta soudainement.

— Eh bien ! je sortirai, dit-elle, je sortirai ; mais accordemoi une grâce : laisse-moi revoir ta fiancée; pour tout le mal que tu m'as fait, cette dernière faveur! Oh! tu peux tenir ma

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