ATTITUDE DU GOUVERNEMENT
Cette sorte de révolte générale de la Magistrature, entraînée par le Parlement, méritait une sanction sévère, si l'on voulait éviter de laisser périr l'autorité royale. Dès le début, en etîet, il fut question d'appliquer à I4 Cour des Aides et à la Chambre des Comptes la même peine qu'au Parlement, et de transférer la première à Beauvais, la seconde à Amiens. Mais Malesherbes obtint que les lettres de cachet, déjà signées, parait-il, ne fussent pas expédiées (1). Bien au contraire, et à la surprise du public, M. de Nicolaï, premier Président des Comptes fut, après les protestations de sa Cour, nommé Chancelier de la Reine. On en conclut que Sa Majesté ne prenait point en mauvaise part l'opposition de ses magistrats (2). On alla même
(l)Sallier, 98.
(2) Bachaumont, XXXV, 20 août.
jusqu'à raconter que le roi était irrité contre Brienne, et qu'il lui aurait déjà dit, d'un air colère, quand le Parlement eut refusé d'admettre les édits : « Eh bien, Calotin, ils refusent d'enregistrer. Voyez à vous en tirer (1). » Et Ton rapprochait de tout cela la réponse particulièrement bénigne qui avait été faite aux supplications de la Cour des Aides.
Ce qu'il y avait de certain, en tous cas, c'est qu'il y avait lutte dans le Conseil du roi et dans le ministère même, entre les partisans de Tindulgence, peu ou prou animés des idées nouvelles, ou anciens magistrats, comme Malesherbes, et ceux qui voulaient une répression énergique de la rébellion parlementaire. La reine intervint pour qu'on fît une plus large place et un plus complet crédit à Brienne, son protégé. On voulait en faire le chef du Ministère. Mais Louis XVI, afin de montrer combien il était jaloux d'une autorité dont il ne gardait que les apparences, refusait obstinément d'avoir un premier ministre. On tourna la difficulté, et l'Archevêque de Toulouse fat nommé « ministre principal ».
Désormais, Brienne allait dont mener les choses à sa façon. Et les événements en portèrent bien la marque. Toujours tatillon et court de vue, il ne visa qu'un seul but: arriver d'une façon ou de l'autre à obtenir, avec le concours du Parlement, des impôts
(1) Bachaumont, XXXV, 23 août.
et par suite de l'argent. De la gravité des circonstances de la grave révolte des Corps judiciaires, il ne se préoccupa que peu. On fit cependant crier et publier à nouveau le procès verbal du lit de Justice, et celte fois, « avec l'authenticité la plus détaillée », dit Bachaumont. Mais « les colporteurs plus pudibonds n'osaient encore annoncer le véritable titre, et par une qualification dérisoire aux yeux de beaucoup de gens, mais à coup sur autorisée et suggérée, criaient seulement : « Voilà du beau et du bon ! (1). »
En même temps, pour répondre aux publications de tout genre qui, journellemeat, attaquaient le ministère, Brienne prit successivement deux mesures, qui furent d'ailleurs aussi inefficaces l'une que l'autre. D'abord, il essaya de faire publier des répliques aux libelles hostiles et surtout aux publications du Parlement et de ses membres, arrêtés et discours. La plus remarquée de ces répliques, et celle dont on attendait le plus d'etfet, était intitulée : Observations (Tun Avocat sur l Arrêté du Parlement de Paris du 13 août 1787 y dont l'auteur était très probablement un sieur Moreau, en effet avocat au Parleaient.
Elle reproduisait d'un C(5té l'arrêté et de l'autre le commentaire, plus long encore que le texte. C'était assez médiocre et précédé d'un Avertissement fait tout entier d'attaques personnelles contie les principaux
(1) Bachaumont, XXXV, 27 août.
meneur du Parlement. On y conseillait à Robert de Saint-Vincent, janséniste austère « qui joint une âme droite à une tête ardente, de ne plus s'occuper que de la bulle Unigenitus, à d'Epréménil de (,( recommencer à poursuivre la gloire dans le tombeau de Lally, ou dans le baquet de Mesmer » ; à Sabathier de « faire entériner ses lettres de grâce dans la Compagnie et de rejoindre les drapeaux de son général, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais » ; à l'abbé le Coigneux, de « laisser reposer sa mémoire qui fait tous les frais de ses motions » ; et à Sémonville, c< étonné de sa renommée et de son influence, de suivre un bon régime pour se garantir des frayeurs que cause la gloire (1) ». La brochure n'eut point l'effet attendu. Non seulement elle ne convainquit personne, mais elle provoqua une nouvelle rumeur populaire. Le 21 août, elle fut solennellement brûlée au Palais par la basoche oisive, qui saisit avidement cette occasion de manifester. On parodia, pour procéder à cette cérémonie, les usages de justice, et une procédure fut commencée contre l'auteur. Par la même occasion, on brûla aussi les déclarations du Fimbre et delà Subvention Territoriale, dans la cour du Mai, au pied du grand escalier (2).
(1) Bachaumont, XXXV, 27 août.
(2) Bachaumont, XXXV, 21 août. Il dit plus loin (XXXV, 11 septembre) que « les Cours et le Châtelet avaient eu quelque velléité de sévir contre... les observations d'uQ avocat. » Et il loue un « écrivain patriote » d'avoir réfuté « ce
Ce premier moyen n'ayant point réussi, et comme il devenait d'ailleurs nécessaire de mettre un terme aux désordres, qui avaient dégénéré en véritables émeutes, le gouvernement résolut de contenir Paris par des mesures de répression. Le bailli du palais qui, en l'absence du Parlement, exerçait la police, donna ordre aux procureurs de contenir leurs clercs, principaux auteurs des troubles, et de les garder chez eux. Puis il rendit le 20 août une Ordonnance interdisant les attroupements tumultueux. Et, le :;{ septembre, une autre Ordonnance vint enlin défendie de vendre aucune brochure, ou aucun imprimé qui ne fût revêtu des formalités requises. Cette dernière décision était maladroite entre toutes. Elle fut un prétexte de plus à l'agitation, et ne supprima pas le moins du monde la propagation des libelles, des pamphlets, et des arrêtés des Cours. Ils disparurent des boutiques du Palais-Royal et d'ailleurs, mais circulèrent sous le manteau avec une activité peutêtre plus grande encore.
Enfin, par crainte d'une émeute sérieuse, on plaça un peu partout, et spécialement autour du Palais, des postes militaires. L'hôtel de la police demeura ouvert en permanence, et 1900 soldats du régiment des gardes occupèrent la ville, qu'ils sillonnaient de pa-
pamphlet... où les lois fondamentales du royaume sont renversées... el le despotisme le plus absolu mis à la place du gouvernement monarchique. »
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trouilles. Les officiers furent consignés à leur poste. Brel, on prit toutes les mesures qui, en supposant une dangereuse fermentation populaire, la provoquent le plus souvent (1).
(1) Bachaumont, XXXVI, 22 septembre.