LA PUBLICITÉ
On se demandera probablement quel moyen a-t-on pour faire naître ou soutenir ce mouvement de progrès, pour l'activer, l’alimenter, l’accrottre, le multiplier, pour lui donner enfin le stimulant nécessaire de vitalité énergique et fcconde ?
Ce moyen accessoire mais très précieux, c’est la publicité, et tout naturellement, puisque l'Exposition doit être considérée surtout comme un facteur de publicité. Quels sont les éléments essentiels d’un: fructueuse publicité si ce n’est se connaître d’abord et ensuite se faire connaître. Alors, exposition et publicité ont donc une parfaite similitude. La publicité est une science et un art et l'Exposition est en quelque sorte une application de cette science et de cet art. C’est une science parce que le domaine de ses ressources est illimité et c’est un art parce que ses formes multiples peuvent varier à l'infini. Cette science et cet art, s’ils sont appliqués à bon escient, constituent non pas une dépense mais un placement des plus avantageux.
La publicité est devenue à notre époque une nécessité d’intérêt public autant que d’intérèt individuel ; mais les intérêts publics jusqu'ici ne s’en sont pas prévalu autant que les intérêts individuels. Et je me permettrai d'exprimer tout respectueusement l’opinion que si lés intérêts publics se préoccupaient plus de cette science et de cet art qu’est la publicité, le progrès serait beaucoup plus rapide et le bonheur des peuples n'en serait que mieux assuré et mieux vécu. On ne saurait nier que cette science et cet art bien compris et bien dirigés constituent en quelque sorte l’idée prophétique d’une époque désirable. Quelles que soient leurs formes, cette science et cet art sont des arines puissantes, irrésistibles même non-seulement pour les indifférents mais même pour les réfractaires et les récalcitrants. En effet, il n’y a pas de levier plus puissant pour secouer l’apathie publique à l’endroit surtout de choses intéressantes par elles-mêmes ; il n’y a rien non plus de supérieur à cette puissance pour inspirer une opinion publique, pour la diriger, pour l’orienter, pour créer de l'enthousiasme autour d’une chose qui la mérite et pour généraliser un esprit public. Tout le monde reconnaît et surtout ceux qui en ont fait l'expérience que la publicité est une science et un art avantageux, du moment que l'application qu’on en fait est quelque peu éclairée. Si elle est de quelqu'avantage aux individus, pourquoi ne le serait-elle pas à un corps public, à une corporation municipale comme à un état ?
La seule différence qu’il y ait existe dans la dimension du jeu d’action dans laquelle cette science et cet art peuvent s'exercer. Il faut à cette science et à cet art une application judicieuse pour qu'ils soient appréciés. Tous deux servent à faire apprécier davantage ce qui est déjà reconnu comme beau en soi ; ils accentuent en quelque sorte [a qualité naturelle pour en faire une qualité supérieure. Le développement de cette science et de cet art correspond au développement économique de toute mstitution à laquelle ils s’attachent. La publicité est irrévocablement l'ennemi du scepticisme et du pessimisme ; elle est naturellement l’alliée de l’optimisme. Elle est en quelque sorte une école permanente ou une chaire d'économie sociale et politique. Elle est aussi un musée permanent, et d’une remarquable diversité comme champ d'actions, par ce qui lait le fond des possibilités. Elle est un éclaireur du perfectionnement dans tous les domaines où elle s’exerce. Par la nature même de cette science et par la nature même de cet art, la publicité est essentiellement innovatrice. I] Jui faut un outillage toujours nouveau mais qui consiste surtout en un outillage intellectuel. Dans son rôle de perfectionnement, cette science et cet art, qui constituent la publicité, doivent s'élever jusqu’à un certain sommet, afin de mieux observer ce qui se passe et surtout afin
de mieux entrevoir ce qui doit surgir dans l’avenir. La publicité est en quelque sorte de l'aviation intellectuelle, c’est-à-dire qu'elle doit planer afin d'observer un peu, dans les sphères supérieures, ce qui se passe au |
veau des mortels. Enfin, l’histoire et, la publicité sont comme deux sœur:
l'histoire c’est le récit du passé et la publicité c’est le récit du présent et par anticipation c’est celui de l’avenir.
Pour accentuer cette science et cet art d’une façon effective et producuve, il faut l'intervention de deux éléments essentiels, un capital fixé en ar- “ent et une capital intellectuel ! Quant au capital fixe l'Exposition de Québec le représente parfaitement. L’Exposition, c’est une publicité lustrée, c’est-à-dire, ce sont les vues animées de Ia publicité. L'Expoition n'est-elle pas une publicité en faveur de nos ressources agricoles ct des meilleurs éléments à employer pour exploiter cette industrie? L'Exposition n’est-elle pas, et sielle est bien orientée et développée, peutclle être autre chose qu’une publicité de nos ressources connues jusqu'ici et de nos possibilités encore ignorées. L'Exposition n'est-elle pas une publicité illustrée en faveur également des attraits particuliers de Québec au point de vue de l’h'stoire, et des avantages particuliers de Québec au point de vue de ses ressources d’ordre physique ou géographique ? N'estelle point non plus l’occasion d’une publicité illustrée en faveur de tout
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ce que l'on peut tirer des initiatives nouvelles provenant de ses abondantes possibilités ?
Quant au capital intellectuel je n’oserais point, M. le Président, en dire davantage... .sous le prétexte, si vous le voulez bien que ce serait prolonger sans nécessité une incidente au sujet qui nous occupe.
Qu'il suflise simplement de conclure que Québec devrait s'intéresser plus que jamais à son exposition, ne serait-ce qu’à titre de facteur de publicité.
Avant que Québec eut cette organisation régulièrement annuelle de l’exposition, est-ce que l’on parlait avec avantage de Québec? Non, tout le monde était enclin à un pessimisme désolant et personne n'avait foi dans l'avenir de Québec. Depuis cette période, personne ne saurait contester que la confiance dans l'avenir de Québec a surgi plus féconde que Jamais et qu’un enthousiasme de bon aloi est né de cette cause créatrice de progrès qu'est la publicité et de ce stimulant de développement qu'est l'Exposition.