‹ Un faux classique, Nicolas BoileauChapitre 11 sur 66 · Voiture · texte numérisé non relu

Voiture

Foudroyant, tous les jours, l'ignorance ennemie.

2. Ces vers de Ronsard sont du petit nombre de ceux qui ne sont pas tirés de la Franciade.

On vante beaucoup les vers proverbes de Boileau. Sans parler de Corneille qui fut, en ce genre, son meilleur modèle, Fart de graver, comme en médailles, des aphorismes, des sentences, des préceptes, remonte aux époques les plus lointaines de notre littérature. Au x\f siècle, Ronsard y excellait parmi beaucoup d'autres.

En voici quelques exemples, déjà cités par nous avec intention, mais qui n'ont pas été remarqués dans notre précédent volume.

La vieille injure appelle la nouvelle.

Masques de rois, idoles animées.

Le peuple né pour nouvelles apprendre.

Du pays naturel la douceur nous attire.

Faveurs de rois s'envolent comme vent.

L'artisan chante en faisant son ouvrage. Un même fait produit le blâme et la louange. Mais le propre sujet des hommes c'est aimer. Et que toujours le fort le plus faible surmonte.

Les bois coupés reverdissent plus beaux. Et pour un petit mot un mal perpétuel.

D'un ])etit bois allument un grand feu. Car toujours la parole est maîtresse du cœur. L'extérieur domine en tout ce monde-ci, Et de l'intérieur personne n'a souci.

Un beau mourir orne la vie humaine.

Les vertus nous font l'âge et non pas les années.

L'honneur s'achète aux dépens de la peine. Il est beau de mourir pour une chose belle. Des petits et des grands la fortune se joue. La peste des grands rois sont les langues flatteuses. Heureux celui qui meurt pour sauver sa patrie.

La belle vie engendre belle mort.

La mort n'est pas grand mal, c'est chose naturelle. Il est temps de laisser les vers et les amours. La mer toujours parjure, amour toujours volage. Les beautés en un jour s'en vont comme les roses. Tout ce qui est parfait ne dure pas longtemps.

La fortune aide aux hommes courageux.

De quoi servent les fleurs si les fruits ne mûrissent. Mais toujours le plaisir de douleur s'accompagne. Car l'attente du bien augmente le désir. Comme Oreste agité des fureurs infernales.

QUELQUES VERS PHOVERBES DE ROXSARD. 97

La jeunesse s'enfuit sans jamais revenir.

Les roses en hiver ne sont plus de saison.

Car la face de Mars n'est pas toujours certaine.

Le seul présent est en notre puissance. Hérétique est celui qui pense le contraire. Et voyant notre mal nous ne le voyons point. Sans la faveur de Dieu la force est inutile. Et pardonnant à tous soi-même ne pardonne. Sans espoir de retour s'échappe la parole.

Le temps perdu ne se peut rappeler.

Car toujours la nature est meilleure que l'art. Un seul chemin nous mène à Rhadamante.

Et plus un mal finit et plus l'autre s'augmente.

Il faut souffrir lune et l'autre fortune. Lui seul vaut son Alcide et toute son armée. Xi trop haut ni trop bas, c'est le souverain style. La nature ne veut en rien être forcée.

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