‹ Un faux classique, Nicolas BoileauChapitre 3 sur 66 · A LA PETITE CHIENNE DE LA COMTESSE · texte numérisé non relu

A LA PETITE CHIENNE DE LA COMTESSE

Vers le lit faites bonne garde, Ne souffrez pas qu'on la regarde, Et paraissez aux plus hardis Un cerbère de paradis.

Nous avons choisi avec intention les passages les plus réussis, et qui peuvent servir de spécimens d'un 2"enre de littérature, inoffensif et même amu-

sant quand on ne le prend pas au sérieux, mais qui était assurément indigne des palmes de Boileaudans ce grand traité de rArt poétique oii La Fontaine n'a ])as les honneurs d'une mention. Notez que FAiH poétique est postérieur de douze années à la comédie des Précieuses.

11 faut bien aussi rappeler quelques vers de Voiture, que Boileau n'a jamais eu aucune raison personnelle de ménager et qu'il n'a cessé de louer et de prôner avec une prédilection si singulière que les admirateurs les plus outrés du satirique s'en montrent eux-mêmes un peu surpris.

Car sans en voir d'autre apparence, Je jurerais en assurance A voir son visage assassin, Et son œillade cauteleuse, Qu'elle a grand part à ce larcin Et qu'elle en est la receleuse.

Vous savez bien que vos plaisirs

M'ont coûté cent mille désirs

Et qu'ils sont auteurs de ma peine

Et contre moi séditieux ;

Charmé de Téclat qui vous mène

Vous ne voulez voir que Climène,

Quel mal vous ai-jo fait, mes yeux?.

Mes yeux, quel crime ai-je commis Oui vous rende mes ennemis?

Votre chant autrefois perdait Le nocher qui vous entendait, Son plaisir était son naufrage...

Mais je laime et veux que mes vers Par tous les coins de l'Univers En fassent vivre la mémoire, Et ne veux penser désormais Qu'à chanter dignement la gloire Du plus beau cul qui fut jamais.

Le soleil confus dans les cieux, En le voyant si radieux, Pensa retourner en arrière, Son feu, ne servant plus de rien, Mais ayant vu votre derrière.

Il n'osa plus montrer le sien.

Philis, cachez bien ces appas, Les mortels ne dureraient pas Si ces beautés étaient sans voiles; Les Dieux qui régnent dessus nous Assis là haut sur les étoiles.

Ont un moins beau siège que vous.

NOTES SLR BOILEAU. 71

Vous m'avez pris par le derrière, N'est-ce pas une trahison?...

Et le méchant en cet état S'était caché toute sa vie Pour faire cet assassinat...

Sa bouche, son ris et ses yeux Mettent tous les cœurs au pillage

Mais un personnage antique, Parent de Xostradamus, M'a dit en ternies confus Que ce temple magnifique Pour être plus exaucé Serait bientôt renversé...

Gagné d'une sorcière flamme J'avais mis les clefs de mon âme En la garde de ce voleur.

Mais d'une malice funeste, M'en ayant ravi le meilleur, Il mit le feu dedans le reste.

1. Il est presque inutile de signaler l'analogie des passages précités, de Benserade et de Voiture, avec les parodies bien connues que Molière a faites du style précieux.

La mauvaise me lient ravie Mon âme, mon cœur et ma vie, Car chez elle se vient sauver Le voleur de cette dépouille, Mais jespère tout retrouver Si tu permets que je la fouille K..

Arrêtons-nous. Mais qui a pu prétendre que la critique de Boileau était étroite, et qu'il n'appréciait que le genre noble et la belle simplicité des anciens? Rendons justice à son éclectisme et reconnaissons une fois de plus que le véritable ennemi du genre précieux, c'est Molière; il n'a pas craint d'attaquer de front les réputations les mieux établies de son temps, et ce sont les passages les plus goûtés de leurs poésies qu'il vise, non pas seulement dans les Précieuses, mais dans les Femmes savantes, et le Misanthrope. On sait d'ailleurs qu'il ne recule jamais devant le mot propre, quand il est en situation et qu'il sert à la peinture exacte et vive des mœurs de ses contemporains.

1. Tous ces passages sont tirés de l'édition in-4 de Voiture publiée par son neveu Pinchesne (une des victimes de Boileau), 2* édition, Paris, Courbé. 1650. Mon exemplaire porte la signature de la présidente de Marthebize.

[Franciade]

Les matelots à la peur indomptés.

Immolent trente mets à leur faim indomptable.

Et d'emporter Illion par la mer.

Poursuive sur les flots les restes d'Illion.

Tout bigarré de cent couleurs diverses.

Qu'on verrait de couleurs bizarrement orné. — Oui voit de toutes parts les hommes bigarrés.

Comme une foudre en Bourgogne courra.

Et dans Valencienne est entré comme un foudre.

Ce fleuve ayant sur la tète un roseau, Et sous Taisselle un vase à source d'eau,

Et du menton versant une fontaine.

Au pied du mont Adule, entre mille roseaux, Le Rhin tranquille et fier du progrès de ses eaux, Appuyé d'une main sur son urne penchante. Dormait au bruit flatteur de son onde naissante.

RO. Le Rhône, d'autre part, dedans ses eaux couché, Lâchant la bride longue à son fleuve épanché, D'une cruche versée ayant la dextre mise Au menton hérissé d'une moustache grise. Et portant une rame en la fenestre main, Et une grand'fontaine au milieu de son sein. *

BO. A ces mots essuyant sa barbe limoneuse.

RO. Et de quels yeux il enfonce un regard.

BO. Mais Louis d'un regard sait bientôt la fixer. *

RO. Xus pieds, sans robe^ affreuse, échevelée.

BO. Où la science triste, affreuse, délaissée —

— A ce triste récit tremblante, désolée.

Elle accourt l'ccil en feu, la tête échevelée.

RO. Au mandement que Jupiter lui donne.

BO. Apollon doit venir au premier mandement.

RO. J'aille tenter ce grand royaume humide.

BO. Oui toutes accourant vers leur humide roi.

RO. Ni pour les feux de salpêtre fumeux.

BO. Du salpêtre en fureur Tair s'échautTe et s'allume,

Et des coups redoublés tout le rivage fume. RO. Que ces rives écumeuses Sont fumeuses... *

RO. Étant couvert du secours de ta main.

BO. D'un mot pris en mes vers n'empruntât le secours.

Coupait la mer sous la faveur du vent. Là s'élançanl d'un vol que le vent favorise. Favorisé de fortune prospère.

Et le parent au parent fait la guerre, parents contre parents, Combattent follement pour le choix des tyrans.

Il amusait son esprit et ses yeux.

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