L'ÉPITRE IV DE BOILEAU
M. Brunetière, dans son Commentaire sur Boileau, (Hachette, 1896, édition scolaire), s'exprime ainsi, au sujet de Y É pitre lY :
« L'adresse, l'agrément, l'esprit, la poésie concourent dans cette pièce », a dit quelque part Sainte- Beuve et ce qu'il y a d'assuré c'est que peu de ses vers ont fait davantage ou autant pour la gloire de Boileau. Elle a en effet, pour elle, d'avoir été comme dictée par l'événement, improvisée sous le coup de la première émotion et de nous rendre ainsi toute vive l'impression que produisit sur les contemporains la nouvelle de ce fameux « passage du Rhin... Tant de promptitude aida sans doute au succès, et pour une fois le poète se trouva bien d'avoir rompu avec ses habitudes ».
Tous les contemporains ne partagèrent pas cette admiration et M. Brunetière eût bien dû se souvenir, à cet endroit, des critiques acerbes d'un certain Bussy-Rabutin qui n'était pas le premier venu. Une querelle faillit s'ensuivre et le fier Boileau ne se montra pas précisément très brave en cette affaire. Cette fois les rieurs ne furent pas de son côté.
La pièce a 172 vers et, sur ces 172 vers, c'est à peine s'il s'en trouve une dizaine où nous n'ayons pas relevé de manifestes imitations d'idées ou d'expressions, et dont on puisse dire qu'ils appartiennent en propre à Boileau. Yoilà pour l'invention, et quant aux rimes, il faut avoir l'esprit vraiment hvpnotisé par le fétichisme classique pour s'extasier, comme on le fait encore aujourd'hui, sur leur originalité et leur richesse. Est-il si difficile vraiment de faire rimer Issel avec Tessel, Woersden avec Heusden, Doesburg avec Knotzenburg, Arnheim avec Hidelsheim et surtout ^\"urtz avec murs? Et même faut-il être un grand versificateur pour associer disjjosée à Zuidersée, sec à Leck, et toi à Orsoit Chez les poètes de la Pléiade les rimes de ce genre se rencontrent par centaines, et personne n'a songé à leur en faire honneur'.
1. Je parcours au hasard deux ou trois pièces dans les Épitaphes de Ronsard et j'y relève les rimes suivantes :
Le passage du Rhin est un morceau éminemment classique et scolaire; tous les élèves de nos collèges le savent par cœur. Est-ce à dire que les éditions, publiées cà leur usage, soient toujours marquées au coin d'une critique exacte, judicieuse, propre à former leur goût naissant et à éveiller leur jeune imagination ? Je vais citer quelques vers sur lesquels l'attention des commentateurs ne s'est pas arrêtée et qui ne paraissent pas devoir être approuvés sans réserves. Ce sont les modèles classiques qu'il faudrait contrôler avec le plus de sévérité, précisément parce que ce sont des modèles; or c'est la méthode contraire qui prévaut généralement. A défaut d'autres maîtresses quelquefois, nos maîtres se pâment devant les charmes de Boileau, et leur adoration aveugle prête à la laideur même un air de beauté. Je commence :
Oui, partout de son nom chaque place munie Tient bon contre le vers, en détruit l'harmonie.
Crisoles - Paroles. Dreux - Preux.
Germains - Mains. Mirande - Bande.
Espagne - Campagne. >apolitaine - Plaine.
Gravelino - Maligne. Longueville - Mille.
Angleterre - Guerre. Italie - Accomplie.
Renty - Basti. CharoUes - Folles.
Rocquancourt - Court. Montmorency - Aussi.
Rien n'est plus aisé que d'appareiller ainsi le.s noms propres et les noms communs, ce n'est pas de l'art, c'est presque de l'enfantillage poétique.
Ces vers sont bien lourds. En détruit Vharmonie est une expression qui s'applique d'ordinaire à un ensemble, dont les parties ne cadrent pas exactement plutôt qu'à un son dur qui « effraye l'oreille ».
Peut-être, avec le temps, à force d'y rêver,
Par quelque coup de Tari nous pourrions nous sauver.
Le premier de ces vers n'est guère d'accord avec le second, on ne se sauve pas, avec le temps et à force de rêver, par quelque coup de l'art. On se sauve, comme le dit Boileau, dans un de ses discours au roi :
Et sans passer plus loin, finissant mon ouvrage, Comme un pilote en mer qu'épouvante forage, Dès que le bord paraît, sans songer où je suis, Je me sauve à la nage et j'aborde où je puis.
Remarquons, en passant, que l'imagination de Boileau est très pauvre. On n'est pas en droit de se montrer si sévère pour les poètes qui adressent toujours à Louis les mêmes compliments usés et fades, quand on ne fait, comme l'a insinué son ami le jésuite Bouhours, que suivre l'exemple de ceux qu'on critique. Ses adulations ne sont pas de meilleur goût que celles d'un Scudéry et quand il a trouvé ou rencontré une idée ou une expression qu'il juge
heureuse, il la répète sans cesse et jusqu'à satiété; il use et il abuse de sa victoire.
Car puisqu'en cet exploit tout paraît incroyable, Que la vérité pure y ressemble à la fable. De tous vos ornements vous pouvez l'égayer; Venez donc, et surtout gardez bien d'ennuyer.
Dans le discours au roi, déjà cité, Boileau avait dit également :
T'ennuyer du récit de tes propres exploits.
Et ailleurs :
Qui viendront le glacer d'un éloge ennuyeux.
— On lit peu ces auteurs nés pour nous ennuyer.
— Mais un froid écrivain ne sait rien qu'ennuyer.
Dans un autre discours au roi, celui qui précède les Éjnlres, le même Boileau écrivait :
Et comme tes exploits, étonnant les lecteurs, Seront à peine crus sur la foi des auteurs, Si quelque esprit malin les veut traiter de fables, On dira, quelque jour, pour les rendre croyables.
Enfin, dans VArt poétique, chacun a pu lire ce vers :
30 i ESSAI CRITIQUE SUR LÉPITRE IV DE BOILEAU.
D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
Ce mot égayés a ici je ne sais quoi de bizarre, aucun (les nombreux lecteurs du grand classique ne l'aurait sans doute trouvé, mais Boileau l'a rencontré chez Ronsard, où il a bien meilleur air, comme on le verra dans nos Extraits.
Et souvent on ennuie en termes magnifiques. Nouvelle répétition.
Au pied du mont Adule, entre mdle roseaux, Le Rhin tranquille et fier du progrès de ses eaux, Appuyé, d'une main sur son urne penchante. Dormait au bruit flatteur de son onde naissante.
Nous avons cité des passages de Ronsard et de Brébeuf qui pour la forme, comme pour le fond, ont de notables analogies avec les vers de Boileau.
Entre mille roseaux se trouve dans Brébeuf et ne s'explique guère que là.
Appuyé d\nie main se trouve dans Ronsard qui parle aussi d'un fleuve, et qui décrit la position de l'autre main. Chez Boileau, faute d'être complétée, l'image a je ne sais quoi de vague et d'indécis qui ne satisfait pas l'imagination.
Le Rhin tranquille et fier du progrès de ses eaux... Dormait au bruit flatteur de son onde yiaissante.
On devine, dans ces idées incohérentes, deux imitations diverses.
Au bruit flatteur de son onde naissante, expression bien singulière. Si le Rhin dort, il n'entend pas le bruit de cette onde naissante et on ne voit pas en quoi le bruit d'une onde naissante peut être flatteur. Ce mot llatteur se rapporte mieux au profjrès des eaux dont il a été question auparavant.
Oui toutes accourant vers leur humide roi.
Nous ne citons pas ce vers pour remarquer qu'il est imité de Brébeuf, mais parce que la même épithète revient un peu plus loin :
Le feu sort à travers ses humides prunelles.
Pradon, tout Pradon qu'il soit, a eu parfaitement raison de remarquer au sujet du vers :
Par un récit affreux redoublent son ellVoi.
que le mot afTreux revient sans cesse dans l'œuvre deBoileau, comme d'ailleurs chez les poètes épiques de son temps.
Il apprend qu'un héros, conduit par la victoire. A de ses bords fameux flétri Tantique gloire.
Molière n'approuvait pas ce vers; le mot flétri est ici équivoque; il semble flétrissant pour la victoire du roi qu'il veut célébrer. Boileau est rempli de ces à peic près où, malgré tous ses efforts et ses sueurs, il ne sait pas atteindre aux beautés naturelles qu'on admire chez les vrais poètes.
Sans me forcer j'imite la nature,
avait très bien dit Ronsard, avant le traducteur de YÉpitre aux Pisons.
Mais Boileau se loue lui-même avec trop de complaisance dans son premier discours au roi :
On ne me verra pas, d'une veine forcée, Même pour te louer déguiser ma pensée.
Déguiser sa pensée, d'une veine forcée, admirons, c'est du Boileau!
Et depuis ce Romain dont l'insolent passage
Sur un pont, en deux jours, trompa tous tes efforts.
Nous ne chicanerons pas Boileau d'avoir dit, plus ou moins exactement, que le Romain trompa en deux jours les efforts du Rhin. Ce mot trompé ne
nous paraît pas très bon; mais notons que quatre vers plus loin Boileau répétera encore :
C'est donc trop peu, dit-il, que l'Escaut en deux 77iois Ait appris à couler sous de nouvelles lois.
L'idée est analogue à la précédente, mais comme deux mois sont plus longs quQ deux jours, il ne semble pas que, 2^our V Escaut, les modernes aient flétri l'antique gloire de l'insolent Romain.
A ces mots essuyant sa barbe limoneuse.
Il m'est impossible de ne pas remarquer que le mot barbe détonne dans une description si noble et si pompeuse.
Son front cicatrisé rend son air furieux.
Un front cicatrisé ne rend pas un air furieux. Dix vers plus haut Boileau avait dit :
Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux.
Un peu plus loin :
En ce moment il part et couvert d'une nue,
Du fameux fort de Sldnk prend la route connue.
On peut se demander si connue est ici à cause de 7îue ou nue à cause de connue, les deux termes étant également inattendus pour le lecteur.
Et l'ardeur du combat étincelle en ses yeux
ne faisait pas prévoir cette nue.
Et je ne vois pas en quoi il peut être intéressant de rappeler que la route du fameux fort est connue ou non. Fameux, épithète favorite de Boileau et qui n'est pas fameuse en cet endroit (sur le mot connue, voir les Extraits).
Confus il les aborde et renforçant sa voix.
Un vieux guerrier, n'est jamais confus, et n'a pas besoin de renforcer sa voix.
Grands arbitres, dit-il, des querelles des rois. Qui s'attendait à ces grands mots?
Votre ennemi superbe en cet instant fameux. Encore!
Du Rhin près de Tholus fend les flots écumeux.
Nous lirons plus bas :
Son coursier écumant sous son maître intrépide.
Et quelques vers après :
Sous les fougueux coursiers l'onde écume et se plaint.
Voici un passage souvent commenté :
Et la faux à la main^ parmi vos marécages, Allez couper vos joncs et presser vos laitages.
Il semblerait inutile de signaler l'incohérence de cette faux avec laquelle on va presser des laitages. Dans une édition récente, destinée à V enseignement moderne, on s'obstine cependant à admirer cette image.
Ce discours d'un guerrier que la colère enflamme. Nous le savions bien.
iMais déjà devant eux une chaleur guerrière.
Quelques vers plus haut, Boileau avait dit : Et leurs cœurs s'allumant d'un reste de chaleur.
De même le vers :
Vendôme que soutient Vorgueil de sa naissance.
Est tout proche de celui-ci :
Nage tout orgueilleux de la main qui le guide.
Le salpêtre aussi est en fureur :
Du salpêtre en fureur l'air s'échauffe et s'anime,
Bûileau, à trois vers d'intervalle, répète le mot
plomb.
D'aLord :
Il s'avance en courroux; le plomb vole à l'instant.
Ensuite :
Déjà du plomb mortel plus d'un brave est atteint.
Voici le mot affreux qui revient :
De tant de coups affreux la tempête orageuse.
Tempête orageuse, pléonasme qui n'a rien de poétique. On ne se figure guère une tempête qui ne serait pas orageuse.
Ronsard avait dit, dans son Abrégé de Vart poétique^ :
Je te veux avertir de fuir lesépithètes naturelles qui ne servent de rien à la sentence de ce que tu veux dire, comme la rivière coulante.^ la verte ramée et infinis autres. Ces épithètes seront recherchées pour signifier et non pour remplir ton carme ou pour être oiseux en ton vers; exemple : le ciel voûté encerne tout le monde.
1. VAbrérjé de l'art poétique français à Alphonse Delbene, abbé de Hautecombe, doit être consulté de préférence au morceau posthume, placé en tête de la Franciade, qui n'a pas la même authenticité.
J'ai dil voûté et non ardent, clair, ni haut, ni azuré d'autant qu'une voûte est propre pour embrasser et encerner quelque chose. Tu pourras bien dire : Le bateau va dedans Fonde coulante, pour ce que le cours de l'eau fait couler le bateau. Les Romains ont été très curieux observateurs de cette règle, et entre les autres Virgile et Horace.
On sait que Boileau, ne pouvait souffrir qu'on louât devant lui l'art et la justesse de Ronsard. Il eût bien fait cependant de s'inspirer cette fois de ses conseils.
Mais Louis d'un regard sait bientôt la fixer.
Boileau avait déjà dit :
S'avance soutenu des regards du héros.
Autres redites :
Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles... Le Rhin, à leur aspect, d'épouvante frissonne... A Wurtz jusqu'en son camp va porter l'épouvante.
Il apprend qu'un héros conduit par la victoire... Par lui, dès son enfance, à la victoire instruit.
Jamais rien de si grand n"a paru sur tes bords... Abandonne à Louis la victoire et ses bords.
Grand roi, n'est pas en vers si facile à dompter. Du fleuve ainsi dompté la déroute éclatante. Le vers est en déroute et le poète à sec.
Sans ce terrible nom mal né pour les oreilles. Et Foreille effrayée, il faut depuis Tlssel. Vient offrir à l'oreille un agréable son.
Il faut au moins du Rhin tenter l'heureux passage. Et depuis ce Romain dont l'insolent passage. Comment en vers heureux assiéger Doersburg.
Que Rhinberg et Wesel terrassés en deux jours. Sur un pont en deux jours trompa tous tes efforts.
Et pleut de toutes parts sur l'escadron flottant. Là contemplant son cours, il voit de toutes parts. N'offrent de toutes parts que syllabes bizarres.
Le mot fameux reparaît :
De ses fameux remparts démentir la fierté.
Et un peu plus loin :
Là plus d'un bourg fameux par son antique nom.
Entre parenthèses, cet antique nom nous rappelle Y antique gloire de tout à l'heure.
Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine? Nous avons déjà vu le Rhin désespéré.
Nouvelles répétitions :
Puisqu'ainsidans deux mois tu prends quarante villes... Des villes que tu prends les noms durs et barbares... Il n'est fort entre ceux que tu prends par centaines, Oui ne puisse arrêter un rimeur six semaines. Firent moins en dix ans que Louis en dix jours. Je t'attends dans deux ans aux bords de THellespont.
C'est toujours la même idée, exprimée par les mêmes mots; on voit bien, on voit trop que Tépître est une œuvre « improvisée ».
Parlant de VAsie :
Il i/est plaine en ces lieux si sèche et si stérile, Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile, Là plus d'un bourg fameux par son antique nom 'Vient offrir à l'oreille un agréable son.
Boileau avait déjà dit :
Pour trouver un beau mot courir jusqu'au Tessel.
314 ESSAI CRITIQUE SUU LÉPITllE IV DE BOILEAU.
On sait qu'il criliquait fort ces vers de Ronsard, pour leurs emprunts verbaux à une langue ancienne :
Ah ! que je suis marri que la muse françoise Xc peut dire ces mots, comme fait la Grégeoise : Ocymore, dyspotme, oligochronien, Certes je les dirais du sang valesien...
Dans cette admirable pièce, qui vaut, à elle seule, toute Fœuvre de Boileau. le poète cite quelques mots, qui, dans la traduction, conservent je ne sais quel écho de leur douceur native, et il exprime le regret que la langue française de son temps ne possède pas un vocabulaire poétique aussi harmonieux que celui des Grecs pour célébrer dignement ses héros. Cette remarque si juste, mais malignement interprétée, a puissamment contribué à discréditer, à la fin du xvu*' siècle, Fécole de Ronsard. Au dire de Brossette, c'est à ces vers que Boileau faisait allusion dans fArt poétique :
Mais sa muse en français parlant grec et latin.
Je reconnais d'ailleurs que Guillaume Colletet, grand admirateur de Ronsard , s'était, lui aussi, mépris sur sa pensée. Malgré tout, quand Boileau se plaint de n'être pas plus proche de l'Asie, où il
nSSAI CRITIQLE SLR LÉIUTRE IV DE ROILEAU. 315
rencontrerait par milliers tle beaux mois et (Y agréa' Mes sons pour chanter les victoires de Louis, il ne fait qu'imiter une fois de plus celui dont les lauriers Toffusquaient autant que ses défauts pouvaient le choquer.
On verra dans nos Extraits la part d'originalité de Boileau dans ce fameux passage du Rhin^
Nous ne rappelons que pour m«'moire la pièce de Corneille sur les victoires du Roi, déjà signalée par les commentateurs, qui ont le tort de n'étahlir ces sortes de rapprochements qu'entre classiques. Et il me faut bien constater que les recherches réunies de tous ces critiques, pendant plus de deux siècles, n'ont fait ressortir qu'une faible partie des analogies et des ressemblances qu'il eût été facile de découvrir avec une attention un peu mieux soutenue.
1. Nous avons marqué par des astérisques, dans nos Extraits, les -ers qui peuvent se rapporter à l'épilre lY.
QUELQUES RIMES DE BOILEAU
M. BnincLière vanle u la richesse des rimes » de Boileau. 11 s'étonne que les Parnassiens ne reconnaissent pas en lui un précurseur. Emile Deschamps, dans la préface de ses Eludes françaises et étrangères^ ne qualifie-t-il pas le Lutrin à' admirable? M. Lanson, lui aussi, remarque que notre auteur ne rime jamais faiblement, u au petit bonheur, par à peu près, à coup d"épithètes incolores à la Voltaire... Il trouve la rime pleine, riche, curieuse même. Souvent les deux mots qui riment, presque toujours Tun des deux, sont significatifs; à l'ordinaire la fameuse loi de la consonne d'appui est observée ».
A vrai dire, Boileau rime comme ses contemporains. C'est dans la poésie burlesque qu'il faudrait chercher les heureuses et surprenantes sonorités qui font le principal agrément du genre.
Objet - Sujet. Désirs - Soupirs.
Barbarisme - Solécisme. Hier - Garnier.
Grossier - Dernier. Orateur - Siteclateur.
Profond - Fond. Honorable - Incomparable.
Aimable - Coupable. Allumée - Animée.
Révérées - Honorées. Foudre - Poudre.
Grosseur - Épaisseur. Phébus - Plus.
QUELQUES RIMES DE BOILEAU
Fils - Ecrits.
Admirées - Abhorrées.
Païenne - Chrétienne.
Laborieux - Industrieux.
Timide - Intrépide.
Clairement - Aisément.
Lieu - Milieu.
Incroyable - Vraisemblable.
Nettement - Aisément.
Amusement - Divertissement Superstition - Illusion.
Malheur - Douleur. Impitoyable - Infatigable.
Effroyable - Épouvantable.
Miracles - Oracles.
Famille - Fille.
Affreuses - Honteuses.
Étoiles - Voiles.
Murailles - Batailles.
Campagnes - Montagnes.
Agréablement - Savamment.
Adresse - Souplesse.
Mollesse - Paresse.
Sincérité - Vérité.
Abandonne - Donne.
Écrire - Dire.
Doesburg - Klotzenburg, Enflamme - Ame.
Wurtz - Murs.
Axe - Parallaxe.
Magnifique - Rustique.
Comique - Tragii^ue.
Agréable - Aimable.
Imposteurs - Menteurs.
Étonnant - Surprenant.
Auteur - Créateur.
Syllogisme - Sophisme Bureau - Manteau.
Premiers - Derniers.
Prise - Conquise.
Désirs - Plaisirs.
Haillons - Guenillons.
Mondaines - Humaines.
Lucifer - Enfer.
Voir - Concevoir.
Frère - Père.
Éclairci - Obscurci.
Voerden - Heusden.
Redouté - Indompté.
Stérile - Fertile.
Contraires - .\dversaires.
Acteur - Spectateur.
Greffiers - Huissiers.
Alphabet - Complet.
Sept - Cornet. Secret - Sept.
Fois - Trois.
Poursuit - Conduit.
Clarté - Obscurité.
Nés - Aînés.
Christianisme - Paganisme.
Repentance - Pénitence.
Guerrier - Grossier.
Mazier - Fournier.
Disgrâce - Glace.
Grâce - Parnasse.
Brûle - Ridicule.
Ane - Organe.
Grâces - Échasses.
Grâce - Préface.
Ane - Profane.
Étonne - Tonne.
Jus - Verjus.
Sabîme - Rime.
Appartement - Logement.
Raillerie - Plaisanterie.
Excités - Agités.
Abus - Plus.
Quiélisme - Molinisme.
Brelandière - Cabarretière.
Disputer - Contester.
Division - Confusion.
Hérétique - Catholique.
Improprement - Innocemment.
Confusément - Vainement.
Vainement - Diversement.
Franchement - Doucement, Autrement - Tendrement.
Sut faire à la faveur de tes blueltes folles.
Goûter comme bons mois tes quolibets frivoles.
Et pour comble de maux à tes raisons frivoles.
Et croire à leurs esprits ridiculement vains.
C'est sur ce beau principe admis si follement.
Je n'aperçois partout que folle ambition.
Que ridicule orgueil de soi-même idolâtre.
Un faux brave à vanter sa prouesse frivole.
Que sans peur débitant tes distinctions folles.
Blâmer de ces docteurs la morale risible.
Dès que je prends la plume, Apollon éperdu.
J'entends déjà d'ici Linière furieux.
Faire de notre mal un secret ridicule.
Oui, c'est toi qui nous perds, ridicule folie.
Bientôt victorieux de cent peuples altiers.
Toujours depuis ce temps en proie aux sots discours.
Et le sot campagnard le croit de bonne foi.
Peut-on m'attribuer ces sottises étranges?
Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.
Que peut contre les vers une ignorance vaine.
Oui rendu plus fameux par tes illustres veilles.
Mais pour un tas grossier de frivoles esprits.
Propres à relater les sottises du temps.
Seignelay, c'est en vain qu'un ridicule auteur.
Il n"en est pas ainsi de ces esprits frivoles.
De là vient cet amas d'ouvrages mercenaires.
Piamène sur les rangs encor ce vain athlète.
Un bizarre portrait de ses folles pensées.
Que d'aller follement égaré dans les nues.
Peut-on se figurer de si folles chimères?
Dans le fatal instant qui borne notre vie.
Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces.
De tous ces faux brillants l'éclatante folie.
Et de ces vains discours prompt à se détacher.
Notre siècle, fertile en sots admirateurs.
Et follement pompeux dans sa verve indiscrète.
Je hais ces vains auteurs dont la muse forcée.
Qui s'affligent par art et fous de sens rassis.
Leurs transports les plus doux ne sont que phrases
Ce n'était pas jadis sur ce ton ridicule. [vaines.
Mais fuyez sur ce point un ridicule excès.
Et n'allez point toujours d'une pointe frivole.
Aiguiser par la queue une épigramme folle.
Venger l'humble vertu de la richesse altière.
Souvent l'auteur altier de quelque chansonnette.
Mais pour un Aain bonheur qui vous a fait rimer.
Encore est-ce un miracle en ses vagues furies.
Si bientôt imprimant ses sottes rêveries.
Ainsi sans m'aveugler d'une vainc manie.
Et réparant du sort Taveuglement fatal. [veilles.
Sans perdre en vains discours tout le fruit de vos
Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer?
Dites... mais direz-vous pourquoi cette furie?
Quand le pygmée altier redoublant ses efforts.
Mais un démon fatal à cette ample machine.
Et son courage est peint sur son visage altier.
Son époux s'en émeut et son cœur éperdu.
Cesse donc à mes yeux d'étaler un vain titre.
La lune qui du ciel voit leur démarche altière.
Déjà de Monthlery voit la fameuse tour.
Des désastres fameux ce message fidèle.
Et dans le ventre creux du pupitre fatal.
Et montant au sommet de la fatale église.
Et regagnant la nef de frayeurs éperdus.
J'ai crié mais en vain et fuyant ta fureur.
Ce pupitre fatal qui me doit outrager.
Ta profane fureur ne se repose pas.
Mais ohl d'un déjeuner vaine et frivole attente.
Épuise en sa faveur ta science fatale.
Semant partout l'effroi, vient au chantre éperdu.
Une égale fureur anime les esprits.
A l'aspect l'un de l'autre embrasés, furieux.
La discorde triomphe et du combat fatal.
Veut en vain s'opposer à la fureur gothique.
Dans son cœur éperdu cherche en vain du courage.
Et de leurs vains projets les chanoines punis.
Faudra-t-il voir encor cent monstres furieux.
En vain à ses fureurs j'opposai mes prières.
Vers ce temple fameux si cher à tes désirs.
Le fît du banc fatal enlever à Tinstant.
Et fait d'un vain pupitre un second lUion.
Ou'il faut parler de toi, mon esprit éperdu.
Défend ce fatal abord
De leur enceinte fameuse. {Ode sur Namur.)
Sur ces rochers éperdus.
Malherbe dans ses furies.
Avec plus d'ignorance et non moins de fureur. Traduits dans vos écrits nous paraissent si sots. Je ris de ses discours frivoles.
Dit un des plus fameux libraires.
Occupe mes soins ridicules.
Qu'il allait en goûtant de ce morceau fatal. Chez les mortels restans encor tout éperdus. Et pour un sage altier au seul faste attaché. Tes ridicules dieux tombèrent renversés.
De vers, de contes bleus, de frivoles sornettes. Ces fureurs jusqu'ici du vain peuple admirées. Les cinq dogmes fameux par tes mains fabriqués. Cessez de présumer dans vos folles pensées. A quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles? Pour armer contre moi tant d'auteurs furieux.
ÉPITIitTES FAVORITES DE BOILEaU. 323^
Va veniîer la raison des atteiilals d'un sot.
Mais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie.
Ni par de vains discours et de frivoles vers.
Dépouillons-nous ici d'une vaine fierté.
Tu crains peu d'essuyer cette étrange furie.
Les louanges d'un fat à celles d'un héros.
La discorde au milieu de tes sectes altières.
Un sot en écrivant fait tout avec plaisir.
Tous mes sols à l'instant changeant de contenance.
Chacun a débité ses maximes frivoles.
Là tous mes sots enflés d'une nouvelle audace.
Mieux que vous mille fois, dit le noble en furie.
Dans sa tête entassés n'ont jamais fait qu'un sot.
Mais je ne puis souffrir qu'un fat dont la mollesse.
Si vous étiez sorti de ces héros fameux.
L'un miaule en grondant comme un tigre en furie.
Enfin sans perdre temps en de si vains propos.
Et que craindre après tout d'une fureur si vaine?
N'écris plus, guéris-toi d'une vaine furie.
Si tous ces vains conseils loin de le réprimer.
Ne font qu'accroître en lui la fureur de rimer.
Et qui des vains eftorts de votre rhétorique.
Que d'aller par un tas de confuses merveilles.
La colère est superbe et veut des mots altiers.
Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles.
Chacun le peut traiter de fat et d'ignorant.
Ainsi dans cet amas de nobles fictions.
D'empêcher que Caron dans sa fatale barque.
C'est d'un scrupule vain s'alarmer sottement.
Mais pour nous bannissant une vaine terreur.
Sur de trop vains objets c'est arrêter la vue.
D'un vil amas de peuple attirer les huées.
Le théâtre perdit son antique fureur.
Qu'un amas quelquefois de vains admirateurs.
Un fat quelquefois ouvre un avis important.
Gardez-vous d'imil^r ce rimeur furieux.
Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend.
On a beau réfuter ses vains raisonnements.
Lui seul éclaircira vos doutes ridicules.
Tel excelle à rimer qui juge sottement.
Un lecteur sage fuit un vain amusement.
Et partout enfantant mille ouvrages frivoles.
Chantera le Batave éperdu dans l'orage.
Où sont ces grands guerriers dont les fatales ligues?
De tous vos pas fameux observateur fidèle.
Ce prélat sur le banc de son rival altier.
Et toi fameux héros dont la sage entremise.
Rare et fameux auteur dont la fertile veine.
Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie.
Gilotin en gémit et sortant de fureur.
BoiLEAU ET SON FRÈRE. [Extrait de BrossettJ.)
Nous avons parlé Je la jalousie que M. Gilles Boileau racadémicien avait contre son frère cà cause du grand succès des nouvelles satires. « On les lira pendant quelque temps, disait-il d"un air méprisant, mais à la lin elles tomberont dans l'oubli comme font la plupart de ces petits ouvrages, et le temps leur ôtera les charmes que la nouveauté leur a donnés. » Notre poète se servit à propos des mêmes termes contre son frère lui-même en les appliquant à deux petits ouvrages que ce frère avait publiés, Tun contre Costar et l'autre contre Tabbé Ménage. Il avait mis en cet endroit :
Vous pourriez voir un temps vos écrits estimés, Courir do main en main, par la ville semés, Puis suivre avec... ce rebuL de notre âge. Et la lettre à Costar et Tavis à Ménage.
Mais quand il donna au public cette satire, il changea ces deux derniers vers et mit ainsi :
Puis de là tout poudreux, ignorés sur la terre, Suivre chez l'épicier, Neul' Germain et la Serre.
BoiLEAu ET Molière.
Commentaire de Brossette sur la Satire IL
« La même année, l'auteur était chez M. Du Bronsin, avec M. le duc de Vitri et Molière. Ce dernier y devait lire une traduction de Lucrèce en vers français, qu'il avait faite dans sa jeunesse. En attendant le dîner, on pria M. Despréaux de réciter sa satire adressée à Molière, mais après ce récit, Molière ne voulut plus lire sa traduction, craignant qu'elle ne fût assez belle pour soutenir les louanges qu'il venait de recevoir. Il se contenta de lire le premier acte du Misanthrope auquel il travaillait en ce temps-là, disant qu'on ne devait pas s'attendre à des vers aussi parfaits et aussi achevés que ceux de M. Despréaux parce qu'il lui faudrait un temps infini s'il voulait travailler ses ouvrasi-es comme lui. »