Voiture
Ivre de ce nectar qui charmait ma raison.
RO. Comme ils priaient, la prompte Renommée
Au front de vierge, à Teschine emplumée,
Le cor en bouche.
Celte déesse à bouche bien ouverte, D'oreilles, d'yeux et de plumes couverte. BO. Cependant cet oiseau qui prône les merveilles, Ce monstre composé de bouches et d'oreilles, Oui sans cesse volant de climats en climats, Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas, La Renommée enfin ', cette prompte courrière.
RO. Il prit le corps, l'habit et le visage
Du vieil Guisin qu'on estimait très sage
Lequel suivait aux batailles Hector.
Celui portait la grande large d'or
De cet héros, quand, pour garder sa terre,
Sa main était plus crainte qu'un tonnerre.
Ce capitaine avait toujours été
Pour sa valeur en grande autorité.
En son semblant le Dieu guerrier se change.
Autour du front ses cheveux blancs arrange,
Se laboura de rides tout le front,
Marche au bâton, comme les vieillards font.
Et, d'une voix toute caduque et rance,
Francus aborde et en ce point le lance.
1. Cet enfin est plus oratoire que poétique. Quelle légèreté et quelle grâce dans la première copie du modèle antique, quelle pesanteur (sans plus d'exactitude), dans la seconde!
BO. Quand Sidrac, à qui l'âge allonge le chemin, Arrive dans la chambre, un bâton à la main. Ce vieillard dans le chœur a déjà vu quatre âges. Il sait de tous les temps les différents usages, Et son rare savoir de simple marguillier L'éleva par degrés au rang de chevecier, ATaspect du prélat qui tombe en défaillance Il devine son mal, il se ride \ il s'avance. Et d'un ton paternel réprimant ses douleurs.
— Aussitôt de Sidrac elle emprunte l'image, Elle ride son front, allonge son visage,
Sous un bâton noueux laisse courber son corps, Prend un cierge en sa main et d'une voix cassée, Vient ainsi gourmander la troupe terrassée. KO. Et s'appuyant d'un bâton espineux.
KO. Une lumière envoyait dans les cieux,
De qui l'éclair, à flammèches menues, En tremblotant s'éclatait dans les nues, Ainsi que luit sous l'ardente clarté Mainte bluette au plus clair de l'été.
BO. Et bientôt au brasier d'une mèche enflammée.
— Montre à l'aide du soufre une cire allumée.
1. M. Brunelière, sur ces mois, « il se ride », observe justement : c'est ce qui doit lui être diflicile à son âge. Dans l'original de Ronsard, la phrase correspondante s'explique, puisqu'il s'agit d'un déguisement. C'est ce que n'a pas remarqué Boileau, en le copiant.
BOILEAL' ET RONSARD. 87
— Cet astre tremblotant dont le jour les conduit, Est pour eux un soleil au milieu de la nuit.
— Il serait sur son lit peut-être à trembloter. RO. Pour de la nuit faire un beau jour.
RO. Affamé d'or, et par armes contraires,
Voudra ravir la terre de ses frères.
BO. Oui dégoûtés de gloire et d'argent affamés.
— Ton courage affamé de péril et de gloire.
RO. Et rien que Mars ne montre en son visage.
BO. Il a de Jupiter la taille et le visage. *
RO. Oui de beauté ne fait place à Vénus.
BO. La firent à ses yeux plus belle que Vénus.
RO. Ayant le vent et la mer en partage.
BO. Mais dans Paris plaidons, c'est là notre partage.
— Croit avoir seul toujours la raison en partage.
— Saint Amant n'eut du ciel que sa veine en partage. RO. Chacun n'a pas les Muses en partage.
RO. Le vin se verse et l'écumeuse coupe
De main en main tournoyé par la troupe. BO. Lui-même le premier, pour honorer la troupe, D'un vin pur et vermeil il fait remplir la coupe.
RO. Incontinent que la belle journée
Chassant la nuit, au ciel fut retournée. BO. Mais la nuit aussitôt, de ses ailes affreuses. Revole vers Paris et hâtant son retour.
KO. Et maint sanglot se crevait en sa bouche.
BO. Ses sanglots redoublés en arrêtent le cours. RO. A gros sanglots interrompant sa voix.
RO. Faut-il qu'en pleurs je distille ma vie?
BO. Il distilla sa rage en ces tristes adieux.
— Distille sur sa vie un venin dangereux.
RO. Les rois hideux en longue ]:»arbe épaisse;...
Hauts dans un char en triomphe élevés, Une fois lan se feront voir en pompe, Enflés d'un fard qui le vulgaire trompe; Quittant leur sceptre aux maires du palais, Dont ils seront esclaves et valets; Masques de rois, idoles animées, Et non pasteurs, ni princes des armées. BO. Où les rois slionoraient du nom de fainéants.
S'endormaient sur le trône et me servant sans honte. Laissaient leur sceptre aux mains ou d'un maire ou
[d'un comte :
Seulement au printemps quand Flore dans les plaines Faisait taire des vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent. Promenaient dans Paris le monarque indolent.
— De ces rois nés valets de leurs propres ministres K
1. On pouvait se demander à quel propos Boileau parlait des rois fainéants dans le Lutrin; il a trouvé l'idée dans la Franciade ; tout s'explique.
Elle vêtit ses somptueux habits.
Orna son chef flamboyant de rubis.
L'orgueil brille, dit-on, sur ses pompeux habits.
— L œil à peine soutient l'éclat de vos rubis.
— On apporte à l'instant ses somptueux habits, Où sur l'ouate molle éclate le tabis.
— Aussitôt sur son trône éclatant de rubis, L'imposteur monte orné de superbes habits.
Cruelle engeance, indomptable à la guerre. Armant de ses neveux la gigantesque engeance.
— Quand de ces médisants l'engeance tout entière.
Pour ce la France à l'envi conjurée.
Mais tandis qu'à l'envi tout le monde y conspire.