‹ Un fils uniqueChapitre 109 sur 185 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

pensé. Il n'y a qu'Evodie qui ait rencontré la génisse noire tout près du sommet de la roche.

— Augustin, dit gravement le père, je n'entends pas que tu nous mènes par le nez plus longtemps avec tes folles idées sur le mariage. Si tu continues ainsi, jamais tu ne trouveras une femme à ton goût. Il faut que cela finisse. Tu es en âge de Rétablir, penses-y sérieusement. Je t'assure que Baebeli...

— C'est bon, interrompit Augustin en nouant sa cravate, je sais ce que j'ai à faire. Baebeli ne sera jamais votre belle-fille.

— Mais pourquoi donc ?

— Parce que,

A cette réponse, il n'y avait plus rien à répliquer. Elle renfermait tout ce qu'Augustin pouvait avancer contre ce qu'on lui proposait; à sa manière, c'était le non possumiis du pape. — Le père Antoine poussa un énorme soupir, accompagné de trois ou quatre jurements exécrables, et planta là son fils avec ses idées saugrenues et pleines de contradiction. Il aurait pu se dire que, si Augustin avait le caractère entier et à rebrousse-poil sur tant de choses, c'était la faute, en bonne partie, des parents qui l'avaient laissé croupir dans sa volonté, depuis qu'il était tout enfant, sans jamais chercher à lui inculquer de meilleures pensées et de meilleurs sentiments.

Cette idée, de faire à lui tout seul la course de la Dole, lui était venue, ainsi qu'il le disait, à la suite des récits de Baebeli. Il en avait aussi causé avec Evodie, plusieurs fois. Puis les vaches.... Enfin Augustin vou-

lait s'accorder une journée à sa fantaisie. Et pour commencer, il ne voulut prendre aucune provision de bouche, excepté un morceau de pain dans sa poche. Ni vin, ni viande, rien d'autre que ce pain. « Je me moque pas mal de traîner après moi un bissac, dit-il ; on trouve à manger partout, si l'on a faim. »

Depuis quelque temps, à la suite de ses conversations avec Evodie Lacroix, il avait repris, tantôt ci, tantôt là, une lecture dans la Bible. La parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare , à laquelle Evodie le renvoya un certain jour, l'avait fait réfléchir. Non qu'il fût devenu croyant au sens évangélique, — il en était fort loin ; — mais il s'était dit que certainement les richesses étaient périssables et que s'il y avait une vie après celle-ci, les riches de ce monde auraient un compte à rendre, beaucoup plus gros que celui des pauvres. Puis, l'idée que Dieu s'occupe de ses créatures individuellement, lui paraissait maintenant une vérité qu'on ne saurait mettre en doute, du moment que Dieu est Dieu, celui qui est^ celui qui a tout créé, le visible et l'invisible de l'univers. A ces deux égards, Augustin était sorti des fanges de son ancien égoïsme et de sa moqueuse incrédulité. Mais le fait de l'existence du péché dans son propre cœur, et le besoin d'un Rédempteur, lui étaient encore inconnus.

Depuis que les dames de Genève et Baebeli étaient aux Ballandes, il s'occupait bien davantage encore du portrait de l'idéal de femme qu'il désirait. Mais jusqu'à ce qu'il en rencontrât une pareille, — puisqu'il ne la

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