CHAPITRE XXI
effet de l'imagination, ou une tentation de Satan, déguisé en ange de lumière.
— Pour ce qui me concerne, c'est impossible.
— Je l'espère bien. Mais il est certain que les hommes sont parfois tentés de faire des choses qui leur paraissent bonnes, excellentes même, et qui sont des embûches du malin, ou peut-être encore plus vite des tromperies de leur propre cœur. Avant de prendre une grave décision, par exemple, et pour n'importe quoi, examinons bien si ce que nous allons faire est en accord avec la parole de Dieu et notre conscience. Tout ce qui nous rapproche du Seigneur, tout ce qui augmente notre communion avec lui, la paix dont nous jouissons, tout cela est bon : encore meilleur si nous nous sentons humihés en nous-mêmes, et si nous éprouvons le besoin toujours plus profond de la grâce de Dieu. Mais si ce que nous avons pris pour une direction du ciel nous conduit à l'orgueil de la vie; si notre conscience est malade; si notre joie intérieure se change en tristesse de ce monde, alors ça ne va pas. Nous avons succombé à la tentation du démon ou à celle de notre cœur mauvais. Ce sont des fruits faciles à reconnaître : le Seigneur Jésus l'a dit.
— Tout de même, reprit Augustin, je ne comprends pas où vous avez appris tant de choses. On dirait que vous avez étudié la théologie? fit-il en souriant de son sourire questionneur et un peu malicieux.
— Non, monsieur Augustin, je n'ai pas étudié la théologie, mais Dieu m'a ouvert le cœur pour comprendre sa Parole, et il me donne son Esprit pour me diriger dans cette étude.
— Gomment va Nicolas ces jours-ci?
— Ah ! Nicolas a terriblement toussé ce matin. Son mal fait de rapides progrès. Mais il est pourtant soumis de bon cœur à la volonté de Dieu.
Augustin posa un écu de cinq francs à côté de la Bible et dit en se levant :
— Achetez-lui quelque chose avec cela. Ce pauvre diable de Nicolas me fait pitié.
Peter remercia pour son compagnon absent, puis, tendant la main à Augustin, il lui dit avec une douceur affectueuse :
— Je vous suis reconnaissant de votre visite, et je prierai pour vous comme je l'ai fait chaque jour, depuis que je vous connais. Quoi qu'il vous arrive, monsieur Rock, ne doutez jamais de Dieu. Soyez assuré qu'il vous aime et qu'il veut votre plus grand bien.
Augustin revint chez lui assez impressionné. Le moment, en effet, était bien sérieux pour lui. Dans trois jours, il irait faire sa demande à Léonie. Comment serait- il reçu? Oh! pour cela, il n'avait aucun doute, à moins qu'il n'y eût des obstacles insurmontables, à la possibilité desquels il ne voulait pas même s'arrêter un instant.
Et Barthélémy ! ce même mercredi, il verrait partir celle qui, sans s'en douter, avait pris une si grande place dans sa pensée, et il devrait peut-être lui dire adieu pour toujours. Et Sophie aussi emporterait avec elle le trait qu'elle n'avait pu arracher de son cœur, si aimant et si généreux.