‹ Un fils uniqueChapitre 127 sur 185 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Celui-ci était bien excité lorsqu'il se retrouva en présence de ses parents, peu de moments après.

— Je pense pourtant, lui dit son père, que tu ne vas pas te faire du mauvais sang au sujet de cette fille. Explique-nous un peu ce qui s'est passé entre vous, pour que tu sois revenu dans un pareil état d'agitation.

— Il ne s'est rien passé, si ce n'est qu'elle est fiancée depuis trois jours avec un cousin. Si tu m'avais laissé aller plus tôt, je serais peut-être arrivé avant lui, et je ne me trouverais pas aujourd'hui le plus malheureux des hommes. Mais voilà ! tu as toujours peur de te noyer dans un verre d'eau. Il te semble qu'on ne prendra jamais assez de précautions. A présent, elles servent à grand'chose, tes précautions!

— Tu n'as pourtant pas été mal reçu?

— Mal reçu! Pourquoi m'aurait-elle mal reçu? Une fille comme elle se conduit toujours bien. Elle m'a engagé à supporter mon malheur avec courage.

— C'est une brave fille, dit le père Antoine, touché d'un tel procédé.

— Une brave fille ! reprit Augustin avec exclamation : il n'y en a pas deux comme elle sur la terre, j'en suis sûr. Mais, à quoi sert-il de vous dire cela?

— C'est bien sûr que c'est inutile, continua le père. Aussi, je pense que tu vas oubher toute cette affaire promptement, et te tourner d'un autre côté quand on trouvera une bonne occasion, — à moins que Baebeli ne finisse par te plaire.

A ce dernier propos, Augustin regarda son père

d'un air qui voulait dire : Bsebeli ne me sera jamais rien de plus. — Puis il ajouta d'une voix grave et solennelle :

— Je n'ai jamais aimé qu'une fille, et je n'en aimerai point d'autre. Puisque je n'ai pu l'obtenir, je ne me marierai pas.

— Oui, reprit le père, va faire une bêtise pareille. Chacun se moquerait bien de toi. Aujourd'hui, la passion t'aveugle.

— Qu'elle m'aveugle ou non, je ne me marierai pas : c'est une affaire toisée.

— Oui, c'est bon; dans un mois, tu ne diras plus cela.

— Eh bien, tu verras.

— Ecoute, dit la mère à son mari, il ne faut pas contrarier Augustin. Il est aujourd'hui dans la peine. Je comprends très bien ce qu'il éprouve. Il doit souffrir beaucoup. Mais il est trop bon fils pour vouloir laisser père et mère sans le soutien d'une belle-fille. Tu verras qu'il en reviendra; mais ne le contrarie pas.

— Est-ce que je le contrarie? fit le père un peu choqué. Est-ce du bon sens, de déclarer qu'il ne se mariera pas, uniquement parce qu'il ne peut épouser une fille, vue une fois seulement, et dont il ne savait rien il y a dix jours, si ce n'est qu'elle a bonne façon et pas de fortune? Et encore, étant notre seul enfant, est-ce avoir de la raison que de ne pas s'établir et de laisser après lui son bien on ne sait à qui? Ça, c'est presque de la folie.

— Folie ou non, ça m'est égal, dit Augustin. Je me

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