‹ Un fils uniqueChapitre 129 sur 185 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

une disposition dont elle était tourmentée. Elle voyait qu'il avait d'autres yeux pour Elisabeth que pour elle; quoiqu'il fût toujours resté dans la mesure de la plus exacte politesse avec AP^® Deverne, Sophie ne s'abusait point sur les sentiments intimes de Barthélémy. Avec elle , Sophie , il était amical , d'une bonne amitié, mais hélas ! rien de plus. Elle en souffrait toujours de la même manière, et pourtant elle continuait son service sans négligences, même sans les distractions qu'une pensée secrète donne presque toujours aux jeunes filles qui souffrent de cette manière.

Au moment de partir, M"^^ Deverne tendit la main à Barthélémy, comme à tous les membres de la famille.

— Je vous remercie, mon cher garçon, lui dit-elle, de tout ce que vous avez fait pour nous aider aujourd'hui. Sans vous, ce nouveau voiturier aurait eu bien de la peine à assujettir les malles. Puis, je dois le reconnaître aussi, durant tout notre séjour, vous avez été complaisant et aimable.

— Oui, certainement, s'empressa d'ajouter Elisabeth, Barthélémy a toujours été gentil avec nous. — Bonjour! lui dit-elle en accompagnant ce bonjour d'une poignée de main. Quand vous viendrez nous voir à Genève, s'il y a encore des tuyaux de courge, apportez-m'en deux ou trois.

— Très volontiers, mademoiselle; mais je suppose qu'ils seront alors gelés.

— Cette follette, dit M'"^ Deverne, ne pense qu'à s'amuser. Il faudra reprendre vigoureusement le

piano , et bien d'autres choses. Adieu , monsieur Lacroix. On peut vous féliciter au sujet de vos enfants, car Evodie est une excellente fille. Vous êtes heureux en famille , tandis que vos riches voisins n'ont pas beaucoup de satisfaction avec leur fils.

— C'est pourtant un bon sauvage, dit Elisabeth; depuis huit jours, il est tout à fait gracieux. Hier, nous avons causé agréablement, moi et lui, pendant cinq minutes.

— Voyons, reprit la mère : où est donc Sophie? Ah ! la voici pourtant. — Sophie, vous nous faites attendre.

— Pardon, madame. Il fallait fermer. Voici la clef, monsieur Lacroix, et adieu à tous, chers bons amis.

— Tiens ! comme ils s'embrassent ! dit Elisabeth en riant. J'aime bien ça; c'est joli. — Adieu aussi. Nous reviendrons l'été prochain, dans un an. Comme c'est long, une année! Allons, vu! le cocher.

Barthélémy regardait, silencieux, la voiture s'éloigner rapidement.

OUATRIÈME PARTIE

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