CHAPITRE XXIV
L'automne accourt, et, sur son aile humide, M'apporte encor de nouvelles douleurs,
a dit un poëte français très populaire pendant les dernières années de la Restauration, mais iDien oublié aujourd'hui.
L'automne accourt. C'est ainsi qu'il arrive, à l'inverse du printemps. Au lieu d'accourir, le printemps retarde autant qu'il le peut sa marche déjà si lente; et quand on le croit bien établi dans nos vallons, voici qu'il lui prend tout à coup fantaisie de disparaître, laissant à sa place un triste et parfois mortel retour d'hiver.
L'automne accourt joyeux, sur les doux rayons d'un soleil bienfaisant, qui mûrit les fruits des vergers, et dore les grappes sur les coteaux. Ce n'est pas à son
arrivée qu'il traîne une aile humide. Dans les deux vers que je viens de citer, Béranger parle de l'automne qui s'en va, plein de vapeurs moroses, et lorsque les feuilles jaunies jonchent déjà le sol des forêts. Alors, c'est une saison triste, pénible. La nature, de jour en jour, déchoit et se meurt. De leurs chambres où ils sont reclus, les pauvres malades voient les oiseaux s'en aller, à tire-d'aile, chercher le soleil et la chaleur dans les climats du midi. Mais pour l'homme bien portant, pour l'adolescent plein de vigueur juvénile, une belle matinée de septembre est peut-être l'un des spectacles les plus splendides en notre pays. Tout autour à l'horizon, les montagnes sont pures. Les Alpes bleuissent avant d'étinceler sous les feux de l'aurore; le Jura découvre ses pentes colorées, et relève ses noirs sapins comme des pyramides sur les hauteurs. Le lac, terne d'abord, prend bientôt son bleu d'azur, pendant que la plaine reflète la brillante lumière du jour sur la rosée suspendue à toutes les plantes. L'air est frais, vivifiant. Il fait bon marcher à cette heure matinale; il fait bon vivre, si le cœur vit en présence du Roi de l'univers.
Depuis les événements survenus aux Ballandes et que nous avons racontés dans le chapitre précédent, l'automne était arrivé. Les cultivateurs avaient fait leurs semis de froment et de seigle pour l'année suivante. Dépouillées de leur brou vert, les noix séchaient dans les greniers, tandis que les châtaignes achevaient