CHAPITRE XXV
été bien malade pendant huit jours. J'ai cru que j'allais partir tout de bon.
— N'est-ce pas, c'est une chose bien sérieuse que de se voir en face d'un départ définitif? Pour moi, j'ai vu souvent la mort de près, chez les autres seulement, car je n'ai jamais eu de maladie très grave. Mais depuis quelque temps, je crois à la mort pour moi. On y croit en général si peu d'une manière véritable, comme il faudrait toujours y croire! Maintenant, soit que je me couche ou que je me lève, que je me mette à mon travail ou que je le quitte, je ne manque pas de me dire : souviens-toi que ce jour est peut-être ton dernier jour, ce moment ton dernier moment. Avant d'avoir accepté le pardon de Dieu, et cru à l'amour de Jésus pour moi-même, cette pensée de la mort me donnait une grande angoisse^ une véritable terreur. Aujourd'hui, Dieu soit béni, ce n'est plus cela. La foi que je sens en moi me donne la victoire sur la mort, et je puis m'abandonner avec une entière confiance à la grâce parfaite de mon Sauveur.
— Vous êtes bien heureux. — Vous souvient-il. Peter, de ce que je vous disais ici, lorsqu'il fut question entre nous du soin que Dieu prend de ses créatures et de ce qui les concerne?
— Certainement. Vous me dites alors que vous croyiez à l'action d'une providence personnelle et in dividuelle de Dieu à votre égard.
— Je m'étais fameusement trompé, au moins pour mon compte.
— Comment donc? expliquez-moi cela.
— Oui, autant pour plaire à mes parents que pour ma propre satisfaction, je voulais alors me marier. Je me fis à moi-même le portrait de la personne que je désirais avoir pour femme, et j'y pensai pendant assez longtemps. Or, un dimanche que j'étais allé seul sur la Dole, je m'endormis à l'ombre d'un rocher. Dans mon rêve, je vis la jeune fille dont la figure occupait mes pensées, et, lorsque je m'éveillai, elle était devant moi, en chair et en os, me regardant d'un air que je n'oublierai jamais. Je crus d'abord à une apparition céleste, et lui demandai qui elle était. Elle me dit son nom et m'apprit qu'elle était venue sur la Dole avec son frère, pour se promener, et que celui-ci était allé chercher de l'eau à la fontaine la plus voisine. — La présence de cette créature idéale, conforme à celle que j'avais dans mon esprit, me donna l'idée que Dieu me la destinait. Je l'aimai de ce moment, avec une ardeur dont je suis aujourd'hui effrayé. Dès le lendemain, je serais allé la demander en mariage, si mon père n'eût insisté pour que j'y réfléchisse pendant dix jours, qui me parurent dix années. Après cela je me présentai. Elle était fiancée depuis trois jours seulement. Le désespoir que j'en éprouvai est évidemment la cause de l'aggravation de mon mal. Vous voyez maintenant si j'ai raison de penser que je me suis trompé sur la providence de Dieu à mon égard.
— On m'avait dit quelques mots de ce qui vous est arrivé, répondit Peter, mais je ne connaissais pas les détails dont vous me faites part et que je garderai pour moi seul. Mais, cher monsieur Augustin, com-