‹ Un fils uniqueChapitre 140 sur 185 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ment n'avez-vous pas compris qu'en agissant comme vous l'avez fait, vous laissiez Dieu complètement en dehors des désirs de votre cœur? Au lieu de vous faire une image de la femme que vous désiriez, il fallait tout premièrement demander à Dieu de vous donner une compagne, comme il vous était bon de la rencontrer; ensuite, employer votre jugement, votre raison, à la découvrir. Au lieu de cela, vous avez obéi à votre propre inspiration, suivi votre propre volonté, je dirai même votre fantaisie. Et comme vous ne preniez pas conseil de votre Père céleste, il vous a laissé agir à votre guise. Tout cela est venu de vous; il ne faut pas en accuser Dieu.

— Evodie Lacroix m'a dit la même chose : en avezvous parlé avec elle?

— Non, pas un mot.

— On pourrait supposer que vous vous êtes entendus pour me faire la même réponse.

— ■ Mon cher monsieur Augustin, c'est que nous avons la même foi.

— Oui, je comprends. Vous êtes heureux. Maintenant, je veux vous demander une chose dont je ne puis naturellement pas parler à mon père et à ma mère. Vous avez, me dites-vous, vu mourir bien des personnes. Dans leur nombre, y en avait-il qui fussent atteintes de la même maladie que moi? On dit que j'ai le cœur trop gros et je ne sais quoi d'autre encore : des vaisseaux engorgés, probablement. Mais le docteur qui m'a examiné peut se tromper; je n'ai pas une grande foi dans sa science. Parlez-moi franche-

ment, et ne craignez pas de m'effrayer. Moi aussi j'ai mon idée.

— En vous répondant, cher monsieur, je ne voudrais, ni vous effrayer, ni vous laisser dans une sécurité mauvaise pour votre âme. Dieu seul tient le fil de notre vie en sa main, et il fera, je n'en doute pas, concourir toutes choses pour votre plus grand bien. — Oui, j'ai connu un jeune homme atteint d'une maladie qui ressemblait à la vôtre.

— Eh bien? fit Augustin.

— Il mourut subitement, sans souffrance et sans agonie, comme on le croyait presque mieux.

— C'est aussi à quoi je m'attends, dit gravement Augustin. Dieu veuille m'y préparer lui-même !

— En vous mettant au cœur ce souhait chrétien, il le fait déjà d'une manière admirable. Croyez seulement, cher ami, et vous verrez la gloire de Dieu. — Je vous suis bien reconnaissant d'être venu causer un moment avec moi et de m'avoir ouvert votre cœur. Je vous aime déjà comme un frère, et je prierai pour vous avec confiance d'être exaucé.

— Priez aussi pour mon père et ma mère.

— Ah ! vos pauvres parents ! si vous saviez combien je pense à eux ! Mais Dieu peut aussi, comme il le fait pour vous et tant d'autres, les amener à Jésus-Christ.

— Au revoir, Peter, si nous nous revoyons.

C'est ainsi que, lentement, mais d'une manière infaillible, l'Esprit de Dieu commençait à pénétrer dans ce cœur autrefois si dur, dans ce caractère emporté, dans cette âme qui n'avait vécu jusqu'ici que pour

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