CHAPITRE III
melles de ses souliers sur la lame de fer servant de racle-pied, chez nous, ça ne vaudrait rien de mettre du blé en terre, passé la première semaine d'octobre.
— C'est bien ce qu'on dit, continua Rock, ouvrant la porte et faisant passer devant lui son hôte qui, le chapeau sur la tête, entra dans la cuisine. M™® Kaethy Rock mettait la table pour le dîner, pendant que la servante préparait le manger des porcs. Le valet se tenait debout vers une fenêtre et lisait un vieil almanach.
— Votre serviteur, madame, dit Frezillat; puis s'adressant au maître de la maison : Si vous avez un moment, nous réglerons vite notre affaire.
— Mais vous n'avez pas dîné? demanda Antoine Rock.
— Non pardi pas; mais cela ne fait rien; je peux bien retourner chez moi sans manger.
— Vous ne repartirez pas comme ça. Kaethy, mets une assiette pour M. Frezillat. — Vous dînerez avec nouS; et après nous causerons.
— C'est bien de l'honnêteté de votre part, monsieur R.ock ; je ne voudrais pourtant pas être indiscret.
— Il n'y a pas d'indiscrétion ; si j'allais chez vous, je suis sûr que vous m'offririez aussi une place à votre table.
— Oh ! pour cela, oui, et la meilleure assurément.
— Ici, elles sont toutes égales, dit simplement le riche paysan.
En ce moment, Augustin sortit d'une chambre voisine, le chapeau sur la tête aussi, et n'eut pas l'idée de saluer le convive.
— Bonjour, mon jeune monsieur, lui dit Frezillat. Ça va-t-il bien?
— Oui, répondit Augustin, s'asseyant à table sans plus de cérémonie.
— Un joli garçon, madame Rock; oui, ma foi, un joli garçon, continua-t-il en s'adressant au père. On en fera un chasseur à cheval, dans deux ans?
Sans répondre, Antoine offrit du pain à Frezillat et lui passa le plat de légume, par lequel il était d'usage de commencer. Un peu après, le père coupa des tranches de jambon fumé et en plaça lui-même une grande sur l'assiette de l'invité. Cela fait, il prit une bouteille d'un litre, et versa à chaque personne un verre de vin.
Tout en mangeant, M"'^ Rock demanda à ce drôle d'homme qui leur ressemblait si peu des nouvelles de sa famille.
— Vous avez des enfants? lui dit-elle.
— Si j'en ai ! sept, madame Rock. L'aîné a dix-huit ans. Tout ça travaille bien, et mange et boit encore mieux. Il en faut, du hutin^ pour nourrir tout ce monde. A votre santé !
Antoine avait servi un second verre à son hôte, à son domestique et à lui-même. Le litre étant fini, il reboucha la bouteille et n'en prit pas une seconde. C'était la règle. Deux verres au maître et au domestique homme, un à sa femme, un à Augustin et à la servante. Frezillat en aurait bien bu encore trois ou quatre, car il avait soif et le jambon était salé.
La table étant levée, Antoine et le débiteur passèrent